images qui bougent

blog de discussion, publications d'articles sur le cinéma, le théatre jusqu'à la littérature et la bande -dessinée

04 décembre 2007

...en attendant qu'elles bougent

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SHADE, THE CHANGING MAN-Vol.1

"The American scream"

par Peter Milligan , Chris Bachalo et Mark Pennington.

Vertigo/DC Comics.

"….vers une schizophrÈnie nouvelle."

Les années 90 ont vus l’émergence d’une sorte de nouvelle vague dores et déja légendaire, constituée de jeunes auteurs anglais ( on parlera de" british invasion" ) qui , suivant l’impulsion donnée par Alan Moore et son revival mythique de "Swamp Thing" dans les années 80, opérèrent un renouveau certain au sein des comic-books.

DC comics ouvrit la porte à ces nouveaux talents , ayant fait leurs premières armes soit dans les pages du magazine 2000 AD comme Grant Morrison et Peter Milligan, ou encore dans la critique et le journalisme ,comme c’est le cas pour Neil Gaiman .Peu à peu, en marge des publications phares de l’éditeur, apparurent progressivement quelques titres nouveaux, pour la plupart des personnages oubliés, ou alors sous-estimés, déconsidérés,qui devinrent finalement culte en quelques années grâce à l’approche résolument différente apportée par chacun de ces nouveaux auteurs, souscrivant tout d’abord au registre du super-héros sans pour autant se contraindre aux mêmes règles d’interactions , developpant au contraire des mythologies toutes personnelles, et allant pour finir jusqu’ à susciter la creation d’une branche parallèle reservée à leurs seules publications, regroupés sous la même bannière,le label Vertigo, proposant des récits axés sur d’autres univers magiques et mythologiques ("Fables" ,suivant la demarche commencée par Neil Gaiman avec "The Sandman"),le fantastique et l’horreur ( "Black Orchid";"Dead Man "; " The Un-Men " et surtout "Hellblazer " et "Preacher "), ainsi que , progressivement ,le western( "Jonathan Hex " ),le rÈcit de guerre ( " Unknow Soldier","Army@Love "),la science-fiction et l’anticipation ("The Filth","WE3",ainsi que "Transmetropolitan " ),le polar ( "Skreemer ","100 Bullets ","DMZ" ou encore "INCOGNEGRO" ), la chronique urbaine et l’autobiographie("Seven Seconds",et tout recemment "SENTENCES" ); enfin presque tout sauf du super-héros ,et préfigurant ainsi, mine de rien ,le retour de la bande-dessinée dite "de genre" plutôt déconsidérée et pourtant vivier dans lequel le registre puise toutes ses racines, assez comparable en réalité à la demarche artistique de Quentin Tarantino,Roger Avery et Robert Rodriguez au cinéma.

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L’exemple qui nous interesse ici est la ré-édition en trade-paperback (intégrale) passée relativement inaperçue, des six premiers episodes ( "The American Scream" qui donne son titre au recueil,et "Hollywood Babble-On" complËtant celui-ci ) de la nouvelle série " Shade, the changing man" par le scénariste Peter Milligan et le dessinateur Chris Bachalo. Personnage créé par Steve Ditko ( rappellons-le, co-créateur de Spider-Man ) et qui, comme nombre de creations du maître, hélas, aura connu une courte durée en termes éditoriaux ( 8 numéros ), jugé encore trop atypique à l’époque, mais non sans avoir attiré l’attention malgré tout. Le revival produit par l’interaction unique des deux auteurs sur toute la série bénéficie aux USA d’une notoriété unanime de la part des critiques, d’une renommée et d’un statut définitivement culte, quoique plus discret à côté de titres emblématiques tels que "The Sandman", "Hellblazer" ou "Doom Patrol".

