images qui bougent

blog de discussion, publications d'articles sur le cinéma, le théatre, la littérature et la bande -dessinée...

09 septembre 2009

Dans la solitude des flaques de mazout, ' Le désert rouge' de Michel-Angelo Antonioni

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J’aimerais vous sortir des phrases toutes faites comme quoi ‘ Michel -Angelo est celui qui aura le plus apporté en terme de modernité au cinéma’, et des films comme ‘Blow-up’, ‘Profession : reporter’ ou ‘Zabrisky point’ sont là pour le prouver. Toutefois, le mieux est encore d'en faire soi-même l’expérience. ‘ Blow-up’ fait partie des films que j’ai d’abord compris intuitivement. Il m’aura fallût quelques revisionnages pour me l’expliciter intellectuellement ( sous vos applaudissements- envoyez vos dons ), mais une fois ceci fait, je ne pouvais guère dire mieux que ‘merci la vie, merci Antonioni’. C'est un peu le cas ici à nouveau.

Ainsi à propos du ‘ Désert rouge’ on ne pourra d’abord faire abstraction du traitement sonore atypique, même si de nos jours cela peut ne pas surprendre, tout le monde n’en faisait paraît-il pas autant à l’époque. C’est en tout cas un des éléments qui m’a le plus frappé, il est d’ailleurs assez difficile de passer à côté, mais surtout  c’est qu’ habituelement le son n’est pas ce que je regarde en premier. ( je l’avais découvert en tant qu’outil surtout avec David Lynch ), progressivement , on voit pourtant son importance ou plutôt ses conséquences sur tout le reste, la mise-en-scène, les personnages, il vient ponctuer de sa mécanique les propos anodins ou non de la même façon. Cette ponctuation n’est que le prolongement des machines auxquels il appartient, machines qui trouvent elles aussi graduellement leur place dans l’image, et qui semblent pour finir prendre toute la place. Le monde qui nous est montré est en pleine mutation, et c’est l’homme qui semble le plus peiner à y trouver sa place. Qui continue de faire ce qu’il fait d’habitude en fait, les personnages du ‘Désert rouge’ paraissent pourtant furieusement hors-contexte , avec leurs habits de marques et leurs chaussures de ville et leurs coupes de cheveux d’acteurs de cinéma au milieu de ce no man’s land industriel qui constitue la toile de fond principale du récit. Que dire de la presque scène d’orgie dans la petite cahute décrépite si ce n’est qu’on a presque à faire à un micro-exemple de la société , inconsciente de sa  propre décadence . Pourtant la réalité peut resurgir à nouveau pour peu qu’on ouvre une fenêtre. Et que dire également du moment ou ces mêmes personnages commencent à démolir l’intérieur de cette cahute pour se chauffer ; tel le bifidus actif, ce que l’homme fait à l’intérieur se voit à l’extérieur.

Cela, seul le personnage principal, magnifiquement interprété par Monica Vitti semble le comprendre, elle qui a quittée la normalité et qui ne peut que constater qu’elle s’en éloigne de plus en plus. Suite à un accident de voiture qui l’aura laissée plus que traumatisée - je vous laisse le découvrir- elle tente de se ré-aclimater à la vie en se dévouant entièrement à sa vie de famille, son mari et son fils. Mais rien n’y fait , quelque chose la pousse  toujours en dehors. La rencontre d’avec un collègue de son mari ( Richard Harris ) lui fournira-t-elle l’échappée belle dont elle a besoin ? A la fameuse thématique de ‘l’incommunicabilité entre les êtres’ le film répond également, tellement bien que j’ai failli applaudir et qui me ferait militer pour qu'on projette le film dans toutes les écoles, ou l’on sent effectivement deux siècles de littérature mis carrément au pied du mur dans la dernière scène entre les deux personnages.

Peut-être aurez-vous trouvé une série de lieux communs tout au long de cet article, auquel cas n’en tenez pas rigueur au film et faites-vous absolument votre propre idée. On a beau apprendre certaines choses depuis l’école, l’Art peut s’évertuer à nous le montrer, on peut encore arriver à ne pas le voir ou à ne pas le croire. Après ce film, je ne suis pas sûr qu’il nous reste  beaucoup d’excuses.

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08 septembre 2009

'A prophet', ( 'Un prophète' ) de Jacques Audiard

Je ne vais pas passer l'article à faire le récapitulatif des éloges dont n'a cessé d'être l'objet le dernier film de Jacques Audiard. Pour ma part le film ne m'a pas tant transcendé, c'est pour ça ,des critiques du genre : 'un film époustouflant, dont le spectateur ne resortira pas indemne' finissent par me sortir pas les trous de nez. Pourquoi ' époustouflant' ? Parce que le critique en question n'est pas un adepte du jogging ? '..dont le spectateur ne sortira pas indemne ' c'est-à-dire comme vis-à-vis de n'importe quel film un peu non ? C'est d'ailleurs pour ça que je ne suis pas allé voir ' Là-haut', c'est bien parce que je savais que je n'en resortirais pas indemne, et pas pour autre chose. Bref.

Formellement, je trouve que c'est assez superbe. Bien-sûr on est dans une taule pendant presque tout le film mais les éclairages ainsi que les caméras portées rendent le tout assez supportable, ce n'est pas une approche des plus novatrices, mais ça reste lisible, et puis comme le personnage principal 'évolue' littéralement à l'intérieur de tout ça, et bien la configuration des lieux, la façon de circuler change aussi, ok très bien, ça fait partie de l'histoire et c'est bien visible. Je n'en démords pas mais une mise en scène similaire, aussi emphatique, aurait littéralement propulsé ' De battre mon coeur s'est arreté ' au rang de véritable révélation, car ce qui pêchait vraiment je trouve c'était le manque d'affect dans les traitements des situations : on en percevait les intentions mais on ne les voyaient pas se matérialiser à l'écran. Audiard semble avoir définitivement franchi le pas ici, bien que je reste intimement convaincu qu'un personnage n'a pas forcément à être serré entre quatre murs pour se voir offrir ce genre de mise-en-scène...ce qui me laisse à penser que le réalisateur est en train de trouver ses marques progressivement, de films en films, et que 'Un prophète' m' apparaîtrait comme un échauffement juste un peu plus poussé que 'De battre mon coeur...'.

