images qui bougent

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04 décembre 2007

...en attendant qu'elles bougent

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SHADE, THE CHANGING MAN-Vol.1

"The American scream"

par Peter Milligan , Chris Bachalo et Mark Pennington.

Vertigo/DC Comics.

"….vers une schizophrÈnie nouvelle."

Les années 90 ont vus l’émergence d’une sorte de nouvelle vague dores et déja légendaire, constituée de jeunes auteurs anglais ( on parlera de" british invasion" ) qui , suivant l’impulsion donnée par Alan Moore et son revival mythique de "Swamp Thing" dans les années 80, opérèrent un renouveau certain au sein des comic-books.

DC comics ouvrit la porte à ces nouveaux talents , ayant fait leurs premières armes soit dans les pages du magazine 2000 AD comme Grant Morrison et Peter Milligan, ou encore dans la critique et le journalisme ,comme c’est le cas pour Neil Gaiman .Peu à peu, en marge des publications phares de l’éditeur, apparurent progressivement quelques titres nouveaux, pour la plupart des personnages oubliés, ou alors sous-estimés, déconsidérés,qui devinrent finalement culte en quelques années grâce à l’approche résolument différente apportée par chacun de ces nouveaux auteurs, souscrivant tout d’abord au registre du super-héros sans pour autant se contraindre aux mêmes règles d’interactions , developpant au contraire des mythologies toutes personnelles, et allant pour finir jusqu’ à susciter la creation d’une branche parallèle reservée à leurs seules publications, regroupés sous la même bannière,le label Vertigo, proposant des récits axés sur d’autres univers magiques et mythologiques ("Fables" ,suivant la demarche commencée par Neil Gaiman avec "The Sandman"),le fantastique et l’horreur ( "Black Orchid";"Dead Man "; " The Un-Men " et surtout "Hellblazer " et "Preacher "), ainsi que , progressivement ,le western( "Jonathan Hex " ),le rÈcit de guerre ( " Unknow Soldier","Army@Love "),la science-fiction et l’anticipation ("The Filth","WE3",ainsi que "Transmetropolitan " ),le polar ( "Skreemer ","100 Bullets ","DMZ" ou encore "INCOGNEGRO" ), la chronique urbaine et l’autobiographie("Seven Seconds",et tout recemment "SENTENCES" ); enfin presque tout sauf du super-héros ,et préfigurant ainsi, mine de rien ,le retour de la bande-dessinée dite "de genre" plutôt déconsidérée et pourtant vivier dans lequel le registre puise toutes ses racines, assez comparable en réalité à la demarche artistique de Quentin Tarantino,Roger Avery et Robert Rodriguez au cinéma.

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L’exemple qui nous interesse ici est la ré-édition en trade-paperback (intégrale) passée relativement inaperçue, des six premiers episodes ( "The American Scream" qui donne son titre au recueil,et "Hollywood Babble-On" complËtant celui-ci ) de la nouvelle série " Shade, the changing man" par le scénariste Peter Milligan et le dessinateur Chris Bachalo. Personnage créé par Steve Ditko ( rappellons-le, co-créateur de Spider-Man ) et qui, comme nombre de creations du maître, hélas, aura connu une courte durée en termes éditoriaux ( 8 numéros ), jugé encore trop atypique à l’époque, mais non sans avoir attiré l’attention malgré tout. Le revival produit par l’interaction unique des deux auteurs sur toute la série bénéficie aux USA d’une notoriété unanime de la part des critiques, d’une renommée et d’un statut définitivement culte, quoique plus discret à côté de titres emblématiques tels que "The Sandman", "Hellblazer" ou "Doom Patrol".

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L’actuel dessinateur des X-Men fait ici ses premières armes, et si on le voit encore chercher ses marques ( nous reviendrons là-dessus un peu plus loin ), on remarque déjà les prémices d’un style qui trouvera sa maturité une quinzaine de numÈros plus tard ( au cours de l’un des meilleurs story-arcs de la série, "Off the road" , ou l’osmose entre toute l’équipe créative apparait comme totale, determinant la notoriété de la série une bonne fois pour toute comme excellente à tous les niveaux, ni plus ni moins ) au terme d’une incessante et exigeante recherche, et encore une fois ,grace à une collaboration très emphatique avec l’encreur Mark Pennington d’abord, puis ce sera le tour de Mark Buckingham ( dessinateur tout-terrain du Miracle Man par Neil Gaiman ) qui permettra au jeune artiste d’affirmer un style moins réaliste , plus fluide, et résolument plus sombre,climatisant à merveille les divers ambiances des scénaris de Milligan, style qu’il exportera ensuite chez Marvel sur GHOST RIDER 2099 et GENERATION X, reconnus comme étant les périodes d’apogée de son art graphique, que pourtant le public ne suivra pas , il y aurait maintenant beaucoup à dire au niveau des parti-pris actuels de l’artiste, certains y voient une forme de prostitution face à la demande des éditeurs et du public, d’autres au contraire une forme d’intégrité artistique en mémoire du travail accompli dans une pÈriode et une durée bien particulière, qui, si elle n’a pas trouvée audience n’en sera pas moins galvaudée pour autant .