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L’actuel dessinateur des X-Men fait ici ses premières armes, et si on le voit encore chercher ses marques ( nous reviendrons là-dessus un peu plus loin ), on remarque déjà les prémices d’un style qui trouvera sa maturité une quinzaine de numÈros plus tard ( au cours de l’un des meilleurs story-arcs de la série, "Off the road" , ou l’osmose entre toute l’équipe créative apparait comme totale, determinant la notoriété de la série une bonne fois pour toute comme excellente à tous les niveaux, ni plus ni moins ) au terme d’une incessante et exigeante recherche, et encore une fois ,grace à une collaboration très emphatique avec l’encreur Mark Pennington d’abord, puis ce sera le tour de Mark Buckingham ( dessinateur tout-terrain du Miracle Man par Neil Gaiman ) qui permettra au jeune artiste d’affirmer un style moins réaliste , plus fluide, et résolument plus sombre,climatisant à merveille les divers ambiances des scénaris de Milligan, style qu’il exportera ensuite chez Marvel sur GHOST RIDER 2099 et GENERATION X, reconnus comme étant les périodes d’apogée de son art graphique, que pourtant le public ne suivra pas , il y aurait maintenant beaucoup à dire au niveau des parti-pris actuels de l’artiste, certains y voient une forme de prostitution face à la demande des éditeurs et du public, d’autres au contraire une forme d’intégrité artistique en mémoire du travail accompli dans une pÈriode et une durée bien particulière, qui, si elle n’a pas trouvée audience n’en sera pas moins galvaudée pour autant .

On peut également bien sûr s’interroger sur les goûts du public, que les éditeurs semblent penser pouvoir anticiper; ainsi DC Comics retardant à dessein les ré-éditions des intégrales des séries phares qu’ont été Shade, Animal Man… à cause d’épisodes considérés comme de piètre qualité graphique ( ou trop irréguliers à ce niveau ) , que l’histoire et sa chronologie rendent pourtant incontournables, et que cela n’a pas empêché pour autant de recevoir nombre de récompenses et distinctions et en partie grâce aux critiques, qui eux, n’ont pas hésités à poser en avant la qualité des scénaris pour encourager les lecteurs. C’est là rendre un bien piètre hommage au travail de jeunes artistes et la foule d’innovations graphiques générées au milieu de certaines conditions editoriales drastiques, ainsi les collages d’images , distortions et pixellisations audacieuses qui parsèment le récit, dont l’ambiance étant justement à la folie ambiante, les images s’en trouvent elles-mêmes parasitées, soutenu par le travail du coloriste Daniel Vozzo qui étiole ces disgressions d’une esthétique pop, rappellant les procédés graphiques utilisés par les grands noms de la peinture amèricaine (Warhol, Rauschenberg ,qui ont stigmatisés avant eux les maux de la société de consommation -appelée aussi quelques fois : "moderne"- ), je pense tout particulièrement à l’emploi de sous-couches monochromes d’images dans l’image , (particulier au procédé d’impression qu’est la sérigraphie, outil de prédilection des artistes cités ci-dessus ) parti-pris en rien gratuit puisque le propos de l’histoire est lui-même le sous-texte, le sous-jacent en general : Métalangage- Méta étant la planète d’origine du héros- et donc ces" métaphores qui nous entourent….";…. et peut-être également ,méthadone.