J'ai le même sentiment, je l'ai déjà dit, qu'avec le cinéma d'Arnaud Despleschins : une espèce de montée en puissance et en intensité progressive, depuis un ou deux films comme ça, et ou l'on pressent qu'un jour, toutes ces façons de montrer vont trouver véritablement leurs cadres et là vous pouvez être sûr que ça va faire cocoricô dans tous les journaux. On ne peut que féliciter Jacques Audiard dans son choix d'utiliser des comédiens non-professionnels ( personnellement ça me gêne absolument pas d'entendre ' des lascars parler le langage de la téci ', je trouve même qu'il y en a pas assez dans les films en général ) même si au niveau de ce que l'on appelle la 'performance' je reste un peu plus mitigé, je les ai tous trouvés très bien c'est pas ça, mais au même titre que l'emploi de certaines étiquettes, j'aurais tendance à aller dans le sens de la démarche qu'il m'a semblé percevoir, j'attends qu'on soit tous sur la même longueur d'ondes. Mais cette gradation progressive semble obéir à une logique bien particulière, elle ne pourra éclore que suivant un parcours bien particulier semble-t-il, c'est pourquoi Jacques Audiard nous présente l'histoire de Malik, qui vient de rentrer en taule et qui n'aura 'pas le choix', avant un bon petit moment.

Je vous avouerais ne pas avoir tout à fait terminé pour mon petit temps de décantation par rapport à ce film, très écrit, peut-être trop mais ce n'est pas là la moindre des approches; tendue et millimétrée, entre le quotidien dangereux et le sens des actes qui rejaillissent là ou ne les attendait pas - le 'compagnon' de cellule de Malik, qui creuse petit à petit le sillon mystique du récit, apparaissant ponctuellement, mais suffisamment pour faire la différence à un moment donné ( le sillon ) puis qui s'en va, qui revient... Ce qui nous ramène, un peu contre notre gré cependant à la question du choix, encore une fois, au cours de l'apprentissage de Malik, de ses découvertes en mode survie.

Audiard a définit Malik dans les interviews comme cette nouvelle génération de mecs qui finiront un jour forcément par y arriver, à force de savoir s'adapter. Peut-être Audiard est-il déjà en train de composer sa propre mythologie personnelle, une galérie de personnages que l'on serait amener à revoir dans d'autres situations peut-être, en adéquation avec cette montée en puissance de la mise en scène qui attend son cadre, peut-être pour redonner son véritable sens à la violence et aux histoires de types en costards avec flingues. Effectivement nous sommes en face des episodes fondateurs du parcours de quelqu'un, je ne sais pas si on peut réellement parler d'ascension ( pour moi Malik n'est pas encore un caïd , quand il frappe son meilleur pote pour donner le change, il s'excuse pas par après, et il se fait encore surprendre de temps en temps par son pote le Gitan ) mais en tout cas on est bel et bien dans une certaine forme de réalisation. Peut-être n'a-t-il pas trouvé la foi, en tout cas il commence à trouver de plus en plus de sens dans ce qui lui arrive, et la grande prouesse du film me semble résider à peu près ici : même si Malik continue dans la criminalité, il n'en reste pas moins qu'il semble devenu ,véritablement, un 'juste'.

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05 septembre 2009

Arrêt sur image

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Apprenant que Nicolas Cage était à Venise pour la promotion de 'Bad Lieutenant' de Werner Herzog ( quoi ? ) n'écoutant que je me ruais sur le Net au cas ou il y aurait un trailer, histoire de commencer encore mieux la journée. Et ô cataracte enjouée, c'est du HD !

Je me rappelle encore des conversations enflammées, atablé avec des professionnels de la profession : ' Dis-nous Sigismund ( c'est moi ), toi qui sais tout, dis-nous pourquoi 'Public Enemies' de Michael Mann a été tourné en HD ? Y- a rien qui le justifie alors pourquoi ?' -' Oui pourquoi ?' rajoute encore un autre professionnel, ce à quoi je répondis -' En vérité je vous le dis ( ça c'est pour la forme ) pour rien les gars, pour rien... Michael Mann il est comme David Lynch, il kiffe le HD et il en met partout, il trouve ça beau et il veut que nous aussi '. Est-ce qu'il y a vraiment besoin d'une justification d'ailleurs si ce n'est que pour Michael Mann , cette approche bouscule littéralement les conventions du genre ( le film policier pour lui ) et lui permettrait presque de ré-écrire l'histoire de celui-ci à lui tout seul. C'est plutôt couillu, non ? - sans que ce soit forcément un argument, c'est vrai le HD y a que lui et Lynch et Greenaway qui aiment apparemment. Et Werner Herzog ( - Lars Von Trier, peut-être ? Ne me dites pas que j'ai oublié Lars Von Trier ? )

Le problême avec le HD me dit-on professionnellement, c'est que c'est trop froid, que c'est moins chaleureux que la pellicule. Qu'est-ce que vous croyez il y a beaucoup de gens qui pensent à leur confort, même dans la profession. Effectivement sur pellicule, malgré des éléments de profondeur de champ, de légère distance et pour peu qu'il y aie un éclairage sympa, tout de suite on est nimbé. On peut fumer sa clope en ayant l'air concentré, ça pourra toujours avoir l'air de dire quelque chose. En HD qu'on le veuille ou non, il y aura toujours ( à moins que quelqu'un ne se penche vraiment sur la question, comme l'ange Raphael dans la chanson de Carla Bruni ) un côté vidéo-amateur, un côté pris-sur-le -vif qui fait qu' il vaut effectivement mieux avoir un contenu parce que certains artifices passent tout de suite un peu moins. Avec le HD c'est le côté immersif, ainsi qu'une certaine esthétisation et aussi un certain rapport d'identification qui disparaît. Le HD donne à réfléchir, c'est ça qui fait pas plaisir apparemment, et puis 'c'est laid' -comme les films de Tarkovsky sont 'beaucoup, beaucoup trop longs' - ce qui encore une fois en dit long sur la profession. Moi, l'un et l'autre, je trouve ça beau. Pas beau comme comme la façon dont Milley Cyrus tient sa chuppa-chup à la fraise devant un coucher de soleil au Tiers-Monde, mais plutôt beau comme le final de ' L'Union sacrée' .