On peut également bien sûr s’interroger sur les goûts du public, que les éditeurs semblent penser pouvoir anticiper; ainsi DC Comics retardant à dessein les ré-éditions des intégrales des séries phares qu’ont été Shade, Animal Man… à cause d’épisodes considérés comme de piètre qualité graphique ( ou trop irréguliers à ce niveau ) , que l’histoire et sa chronologie rendent pourtant incontournables, et que cela n’a pas empêché pour autant de recevoir nombre de récompenses et distinctions et en partie grâce aux critiques, qui eux, n’ont pas hésités à poser en avant la qualité des scénaris pour encourager les lecteurs. C’est là rendre un bien piètre hommage au travail de jeunes artistes et la foule d’innovations graphiques générées au milieu de certaines conditions editoriales drastiques, ainsi les collages d’images , distortions et pixellisations audacieuses qui parsèment le récit, dont l’ambiance étant justement à la folie ambiante, les images s’en trouvent elles-mêmes parasitées, soutenu par le travail du coloriste Daniel Vozzo qui étiole ces disgressions d’une esthétique pop, rappellant les procédés graphiques utilisés par les grands noms de la peinture amèricaine (Warhol, Rauschenberg ,qui ont stigmatisés avant eux les maux de la société de consommation -appelée aussi quelques fois : "moderne"- ), je pense tout particulièrement à l’emploi de sous-couches monochromes d’images dans l’image , (particulier au procédé d’impression qu’est la sérigraphie, outil de prédilection des artistes cités ci-dessus ) parti-pris en rien gratuit puisque le propos de l’histoire est lui-même le sous-texte, le sous-jacent en general : Métalangage- Méta étant la planète d’origine du héros- et donc ces" métaphores qui nous entourent….";…. et peut-être également ,méthadone.

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Tout comme Neil Gaiman sur le dorénavant légendaire "The Sandman", le scénariste Peter Milligan mettra lui-même fin à la série, estimant avoir dit ce qu’il avait à dire et ne voulant souscrire à une quelconque pression commerciale en étirant indéfiniment les ressorts de son personage au risque de le dénaturer ;et la carrière de Milligan restera à jamais auréolée de son travail sur Shade. D’origine irlandaise, l’auteur a fait ses débuts dans les pages de 2000AD avec "Bad Company", récit de guerre satyrico-cyber-punk , avec Brett Ewins et Brendan Mc Carthy ( qui prêtera son style unique , psychédélique aux premières couvertures de Shade, et qui est pour beaucoup également à l’attention portée sur la série, ainsi que tous ses character-design à Chris Bachalo pour le personage comme point de depart.),et avec qui il réalisera plus tard le très controversé " SKIN" ;Milligan a toujours revendiqué ses influences prépondérantes issues de la littérature plutÙt que du comic-book, aussi bien James Joyce ( "Finnegan’s wake" reste son ouvrage de reference, meme s’il cite également "Dubliners" ) que Tom Robbins ( toujours dans "Off the road", il fera une référence discrète à "Even cow-girls get the blues" par l’intermédiaire d’un de ses personnages ), usant notamment du procédé de la voix-off pour donner à ses personnages et à ses thêmes une densitÈ très concrète et imposant une verve acerbe,parfois presque cinglante (mais encore une fois l’est-elle vraiment ? ) qui s’affirmera comme étant sa marque de fabrique tout au long de ses travaux ultérieurs :" Enigma", "The Extremist", "The Eaters", jusqu’à ses travaux récents chez Marvel Comics sur "X-Force/X-Statix". L’auteur explicite les origines de son personnage (on oserait un léger rapprochement avec 'Badlands' de Terence Malick -Milligan semble définitivement de cette génération ) et le transpose dans l’Amérique contemporaine, celle consumée par le matérialisme, celle obsédée par les serial-killers et l’auto-défense ( à cause de la persistence géographique-"ici c’est toujours le sud"-…), celle traumatisée par la guerre du Vietnam et l’assassinat de Kennedy, avec ses dirigeants corrompus, celle qui a vécue Woodstock, la spiritualité New-Age,les drogues ,le sexe, l’Amérique des excès en somme, dont elle n’a pas conscience, celle qu’elle se cache à elle-même ( puisque ce que l’on remet bien le moins en question est bien notre propre façon d’être,nos habitudes, ce qui nous constitue le plus en fin de compte ) et leurs lots de désillusion à tous ,( et le sens de la folie d’être très bien défini par l’un des personnages,l’agent Stingray,comme étant un "cancer " de la réalité, autrement dit des cellules indépendantes ,"electrons libres de l’organisme" qui plutôt que de privilégier leurs fonctions dans le corps, se consacreraient à leur seule satisfaction, au mépris de leur propre survie, puisque condamnant le reste du corps avec elles, inconscientes , irresponsables…) transcendées ici en caricatures toutes plus grotesques les unes que les autres, dégorgées, vomies presque,et ou le héros fait office de révélateur, s’évertuant à reconstruire, faire voir les garde-fous oubliés ( n’allez pas croire pour autant qu’il s’agit d’une tâche aisée, pleine de guimauve et de sentiments mielleux, puisqu’il s’agit au final d’accepter aussi et d’abord la réalité comme elle est , l’auteur en profite d’ailleurs pour redéfinir,  préçiser, ou peut-être bien en finir avec, la théorie du complot ).

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A aucun moment le scénariste ne se tourne vers le super-héros , ni mÍme le super-héros absurde,parodique presque ,veine implacablement entamée par Grant Morrison sur "Doom Patrol" ainsi que sur "Animal Man", sur lequel Milligan assurera une relève de transition un peu dans le même esprit, mais s’oriente au contraire résolument dans le registre du fantastique, voire du fantastique horrifique , et se focalisera progressivement au contraire sur ce qui constituera l’allégorie constituante et le pilier fondateur de toute la série :la relation entre Shade et Kathy, la recherche de l’amour ( allons bon…-Eh oui. ) ,et de savoir s’il survivra…

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Posté par sigismund à 04:49 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

diable rouge rapeur du souss

slt cava ton stoune et tres cool.voila mon site c'est tu vu .
www.totiz.c.la

Posté par abdellatif, 10 décembre 2007 à 16:23

roger

merci à toi,
je checke et je te dis ça.

Posté par sigismund, 13 décembre 2007 à 15:10

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