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Tout comme Neil Gaiman sur le dorénavant légendaire "The Sandman", le scénariste Peter Milligan mettra lui-même fin à la série, estimant avoir dit ce qu’il avait à dire et ne voulant souscrire à une quelconque pression commerciale en étirant indéfiniment les ressorts de son personage au risque de le dénaturer ;et la carrière de Milligan restera à jamais auréolée de son travail sur Shade. D’origine irlandaise, l’auteur a fait ses débuts dans les pages de 2000AD avec "Bad Company", récit de guerre satyrico-cyber-punk , avec Brett Ewins et Brendan Mc Carthy ( qui prêtera son style unique , psychédélique aux premières couvertures de Shade, et qui est pour beaucoup également à l’attention portée sur la série, ainsi que tous ses character-design à Chris Bachalo pour le personage comme point de depart.),et avec qui il réalisera plus tard le très controversé " SKIN" ;Milligan a toujours revendiqué ses influences prépondérantes issues de la littérature plutÙt que du comic-book, aussi bien James Joyce ( "Finnegan’s wake" reste son ouvrage de reference, meme s’il cite également "Dubliners" ) que Tom Robbins ( toujours dans "Off the road", il fera une référence discrète à "Even cow-girls get the blues" par l’intermédiaire d’un de ses personnages ), usant notamment du procédé de la voix-off pour donner à ses personnages et à ses thêmes une densitÈ très concrète et imposant une verve acerbe,parfois presque cinglante (mais encore une fois l’est-elle vraiment ? ) qui s’affirmera comme étant sa marque de fabrique tout au long de ses travaux ultérieurs :" Enigma", "The Extremist", "The Eaters", jusqu’à ses travaux récents chez Marvel Comics sur "X-Force/X-Statix". L’auteur explicite les origines de son personnage (on oserait un léger rapprochement avec 'Badlands' de Terence Malick -Milligan semble définitivement de cette génération ) et le transpose dans l’Amérique contemporaine, celle consumée par le matérialisme, celle obsédée par les serial-killers et l’auto-défense ( à cause de la persistence géographique-"ici c’est toujours le sud"-…), celle traumatisée par la guerre du Vietnam et l’assassinat de Kennedy, avec ses dirigeants corrompus, celle qui a vécue Woodstock, la spiritualité New-Age,les drogues ,le sexe, l’Amérique des excès en somme, dont elle n’a pas conscience, celle qu’elle se cache à elle-même ( puisque ce que l’on remet bien le moins en question est bien notre propre façon d’être,nos habitudes, ce qui nous constitue le plus en fin de compte ) et leurs lots de désillusion à tous ,( et le sens de la folie d’être très bien défini par l’un des personnages,l’agent Stingray,comme étant un "cancer " de la réalité, autrement dit des cellules indépendantes ,"electrons libres de l’organisme" qui plutôt que de privilégier leurs fonctions dans le corps, se consacreraient à leur seule satisfaction, au mépris de leur propre survie, puisque condamnant le reste du corps avec elles, inconscientes , irresponsables…) transcendées ici en caricatures toutes plus grotesques les unes que les autres, dégorgées, vomies presque,et ou le héros fait office de révélateur, s’évertuant à reconstruire, faire voir les garde-fous oubliés ( n’allez pas croire pour autant qu’il s’agit d’une tâche aisée, pleine de guimauve et de sentiments mielleux, puisqu’il s’agit au final d’accepter aussi et d’abord la réalité comme elle est , l’auteur en profite d’ailleurs pour redéfinir,  préçiser, ou peut-être bien en finir avec, la théorie du complot ).

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A aucun moment le scénariste ne se tourne vers le super-héros , ni mÍme le super-héros absurde,parodique presque ,veine implacablement entamée par Grant Morrison sur "Doom Patrol" ainsi que sur "Animal Man", sur lequel Milligan assurera une relève de transition un peu dans le même esprit, mais s’oriente au contraire résolument dans le registre du fantastique, voire du fantastique horrifique , et se focalisera progressivement au contraire sur ce qui constituera l’allégorie constituante et le pilier fondateur de toute la série :la relation entre Shade et Kathy, la recherche de l’amour ( allons bon…-Eh oui. ) ,et de savoir s’il survivra…

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Eastern promises

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' Le plus effrayant reste bien que chaque homme a ses raisons...'

F.Dostoievsky

Une jeune infirmière se retrouve avec l'enfant d'une jeune prostituée morte en couches ainsi que du journal intime de celle-ci ,d'origine russe elle aussi elle se met en devoir d'informer ce qu'elle croit être les proches de la jeune défunte,elle réalise progressivement que ceux-ci sont davantage concernés par l'existence du journal que par le sort de la jeune fille, celui-ci constituant en réalité une preuve des agissements maffieux de cette famille,mettant en lumière tout un réseau clandestin de proxénétisme...