Et cataracte réjouie, parce que le film de Herzog semble être une véritable hallucination. Je dis bien 'semble' car pour le moment je ne me base que sur la bande-annonce, que je trouve pour le moment carrément jouissive, particulièrement la dernière séquence... Attention je suis un fan absolu du film d'Abel Ferrara. Non pas que l'univers me soit famillier mais parce que son travail m'aura laissé bien assis. Je ne vais pas essayer de quantifier la sueur et le sang, ça je ne le pourrais pas, simplement l'approche justifie à elle seule le statut que l'on connaît du film. Ferrara a choisi de partir du fond du fond du creux de la vague, et décide à partir de là d'essayer de se relever, on comprend pourquoi 'Bad lieutenant' était un film comme on en avait jamais vu avant.

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Depuis que je l'ai aperçu en slip et en marcel, blindé au schnaps ( ou faisant comme si ) dans 'Julian donkey-boy' de Harmony Korin, j' en ai déduit que Herzog était un gros déconneur et il soulève soulève ici plus qu'intelligemment la question du remake et les débats éventuels des puristes. Grâce au HD on est pas dans les bas-fonds, ni dans le glauque, on est dans l'ultra-clean : costards tirés à quatre épingles, et les échymoses sur la face d'Eva Mendès, aussi. L 'action devient un peu plus proche de nous, et aussi un peu plus réelle. De fait, il semble que la démarche entre les deux auteurs divergent un tant soit peu; d'ailleurs tiens Werner, puisque tu es là et c'est gentil à toi d'être venu, tu voudrais pas nous en dire un peu plus ? Tu réponds en anglais s'te-plaît, parce que j'aime bien c'est plus compliqué :

IQB : Werner, comment tu t'appelles ?
WERNER : Werner.
IQB : Est-ce que ' Bad Lieutenant' est un projet de collaboration entre toi et Nicolas Cage ? ( 1)
WERNER : Yes, but its not a remake. It's like, for example, you wouldn't call a new James Bond movie a remake of the previous one — although the name of the bad lieutenant is a different one, and the story is completely different. It's very interesting because Nicolas Cage really wants to work with me, and just anticipating working with an actor of his caliber is just wonderful.
IQB : Werner, pourquoi ce projet ? Vous auriez pu travailler sur pratiquement n'importe quoi d'autre...
WERNER : There's an interesting screenplay; it's a very, very dark story. It's great because it seems to reflect a side of the collective psyche — sometimes there are just good times for film noir. They don't come out of nowhere. There was some sort of a mysterious context with the understanding of people in that particular time. And it's going to be in New Orleans, which is a fascinating place. Part of it was the decision of the producers for tax incentives — which is totally legitimate. However, I thought to myself: "We have seen a lot of New York in movies; we have not seen New Orleans in feature films." Or very few feature films. After Katrina it's a particularly interesting set-up. The neglect and politics after the hurricane struck are something quite amazing. It has to do with public morality.
IQB : Préçisément Werner, le réalisateur original, Abel Ferrara, s'est juré de contrer ce projet et -
WERNER : Wonderful, yes! Let him fight! He thinks I'm doing a remake.
IQB : Werner, as-tu déjà parlé de tout ça avec lui ?
WERNER : No. I have no idea who Abel Ferrara is. But let him fight the windmills, like Don Quixote.
IQB : Ha...mesdames, mesdemoiselles et messieurs, notre ami Gilles Deleuze vient de nous rejoindre sur le plateau. Gilles, s'cuse-moi je t'ai coupé, tu voulais dire un truc ?
GILLES DELEUZE :
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IQB : Merci à toi Gilles. Werner, tu sais ce que Abel Ferrara a dit ? Il a dit qu'il souhaitait que les personnes affiliées à ce projet aillent tous mourrir en enfer tu sais...
WERNER : That's beautiful!
IQB : Est-ce que tu...comprends un peu cette réaction , ou pas du tout ?
WERNER : No, because it's like theater thunder. It's like being backstage in the 19th century, with the machines that make thunder. It has nothing do with with his film. But let him rave and rant; it's good music in the background.
IQB : Parce que tu as déjà fait un remake une fois, avec ' Nosferatu' -
WERNER : It was not so much a remake as an homage to Murnau. But I don't feel like doing an homage to Abel Ferrara because I don't know what he did — I've never seen a film by him. I have no idea who he is. Is he Italian? Is he French? Who is he?
IQB : Werner, nân sérieux...
WERNER : Maybe I could invite him to act in a movie! Except I don't know what he looks like.
IQB : Bien, merci Werner d'avoir répondu à nos questions, et merci à vous pour avoir suivi notre émission, on revient tout de suite après la pub.


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(1) Propos recueillis d'après ' Defamer Gawker's column from Hollywood'

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04 septembre 2009

Still loving you, 'Re-Animator' de Stuart Gordon

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J’ai largement fait connaître sur ces pages mon aversion ( à mon corps défendant ) pour les films de zombies, pourtant s’il y a bien un film qui m’intrigue depuis que je l’ai entre-aperçu sur les rayons des VHS à louer ( oui tout-petit déjà ) c’est bien le ‘Re-Animator’ de Stuart Gordon. Réalisateur que j’ai pu découvrir avec son récent ‘Stuck’ - que je vous recommande absolument – qui ferme le dernier volet d’une trilogie ‘réaliste’ ( avec dans l’ordre, ‘King of ants’ et ‘Edmond’ ) alors que la ligne directrice de son œuvre serait plus spécifiquement horrifique, le monsieur étant notoirement un admirateur de l’œuvre de H.P Lovercraft. 'Re-Animator’ est d'ailleurs une adaptation d’une nouvelle de ce dernier.

Le jeune Herbert West ( Jeffrey Combs ) est un étudiant en médecine très doué mais tout de même un peu hautain se dit l’interne Dan Cain ( Bruce Abbott ) alors qu’il ne sait pas encore qu’il vient de rencontrer son futur co-locataire, qui d’ailleurs a tôt fait de transformer la cave laissée à l’abandon depuis des années en laboratoire pour ses recherches. Et quand Flouky le chat ( nom d’emprunt ), décédé peu de temps après l’arrivée de West dans la maison ( y dit que c’est pas lui ) commence à tout saccager, Dan commence à comprendre la teneur de ces dites recherches : West, Herbert, a trouvé la formule qui permet de vaincre la mort…

( pause, bruit du vent dans les branches, fenêtre qui claque brusquement, ciel zébré d'éclairs... )

Je ne sais pas si vous avez ce genre d’intuitions, mais il y a certains films dont on peut se faire une idée dès les premières minutes. Un je-ne-sais-quoi qui vous dit que l’auteur va vous raconter quelque chose et vous le raconter bien. Pour moi le déclic a eu lieu dès la première séquence, pré-générique ,qui nous permet de rencontrer le personnage principal. Voici un personnage campé en deux coups de cuillère à pots et déjà fortement nuancé, et le film tiendra tout du long cette promesse d'exigence, et serait une sorte d'illustration déjantée du fameux proverbe ' le mieux est l' enemi du bien '. West n’est pas un savant fou. Egocentrique peut-être, mégalomaniaque non. Malheureusement sa formule de ré-animation peut s’avérer nocive si on l’inocule à haute-dose, ce qui l’oblige à expérimenter encore et encore jusqu’à trouver le bon prédicament. L ’expérience d’avec Flouky le chat a pourtant démontrée que quelqu’un de ‘sur-ré-animé’ n’est pas froncièrement des plus affables. Qu’importe, la science avant tout. West demande à Dan de l’aider à pénétrer dans la morgue de l’hôpital et Dan accepte.

Alors pour les estomacs sensibles comme moi, je vous rassure, ça va, c’est très soutenable, les maquillages sont d’ailleurs très réussis . Je me demandais depuis le début ou Gordon voulait en venir avec une telle histoire, et j’ai été surpris, ‘Re- Animator’ est presque une comédie. On est pas tout à fait dans quelque chose comme ‘La mort vous va si bien’ de Robert Zéméckis mais pas loin. Sans spollier davantage, disons tout de même que Gordon alterne magnifiquement le registre humoristique à un certain réalisme de situation ( limite gore , mais pas tant que ça ) qui effectivement l’éloigne d’une audience grand public, mais il s’en faut de très très peu. Je ne pense d’ailleurs pas que cela aie été son objectif, il y a un côté assez roots dans sa mise-en-scène des zombies qui indiquerait que Gordon cautionnerait assez la portée subversive insufflée au genre par Georges Romero. Même si le fond critique n’est pas aussi manifeste que dans le tryptique que j’ai pu évoquer au début - ‘Re-Animator’ étant quasi une ‘œuvre de jeunesse’, on perçoit tout de même un certain aplomb qui dénote un auteur en parfaite possession de son sujet, conscient du cadre ou il s’est inscrit et qui s’y tient. C'est déjà pas mal, ça fait plaisir à voir, et c'est sans doute ce qui vaut au film son statut de classique du genre.

Alors au final, pour être complètement sincère avec vous : j’en redemande, j'ai envie de m'intéresser fortement à la filmographie du bonhomme. Je sais que ‘Re-Animator’ a eu pour sa part droit à deux suites, réalisées par Brian Yuzna ( ‘ Bride of Re-Animator’ et ‘Beyond Re-Animator’) qui n’ont pas spécialement bonne réputation, mais surtout que Gordon a pour projet de revenir à cette franchise. On trouve quelques photos ici et là de ‘House of Re-Animator’ qui serait toujours en recherches de financements , et bien qu’ au premier abord ça sonne comme une blague de potache - le Président de chez nous en Amérique est mort, surpris, le gouvernement en place cache la nouvelle au grand public et fait appel aux services d’Herbert West , histoire sans doutes de donner le change quelques temps- on a tout de même un petit peu envie d’y croire et de souhaiter très fort que ça se fasse.

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03 septembre 2009

Pour en finir avec le jugement des hommes, 'Cure' de Kiyoshi Kurosawa

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Je n’ai cessé de le clâmer dans un précédent article à propos de la rétrospective Aoyama Shinji proposée dans le cadre du NIFF de cette année , notamment parce que Shinji fût son assistant ( hopopop ) mais je le redis : Kiyoshi Kurosawa est un cinéaste important. D’accord, l’expression n’est pas de moi, quoi qu’il en soit je le pense vraiment. J’avais été pour ma part juste tétanisé, collé au mur , tout ce que vous voudrez,  par son film ‘Charisma’, qui je trouve , est déjà en soi un chef-d’œuvre absolu et que je ne peux que vous conseiller de voir absolument. Il me semble que son plus grand succès chez nous et partout ailleurs en fait, aie été ‘Kairo’ et qui lui aussi est un chef d’œuvre absolu que je ne peux evidemment que vous conseiller de voir absolument. Cependant, chronologiquement, c’est en 1997 avec le film ‘Cure’ que Kiyoshi Kurosawa s’impose véritablement, et même un grand coup.

De tous ses films que j’ai pu voir, on retirera une certaine constante, celle d’une sobriété et d’une rigueur absolue au service de la narration ( ‘pas plus que le bord’ comme on dit là-bas, mais aussi chez nous ) à vrai dire quelque chose qui fait un peu penser au cinéma de Takeshi Kitano : beaucoup de plans-fixes, d’actions en temps réel, et une approche assez similaire de la violence… et dans ce genre de narration distanciée, quand quelque chose détonne, je vous assure qu’on le sent passer. Et dans les conséquences que cela implique, Kiyoshi Kurosawa pourrait s’avérer encore plus radical que Kitano - façon de parler bien sûr.