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David Cronenberg semble bel et bien en avoir terminé avec le fantastique,après avoir mis tout le monde d'accord avec 'Naked lunch' libre adaptation du roman éponyme de William Burroughs réputé inadptable,il amorce une sorte de retour progressif à la réalité avec des films comme ' M Butterfly', 'Crash' dont le magnifique 'Spider' semble bien être le point de conclusion, et entame un nouveau cycle ,noir ,commencé avec ' A history of violence' et poursuivi avec ' Eastern promises' .Démarche comparable au parcours des frères Coen depuis 'Fargo' -ce qui en fait a toujours été leur registre de prédilection,on cite souvent 'Arizona junior' comme étant leur premier film sans tenir compte de l'excellent 'Sang pour sang'- et dont le réalisateur cite brièvement 'The barber' en ouverture de ce dernier.

Son nouvel axe de travail semble être dorénavant une réflexion sur la perception -ou la non perception justement- de cette soit-disant réductible réalité;sommes-nous si conscients de ce qui nous entoure ,et à chaques fois dans ces deux derniers long-métrages c'est un monde nouveau qui s'ouvre aux personnages,plus sombre ,plus cruel que ce qu'ils pensaient,traversé de violence et de crime dont a bien du mal à trouver les vestiges d'une quelconque humanité,relegué à l'ordre du souvenir -à reconstruire- :plus rien ne sera jamais pareil.

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Chaque récit est nappé de personnages secondaires, catalyseurs du récit principal -les deux tueurs professionnels sur la route au début de 'A history...' et le jeune voyou débutant et maladroit de ' Eastern...' - et alternative radicale par rapport au propos sous-jacent: ils font chaques fois emploi de la violence dans ce qu'elle a de plus cru et de plus abrupte à l'image même d'une banalisation toute cinématographique,et leur est systématiquement retournée avec la même force,ils ne réchappent pas de l'usage qu'ils en font;dans toute la suite des récits nous nous tenons en fait dans les prémices de l'irréparable ,la violence n'arrive que quand tout dialogue a échoué ,pour se protéger, ou empêcher l'abus et l'exploitation ,car c'est bien ce qu'elle recèle et ou elle va puiser une soit-disant légitimité et le droit de ne pas être remise en question.Les nouveaux récits de  David Cronenberg sont donc centrés sur le degré de perception de chacun par rapport à ce basculement d'une réalité à une autre, (selon l'univers d'ou il provient ou son degré de sensibilisation,d'expérience ,) et de ce que cela génère en conséquences aussi.

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Le cadre est ici celui de la mafia russe- loin d'archétypes 'respectables' comme cela a pu être le cas avec 'Le parrain' ou dans 'M le maudit' ou c'est d'abord la pègre qui trouve et juge le criminel avant la police- mais bel et bien comparable à une nation ,ou une royauté ,avec ses propres raisons d'états abusives,son quota de pertes négligeable,tentant non pas de racheter mais seulement de dissimuler ses propres travers à grands renforts de manipulation afin de maintenir une certaine impunité,apanage reservé à une caste d'élus privilégiés,symbolisé ici par les tattouages .Le corps et ses métamorphoses a toujours été un des axes principaux de Cronenberg,et comme l'a très justement pointé un critique de la revue ' Mad movies ',il y a dans 'Eastern...' un cheminement vers la nudité,la vraie nature de l'homme donc, et dans la mafia les tattouages témoignent de l'identité de l'homme qui les porte, de son cheminement ,bref le reflet de son âme; et il y a cette opposition entre le personnage de Vincent Cassel -excellent et qui semble s'en donner à coeur joie- qui lui, est quasiment né avec ses tattouages et qui pense n'avoir rien à prouver ,et Viggo Mortensen qui doit se hisser pour arriver au même rang ; on pense d'ailleurs à un passage des 'Affranchis' de Martin Scorcese ou une éxécution est bien souvent maquillée en intronisation. Le questionnement de la légitimité de la violence soulève celui du jugement: faut-il considérer quelqu'un selon sa fonction ou encore selon des apparences (- ou chacun s'arrange donc pour être dans son bon droit-), ou plutôt selon le sens réel de ses actes, et quel poids ont-ils réellement en face du devoir de mémoire envers les victimes.