‘Cure’ inaugure les aventures du détective Takabe ( Kôji Yakusho ) que l’on retrouvera dans ‘Charisma’, ou il est ici confronté à une série de meurtres d’abord  sans liens apparents si ce n’est que ceux qui les ont commis - s’ils survivent - sont incapables d’expliquer leurs comportements, détail qui ne manque jamais d’amuser les collègues blasés du détective ( ‘ahahaha –le diable m’a dit de le faire ahahah’ et qui n’est pas un détail anodin, mais plutôt une citation discrète au film de Larry Cohen ‘ God told me to’ -‘Meurtres sous contrôle’ en français, ce qui nous met déjà un petit peu sur la piste en réalité ) mais lui ça le fait pas marrer : sa femme étant atteinte du syndrome d’Alzeihmer et sa santé ne faisant qu’empirer, y a pas grand -chose qui le fasse rire ….Pendant ce temps, un jeune homme mystérieux, erre d’hôtels de police en hôpitaux, à la recherche de sa propre identité…

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02 septembre 2009

Ce cinéma vous manque-t-il ? 'Body double' de Brian De Palma

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A moi oui.
Terriblement.
J’ai pu citer Martin Scorsese parmi les réalisateurs qui m’ont ouvert les portes du cinéma, mais il y a également Brian De Palma. Pour comprendre cela, il faut se replonger dans ses propres souvenirs d’enfance pour percevoir la même émulation qui précède une découverte. J’ai d’ailleurs encore tendance à appeler les films d’auteurs les ‘films d’adultes’ pour définir ceux qui vous racontent un peu moins de bobards sur le déroulement de la vie, qui montrent des choses un peu différamment , jusqu’alors vous pensiez n’être que le seul à trouver hypocrites les gens qui pleurent un peu trop aux enterrements. Plus concrètement, je suis resté longtemps captivé par le pitch de certains films avant d’avoir pu les visionner des années plus tard  ( ‘Dr Folamour’, ‘Network’, ‘On achève bien les chevaux’,…) tandis que d’autres me  sont tombés dessus par hasard ( ‘Marathon man’) ce qui fût le cas bizarrement pour quasi tous les De Palma, qui mis à part ‘Scarface’ que j’ai dû voir un nombre incalculable de fois, s’étaient en quelques sortes amalgamés les uns aux autres pour ne représenter plus qu’un mélange trouble d’attraction / répulsion. Autre chose étonnante, c’est l’un des domaines ou ses films de la première heure excellent littéralement.

Tintin ( vous verrez, la référence vestimentaire devient à un moment donné immanquable, interprété par Craig Wasson ) est acteur de cinéma et se trouve frappé en plein tournage d’une crise de claustrophobie aigüe. Le réal lui dit, cool pas de problèmes Tintin , t’as qu’à prendre ton après-midi. Tout content, Tintin retourne chez lui mais surprend hélas sa petite amie au lit avec un autre homme ( scène à laquelle David Lynch rend un magnifique hommage dans ‘ Mulholland drive’ ) du coup, il se barre à l’autre bout des Etats-Unis reprendre des cours, histoire de surmonter son petit problème professionnel. Pour apprendre plus tard qu’il a été remplacé sur le film ou il avait le rôle principal. Alors plus ou moins au trente-sixième dessous, une connaissance rencontrée au cours de récentes auditions lui propose de loger dans l’appartement ( le palace ) qu’il devait lui-même garder pour quelqu’un. C’est pas compliqué, il faut juste arroser les plantes, et tous les soirs à la même heure, la voisine d’en face fait son show. Tintin bien sûr est ravi, mais-son-bonheur-sera-de-courte -durée-car-il-va-bientôt-basculer-dans-une-spirale-incontrôlable-de-meurtres-et-de-faux-semblants…

Tintin oui, absolument.

Et c’est bien là notre sujet. Le titre en français, littéralement signifierait ‘Doublure’, et on ne pourrait pas mieux dire. La  récit se situe déjà lui-même dans les coulisses de la grande machine à artifices qu’est le cinéma,  et la substitution est au cœur même de l’intrigue, si ce n’est que nous avons quittés les sentiers du divertissement. C’est quasi-notoire, De Palma renoue ici magnifiquement avec les grands éléments hitchcockiens, notamment le voyeurisme ( ‘ Fenêtre sur cour’), les phobies et, encore une fois, le remplacement ( ‘Sueurs froides’ ) si ce n’est qu’il retranspose impeccablement le tout de nos jours, dans les années 80, en plein essor du porno par exemple. De Palma va en effet un cran plus loin en actualisant justement ces thèmes, en allant là ou le maître n’a fait que suggérer, en s’aventurant plus nettement dans les sentiers de la perversion. Le héros hitchcockien, s’il possède un talon d’Achille, n’en reste pas moins, un héros. Le héros De Palmien lui, s’il n’est pas un héros, eh bien c’est un pervers. Passif, mais pervers quand même. Quand il ne va pas au bout de ses idées, quand il reste à subir les évènements, eh bien ceux-ci se retournent invariablement contre lui - je pense à la première moitié de la scène de filature, ainsi qu’à l’interrogatoire. Au risque de spollier un peu trop des éléments du récit, je vous conseillerais toutefois, pour plus tard, la page de Wikipédia en français ( pour une fois ) sur le film, ou il est très bien décrypté.

Chose que je trouve assez surprenante, à quelques exceptions près, le thême de la machination semble quelque peu laissé à l'abandon. On parle plus d'infiltrations, de prises d'otages, bref que du clinquant, davantage que de complots à base de mensonges patients et appropriés pour faire de quelqu'un un bouc émissaire, ce qui à l'époque d'Hitchcock jusque tard dans les années 90 était soit monnaie courante, soit au pire pirouette scénaristique -faute de scénario consistant. Dans une société qui cultive l'esprit de compétition, pousser des gens au suicide, ou les faire tomber socialement, ça  ' n'existe pas', ça ' ne se fait pas' ou 'ça ne se fait plus'. Mais je ne voudrais pas sonner comme un vieux réac radoteur, je laisse ça de côté pour le prochain article. Malgré une filliation classique, le film lorgne de façon jubilatoire vers la série B, ou le giallo, et ça c'est très chouette, j'ai pas peur de le dire non plus. La scène d’affrontement finale de ‘Body double’ avait eu sur moi un impact certain, qui s’est avéré moins marquant avec le passage des années ( envoyez vos dons ), ce qui me permet d’avoir un regard plus global sur le film, qui pour moi stigmatise le mieux ( aux côtés de ‘Blade runner’ ) la quintescence et les ambitions des années 80; un film complètement dans son temps, affranchi des références du passé, terriblement catharcique et ainsi, aussi, terriblement généreux.

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01 septembre 2009

Ah ah ah, de Kurt Wimmer

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C’est au cours d’une discussion de deux heures, sans-arrières pensées, sur les possibilités d’une société égalitaire que je me suis vu sortir l’argument suivant :

-‘ t’as vu ‘Equilibrium’ ? Nân ? Et ben voilà…Quand t’auras vu ‘Equilibrium’ eh ben t’auras tout compris, c’est tout…’

et ce par une personne qui avait déjà ‘renoncé’ dans sa tête , et qui se faisant, pensait avoir ‘trouvé’…et qui avait avouée justement n’avoir ni vu ni lu ‘1984’ ni ‘Le meilleur des mondes’…Ou l’on s’aperçoit que lorsque l’on veut refaire le monde , eh bien on ne peut pas. Que les gens vont davantage trouver des excuses pour valider le systême plutôt que pour le changer, et pour cause, même si c’est aliénant tout ça tout ça , je pense que ce qui les fait cautionner c’est l’idée qu’ils arriveront à y faire leur trou et que au fond c’est tout ce qui importe. Bon alors comprenez-moi, il fallait que je sache, j’ai été voir ‘Equilibrium’.

Le futur, une société totalitaire d’ou on a exclût toute forme d’émotion pour se consacrer au ‘bien commun’, celle-ci  est même considérée comme une hérésie et punie impitoyablement, puisque c’est aussi le fer de lance du mouvement de Résistance, revenir à une société humaine. Chaque membre de cette société idéale, tous échelons confondus, se doit en effet de s’injecter quotidiennement une dose de Prozium, ou quelquechose comme ça, afin d’être complètement purgé de toute émotion pour pouvoir se consacrer efficacement à sa tâche. Le révérend John Preston ( Christian Bale ) remarque très vite chez son équipier ( je vous laisse deviner le rôle des révérends ) des signes d’émotionnalité et après avoir informé ses supérieurs, contraint de l’éliminer. On lui adjoint dès lors un nouvel équipier, et puis c’est tout.Pourtant un matin, le révérend casse accidentellement sa dernière ampoule. Pensant que c’est sans conséquences de la part d’un fidèle comme lui, il attaque tranquillou sa journée de boulot habituel..et c’est là que le monde commence à changer pour lui.

On a pas manqué de relever les différentes références auxquelles ‘Equilibrium’ emprunte son scénario ce qui lui valût un piètre succès en salles. Néanmoins le film semble se constituer un public fervent au niveau du circuit dvd, on parle déjà de statut ‘culte’.



C’est quand même un peu gênant même si je ne peux qu’encourager la démarche, le film a beau être un mélange de ‘Matrix’ sur fond bleu ozone de ‘1984’, il n’en ménage pas moins quelques plages intimistes qui , je l’espère feront peut-être qu’un jour ce même public appréciera Tarkovsky. Hormis tous ces défauts d’emprunts scénaristiques des meilleures références du genre -j’ai oublié de citer ‘THX 1138’ de Georges Lucas , il faut reconnaître cependant à celui-ci une certaine tenue à l’ensemble malgré son budget réduit ( 20 millions de dollars j’ai entendu, à savoir  - dixit - un budget de série B ), il y a même une distanciation sympathique dans les scènes d’action, ultra-référencées elles aussi, avec de faux raccords qui coupent l’effet spectaculaire plus qu’ils ne le mettent en avant, c’est pour ça j’ai trouvé ça marrant.

On peut se dire finalement, si on met de côté le fond que le réalisateur Kurt Wimmer est un bon faiseur et l’on se demande ce qu’il ferait avec plus de moyens. ‘Equilibrium’ possède certes des défauts qui peuvent énerver, après tout les références que le réalisateur a choisies ne sont pas non plus les plus nazes , le film n’a  même rien à envier à un foirage du genre ‘Minority report’, on pourrait presque se dire qu’avec un type comme Wimmer, la s-f, ou les adaptations de comics seraient en de bonnes mains. Wimmer a réalisé ‘Ultraviolet’ en 2006 et d’après les quelques images que j’ai pu en voir, ce type mériterait effectivement qu’on lui colle dans les pattes justement un ‘G.I Joe’ à s'occuper.

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31 août 2009

Génération désenchantée, ' Inglourious basterds' de Quentin Tarantino

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Bonjour à tous,

Je vous écris depuis la banquette arrière de mon pick-up d’ou je n’ai pas décuité depuis trois jours après avoir assisté -enfin – à une séance – en VO ! - du dernier film de Quentin Tarantino, ‘Inglourious basterds’…et c’est pour ça que ça sent les petits oignons.

Je dois dire que ce qui m’avait le plus surpris avant d’aller voir le film, c’était la réaction des chroniqueurs du journal ‘Technikart’. Ils se sont sentis littéralement insultés par le film, que celui-ci n’est qu’un long doigt tendu au spectateur tout du long du temps qu’il dure. Et pourtant , après visionnage, j’aurais envie de dire ‘oui…c’est vrai’. Mais un doigt tendu au public avide de spectacularisme morbide qui les conforte dans sa bonne morale, qui applaudit à chaque mort à l’écran de l’enemi et dont le systême de valeur doit se trouver immanquablement valorisé toutes les deux minutes, un peu comme le public à l’intérieur du film même, vous voyez de qui je parle ? D’autres ont étés juqu’à clâmer que c’était la fin de Tarantino en tant que cinéaste, puisque depuis ‘Kill Bill ‘ celui-ci serait enfermé dans une espèce d’autisme cinématographique, pour eux aussi je pense que ‘Inglourious…’ est un long doigt tendu en forme d’anniversaire, quand on voit justement à quel point justement Tarantino ose se positionner par rapport à l’actualité à la façon dont il se positionne avec ‘ l’Histoire’.