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Eternal sunshine of the spotless mind

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Très très beau film sur la re-construction de soi.

Après sa rupture d'avec la belle Clémentine , apprend en cherchant à la revoir que celle-ci l'a effacé de sa mémoire grâce à un bien curieux cabinet qui ne fait que ça.En rage,il décide de faire de même; au moment de l'effacement définitif il découvre qu'un des soit-disants docteurs utilise ses souvenirs de leur histoire pour conquérir la jeune fille.

Sur un modèle scénaristique un peu kafkaien ,à savoir une situation absurde traitée jusqu'à son terme réalistiquement - c'est le cas pour 'Le château','Le procès' et 'La métamorphose', le cinéaste Michael Gondry et ses acolytes Charlie Kaufman et Pierre Bismuth utilisent l'oubli,la peur de la perte de l'être aimé comme lien de coercion,vecteur de dialogue justement,ainsi au lieu de craindre le pire,anticipons-le.

On peut trouver une proximité avec le ' Je t'aime,je t'aime ' d' Alain Resnais ou le personnage remonte le temps afin de ne pas quitter celle qu'il aime -script lui-même inspiré de 'La jetée' de Chris Marker qui inspirera ' L'armée des 12 singes' de Terry Gilliam- ce qui donne lieu à des séquences décalées empruntant le langage décousu des rêves.

Ce procédé narratif est d'ailleurs devenu le cheval de bataille de David Lynch depuis 'Lost highway' et ce n'est pas un hasard non plus si le dernier film de Gondry s'intitule justement ' The science of sleep'.

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...elles devraient

La sortie d 'un nouvel album de Frédéric Bézian est chaques fois le signe que le monde ne va pas si mal : dans un quasi anonymat l' artiste poursuit son parcours avec une constance d 'excellence rarement égalée le situant dans le panthéon des grands auteurs que la bd contemporaine ne peut que se féliciter d' avoir ,aux côtés de son compère Andreas, de De Crecy ,José Munoz et Charles Burns.

bezian_5Constamment reconnu par la critique ,Bézian navigue d' éditeurs en éditeurs, privilégiant son intégrité d expression ; après un premier album chez Futuropolis c' est au sein des Humanoides Associés ou il publie la trilogie d' Adam Sarlech ,récit fantastique ou se mêlent spiritisme - teinté en effet de la mémoire de figures emblématiques que furent Edgar Poe et Aleister Crowley - et secrets coupables de famille et ou il impose d'un coup un style graphique expressionniste ,très marqué,fait d'un encrage dense et quasi écorché,qui, ajouté à ses exigences narratives lui vaudront d être étiquetté comme pas vraiment commercial voire hermétique .

b_zian_3 Le comble pour quelqu' un qui s' échine à façonner des histoires en dehors des formules communes, non pas volontairement complexes mais structurées, et cette constante revendication de la littérature comme exemple et source d inspiration est à chaques fois un hommage et une ouverture . Bézian est un féru des incontournables précurseurs modernes que sont Beckett, Proust et Joyce ,preuve en est avec les deux sommités que sont ses deux récits suivants ,ou ,après un scénario pour un album collectif pour Andréas -le très beau ' Dérives ' - viendront le court 'Archipels', refléxion sur le temps mort , ET surtout, surtout ' Chien rouge chien noir' ,que beaucoup ont comparé avec la sommité qu'est le ' Cages' de Dave Mc Kean -c'est dire-,un récit constitué du destin mêlé de plusieurs personnages qui se croisent et s'entrecroisent -autre héritage de la pratique littéraire plus préçisément la démarche de Raymond Carver, transcendée au cinéma par le magnifique ' Short cuts' de feu Robert Altman- tous amis d' un certain Lou, eternel absent tout du long, et autour de qui tout s'articule indirectement,récit parsemé d'absences justement; et même d' absences de cases - proche en cela d'une optique quasi-expérimentale qui rappelle celle de Marc Antoine Matthieu aux éditions Delcourt également- qui serait l' expression d'un chien fantastique, mystérieux, parabole du sens divin ou d'une réalité qui leur échappe à tous, cherchant à la comprendre ou refusant seulement de l'admettre.