Il me semble que l’on retrouve au contraire plutôt un réalisateur affûté plus que jamais et à vrai dire en pleine maîtrise de son art. On retrouve ce sens habile du dialogue et de la mise-en -scène qui rend crédible chaque situations, toujours riches en enjeux qui peuvent vous exploser à la figure en moins de deux -la scène de la taverne reste pour moi la plus emblématique de ce que j’essaie d’expliquer, je trouve que c’est la plus réussie, tout ce vers quoi le film tend surtout, malgré les enjeux du récit .Rares sont les réalisateurs qui en ce moment gèrent aussi bien la tension à l’écran, et il se trouve qui plus est que c’est quelque chose hérité de son passé avoué de cinéphile, et de fait, de son amour du travail bien fait. Et il me semble que c’est cette approche qui pourrait sauver le cinéma d’aujourd’hui car ici le problème du contenu ne se pose même pas. Et pourtant nous sommes un peu dans la parodie, ou en tout cas, dans l’éxagération. Mais non. Il y a des films censés aller plus loin qui s’en sortent moins bien, tout comme il y a des films de genre qui n’arrivent jamais à être crédibles.

On a par contre encensé Christopher Waltz et ça je ne comprends pas vraiment, je n’ai rien à dire sur son travail d’interprétation sauf au dernier quart du film, ou même sans doublage, sa performance ferait penser au général de ‘Stalag 13’ ( rebaptisé et diffusé sous le titre de ‘Papa Schultz’, une série humoristique qui racontait la vie de prisonniers américains pendant la 2e guerre mondiale, qui étaient en même temps d’actifs Résistants..le succès en France est pour une fois en partie dû à son doublage, notamment sur les personnages nazis qui sont irrésistibles… ) si vous voulez mon avis c’est une palme un peu sur-évaluée : Daniel Brühl ou August Diehl la méritent largement tout autant, si ce n’est qu’ils ont moins de temps à l’écran. Si je devais pinailler je dirais que c’est Mélanie Laurent qui plombe un peu avec certains automatismes franco-français, ce qui me heurte dans ma chair rien qu’en les évoquant mais que je ne peux pas non plus passer sous silence, même si certaines de ces recettes ont ‘faits leurs preuves’, c’est un peu se reposer sur certains acquis comme qui dirait, et c’est un peu bizarre de la part de quelqu’un en début de carrière; ça se justifie tout de même  un petit peu par le contexte du récit, qui nous montre quand exactement la ‘Vieille France’ a été jeune, elle aussi.

Ah oui, l’histoire :
Il était une fois…

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29 août 2009

Papa est TOUJOURS en voyage d'affaires, 'Husbands' de John Cassavetes

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Suite à un décès soudain, la bande des quatres se retrouve la bande des trois. Gus, Harry et Archie ( John Cassavetes, Ben Gazzara et Peter Falk ) ont dû mal à accuser le coup et se murgent dans les grandes lignes pendant deux jours d'affilée, avant de reprendre le cours de leur vie, non pas que les choses aillent mieux: Harry a même une altercation bien glauque avec sa femme et sa belle-mère. Les amis se retrouvent le jour même et décident sur un coup de tête de partir à Londres...

Attention critique non-objective : je suis un fan avèré de John Cassavetes, père fondateur du cinéma indépendant et réalisateur de génie. Les critiques l'ont déjà dit en leur temps, ce film est incroyablement long, difficile à suivre mais c'est un chef-d'oeuvre, un des films les plus aboutis du maître et une des oeuvres majeures du 'cinéma-vérité', dernier argument que je vous demande de ne pas considérer. Ce film est avant tout un film, rien qu'un film, et surtout un très , très grand film. Construit surtout à base d'improvisations selon la méthode habituelle de Cassavetes, bien qu'il y aie eu bien sûr un script -auxquels Falk et Gazzara ont participés, ce film a , de l'avis de certains, mis-à-jour le mieux l'inconsistance de la vie en milieu urbain.

Dès la première scène de l'enterrement, on retrouve l'un des points névralgiques du cinéma de Cassavetes : le dialogue, le dialogue, le dialogue, une sorte de 'straight-talking', à brûle-pourpoint , dont on impute de nos jours plus facilement la paternité à Quentin Tarantino plutôt qu'à quiconque d'autre. Et après c'est parti pour deux heures de roue-libre avec les trois compères - amis dans la vie - qui s'en donnent à coeur joie. J'ai pas dit que c'était forcément beau à voir, en tout cas c'est juste brillant. En effet, dès la scène du pub, on sourit tout d'abord à leurs parodies de l'actor studio parce qu'on ne voit justement encore que les comédiens, qu'on ne les perçoit pas encore personnages surtout s'ils mettent à faire les acteurs. Et ensuite on se surprend à rire jaune : ces trois-là on du mal à s'arrêter ( en fait non, et le final nous rassure admirablement sur ce point en même temps qu'il clôture le sujet ). Impression qui se confirme avec la scène avec Ben Gazzara chez lui, ou ça dérape comme y faut. C'est sûr les trois potes sont à la vie à la mort, ils passent leurs temps à s'empêcher les uns les autres de faire une connerie tout en concourant à celui qui fera la plus belle.

Les scènes qui se déroulent ensuite à Londres continuent d'osciller entre moments d'anthologie d'humour ( la scène au casino avec Falk et une vieille peau est certainement mythique depuis longtemps ) et réalisme cru difficilement soutenable : quand les trois compères se retrouvent à leur hôtel chacuns avec une nana qu'ils ont levés, on est dans un glauque comparable avec la scène rajoutée des bunnies dans 'Apocalypse now redux'. On se demande alors qu'est-ce que ces types cherchent vraiment avec leurs allures de Brat-Pack ( originalement le nom donné à la bande de Frank Sinatra qui s'il est un peu oublié aujourd'hui était certainement un des modèles masculins de l'époque, surtout pour des gens de la génération de Cassavetes; mais qui à la vie dure, qu'on ne s'y trompe pas , c'est encore le nom que l'on donne aux jeunes loups qui veulent casser la baraque, surtout à leurs débuts ) mais surtout qu'est-ce que ces types prennent encore au sérieux? A l'image peut-être des fameux romains de l'Antiquité qui étaient ' superficiels par profondeur' ?