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Après avoir été directeur artistique pour la série animée ' Belphégor' (-pas vu mais on rêve bien après un long métrage dans le style Adam Sarlech- ),après un très bon album chez Albin Michel 'Ne touchez à rien ' et une incursion le temps de deux albums dans l'univers fantasy de la série ' Donjons Monsters' (fresque imaginée par les piliers du courant indépendant en France Lewis Trondheim et Johan Sfar et qui invitent volontiers tous leurs potes à venir dessiner pour plus ou moins longtemps sur la série, c'est le cas de Blanquet; de Blain par exemples) que Bézian réalise dans un style plus accessible -plus proche du ton de la série également, celui de l'esquisse, avec lequel il revient, ainsi qu'avec le theme du huit- clos également, pour ' Garde-fous ' , récit policier à propos d'un tueur en série insaisissable dont la police croyant devancer ses intentions pense qu'il va s'en prendre bientôt à un couple d'éditeurs vivant reclus dans une somptueuse villa moderne.Conservant sa mise en couleur habituelle en à-plats, Bézian donne à celle-ci le premier rôle ,en la rendant vivante à l'intérieur des formes architecturales dans lesquelles elles se trouve imbriquée quand ce n'est pas un lieu en particulier qui la génère et donne le ton d'une séquence. A l'exemple de Brett Easton Ellis avec lequel notre auteur semble partager la même aversion pour la mondanité tout en sachant que c'est un lieu générateur d' histoires -je vais arrêter avec les références-ou chaque personnage secondaire d'un livre à à son tour un rôle principal dans le ou les suivants,on croise un des personnages pique-assiette de ' Chien Rouge...' Bézian façonne et impose une mythologie toute personnelle en une galerie de personnages attachants -enfin non pas forcément. Comme le dit l'adage 'on peut être dans le monde sans être du monde ' je vous laisse le soin de découvrir par vous-même pourquoi notre mystérieux assassin s'attaquerait à ce charmant couple de diffuseurs de légendes.

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El Topo

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Film culte d' Alejandro Jodorowsky avant qu'il ne devienne le scénariste de b.d incontournable que l'on sait;pratiquement réalisé sans financement mais bien grâce à la hargne persévérante de son auteur et aussi la bonne volonté de tous ceux qui ont bien voulu l'aider et s'investir dans cette odyssée ( donnant lieu à des conditions de tournages presqu'aussi infernales que certains films de Terry Gilliam ou encore le fameux 'Apocalypse now ' de Francis Coppola ) mais faisant aussi la force et la véracité de celui-ci. Ce qui a sans doute endurci son réalisateur à jamais quand on pense à la somme de difficultés auquel il a dû être confronté ,et qui le pose sans conteste comme auteur tous- terrains, à transformer tout obstacle,toute contrainte en qualité : une fois le film terminé personne ne voulait le distribuer à part un cinéma de quartier parisien qui voulut bien lui accorder une chance...en dernière partie de soirée,l'improbable se produit pourtant et le film acquit sa légende par le bouche à oreille -un peu comme le 'Eraserhead ' de David Lynch plus tard - et relança de surcroît l'engouement pour les séances de minuit - 'El Topo' est un film véritablement unique,un western métaphysique et surréaliste comme on en avait jamais vu, tant Jodorowsky l'a imbibé de tout son bagage artistique et spirituel.