C'est quand-même le comble qu'un cinéaste de génie comme Cassavetes aie pu mettre le doigt sur un des mal du siècle et que , se faisant, on l'aie accusé lui-même de pédanterie. Le public, ainsi que la profession, n'étaient déjà pas prêt à se regarder en face, et on ne peut pas leur en vouloir, comme on ne peut logiquement pas leur reprocher qu'ils puissent vouloir lyncher le fauteur de trouble. C'est-y-pas beau ?

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28 août 2009

'Vital' de Shinya Tsukamoto

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Je hais les phénomènes de mode, en général, et en particulier à propos de Shinya Tzukamoto.
Après avoir produit l’impensable avec l’éléctrochoc que fût ‘Tetsuo’, anticipé le ‘Fight Club’ de David Fincher avec ‘Tokyo fist’ le petit gars aurait soit-disant ‘lassé’ à partir de ‘Tetsuo 2’ ( il se répète ) ‘Gemini’ ( il se diversifie ça lui réussit pas ) et ‘Bullet ballet’ ( il se répète tout en se diversifiant, y faut qu’il arrête ) qui sont de véritables œuvres d’orfèvrerie à bien des niveaux. Oserais-je parler de protectionnisme ? Il s’en faudrait de peu. Prenons l’exemple de Greenaway qui ne peut même plus sortir un film ou bizarrement tiens, le chef-d’œuvre du comics des années 90 ‘The Sandman’ traduit n’importe comment et publié dans le désordre. Pure contingence que tout ceci. Trois des films suivants de Tsukamoto sont à peine passés en salle pour ainsi dire pas vraiment, et alors qu’il revient avec ‘Nightmare detective ‘ et ‘Nightmare Detective 2’ en se rendant plus abordable et tout-public ( façon de parler ) on dit qu’il est ramolli. Invitez vos critiques favoris tard le soir dans un parking…

S’il est reconnu comme un artiste d’exception, Tsukamoto ne fait certes pas l’unanimité. Il m’aura fallût plus d’un visionnage pour me familliariser avec son cinéma, mais ceci fait…comment ne pas succomber devant le chromatisme somptueux de films comme ‘Gemini’ et ‘Tokyo fist’, la picturalité d’un film comme ‘Bullet ballet’ ainsi que son écriture dans la droite continuité d’un film comme ‘Chien enragé’ d’Akira Kurosawa…hein, comment ne pas ? Ce qui choque la majorité des gens d’après ce que j’ai compris c’est le sens de la rupture dans le montage. Ce n’est pas clipesque, c’est quasi-stoboscopique. En ce sens, Tsukamoto pratique un cinéma proche de celui d’une autre figure contemporaine importante, j’ai nommé le sieur Guy Maddin, canadien de son état. Parce que ce dernier reprend l’esthétique des films des années 20-30 ( y compris celle des films de propagande ) on pense peut-être que ça va être planplan, qu’on va bien se marrer avec les encarts textes, or Maddin rajuste sur cela au contraire un montage des plus modernes, à deux cent à l’heure : chaque idée est poussée véritablement, irrémédiablement, à son aboutissement… c’est davantage perceptible à partir de ses récents films ( à partir de ‘And cowards band the knees…’ ) mais c’était un principe qu’il a developpé surtout dans ses courts-métrages, prenez quasi n’importe lequel, à chaques fois vous serez en face d’une locomotive lancée à toute allure…

Pour dire que les auteurs ont tous deux une pratique anti-misérabiliste, un cinéma au contraire de l’urgence, qui ne s’empêtre jamais dans la guimauve et un final larmoyant, fonctionnant en à-coups, ballotant spectateurs et personnages à travers un tumulte de paroxysmes. Je pense que l'influence du film 'Hell' de Nobuo Nakagawa n'est cependant pas étrangère à cette démarche en ce qui concerne Tsukamoto, ainsi que le théâtre nô en général.

Cette démarche chez Tsukamoto, on la côtoie encore dans les premières minutes de ‘Vital’, quand le héros, après être sorti de l’hopital - ou il s’est réveillé amnésique après un accident de voiture, tente de se ré-acclimater à la vie. Lui qui n’a plus un seul indice d e sa personnalité d’antan tente de ( re ) trouver sa place dans le monde, malheureusement tout le ramène au vide, au néant qui a suivi le choc de l’accident. Et il faut voir comment s’est posé dans le film… simplement un personnage et l’agencement du décor, des directions , des lignes fortes, la part du vide…juste époustouflant. Le rythme interne de la narration se calme quelque peu après cela, et hormis la thématique, le traitement du sujet ainsi qu’un sens du cadre particulier, on ne se croirait pas vraiment dans un film de Tsukamoto. Faisant partie du monde un peu contre son gré quand même , et avec une personnalité vierge, le personnage tente de se tourner logiquement vers l’essentiel. Et l’essentiel lui apparaît. Par le biais de ses anciens livres de médecine. Il va reprendre ses études tout en se tenant ostensiblement assez à l’écart de ses camarades et se révéler même tout à fait brillant. Au moment ou commencent les cours de dissection, des bribes de souvenir commencent à remonter à la surface : il n’était peut-être pas seul au moment de l’accident…

Le film aborde pêle-mêle les thêmes de la reconstruction de soi, de la perte d’un être cher, de l’acceptation et du deuil, avec tact et raffinement. J’avais pu émettre à propos du film de Kyoshi Kurosawa ‘Kairo’ que beaucoup de formes d’Art étaient convoqués comme une invitation à rester sensible, c’est également le cas ici : le toucher, le fait d’être confronté à la chair, le travail de compréhension - à l’aide de schémas dessinés- pour comprendre le systême d’inter-dépendance entre les différents organes sont à l’image du travail de compréhension du héros face aux bribes de son passé, qui resurgit de façon complètement arbitraire, en réaction à son environnement ( les cours de dissection ) autant qu’au détour des jeux érotiques auquel le personnage se livre avec sa nouvelle petite amie. Après tout ce n’est pas parce que l’on parle de la mort qu’on doit obligatoirement être fleur bleue. J’aurais envie de dire que ‘Vital’ est tout de même un des films les plus intimistes de Tsukamoto, n’ayant pas vu ‘Haze’ ni ‘A snake of June’ ; on connaissait le film ‘Autopsie d’un meurtre’, ici il s’agit de celle d’un amour définitivement perdu.


Posté par sigismund à 18:54 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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