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L'auteur a toujours puisé ses sources dans les arts de la rue et son propre cheminement personnel l'a également fait s'orienter vers une connaissances parfaite des arcanes du tarot puis vers le shamanisme,dans une application toute particulière qu'il nomme 'psycho-shamanisme' ,à savoir une science des mécanismes même du changement et des métamorphoses du corps et de l'esprit -que l'on a tendance à trop séparer d'ou justement certains problemes-, afin de conduire tout un chacun au plein accomplissement et à la pleine réalisation de soi ;Dali utilisait bien la méthode de la paranoia critique pour peindre et David Lynch ne se cache pas de l'emploi qu'il fait de la méditation transcendentale dans son processus créatif.Jodorowsky n'ignore pas la fonction catharcique de tout spectacle et chacun de ses récits au cinéma ou en b.d ont une forte portée initiatique ,préfigurant les écrits de Carlos Castaneda -réference qui vient souvent à l'esprit en premier en ce qui concerne les récits d'initiation, afin d'aider tout un chacun à transcender ses propres travers ,à évoluer .C'est ce qui fait d' El Topo un film si unique tellement son auteur s'éloigne des schémas habituels à la fois dans la narration et dans les archétypes des personnages -dans un documentaire sur Moebius,d'ailleurs, diffusé sur Arte ou Jodorowsky fait quelques courtes interventions ,on peut se rendre compte à quel point il éxecre les comic-books américains et la façon dont les 'héros' souffrent ( ce qui est de nos jours un cliché largement dépassé, en partie grâce à l'influence du travail de Jodorowsky mais pas seulement,pensons à Frank Miller et Alan Moore ) et à quel point il en différencie son propre travail -; ayant fait l'expérience d'un systême totalitaire depuis l'enfance,Jodorowsky retranscrit souvent cette violence dans ses récits, ' La caste des méta-barons' notamment,les epreuves que nous imposent la vie sont des rites de transition ,il faut parfois se purifier soi au lieu de ses sur-équiper inconsidérément,elles peuvent être cruelles et on est pas censés en sortir forcément indemnes .

Comme vecteur de changement,Jodorowsky accorde une place prépondérante au rituel.Nous sommes tous constitués de rituels,qui nous échappent à nous-mêmes la plupart du temps parce que c'est ce que nous remettons le moins en question ainsi insiste-t-il sur la notion d'actes fondateurs,car ils nous préparent à ceux que vont nous imposer les circonstances qui eux ne seront pas forcément choisis ni consentis,ainsi le film s'ouvre-t-il sur le héros et son jeune fils à qui il fait enterrer dans le désert ses jouets d'enfant -vestiges également du souvenir de sa mère disparue -avant d'aller plus avant.Et en effet le héros -interprété par le réalisateur lui-même,suite au désistement de son acteur principal - libère un monastère opprimé par une bande de pistorellos,avec à leur tête un général fantasque et napoléonien ,ce qui aurait pu constituer un film à lui tout seul car c'était plutôt la mode de l'époque,et contre toute attente s'enfuit avec une belle jeune femme retenue en otage laissant son jeune fils aux soins des moines...Le héros se révèle un anti-héros qui,à l'image de l'homme ,ne tire pas tout à fais les bonnes leçons de ses actes,ou même,fait tout simplement de mauvais choix :omnubilé par son nouvel amour qui lui met en tête de défier les quatre meilleurs pistorelos du monde afin que plus personne ne prétende rivaliser avec lui,il se retrouve confrontés à des sages-guerriers,aspects d'une spiritualité avec laquelle il est en train de s'éloigner de plus en plus ; seulement je ne tiens vraiment pas à vous enlever tout plaisir de découverte sous pretexte de révéler d'autres aspects du film, j'interromps donc ici cette chronique,la bonne nouvelle étant que le film n'est plus aussi introuvable comme ça été le cas pendant de longues années,'Santa Sangre' et 'La montagne sacrée' ont également étés ré-édités.

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