31 décembre 2008
bonne année

( Peter Blake - Memories of Place )
L' année 2008 s'achève, déjà un an sur la blog sphère, merci à tous d'être là et d'avoir la gentilesse de passer faire un tour ici de temps en temps :
-toute l'équipe du cinéma d'Olivier, ainsi que leurs affiliés ( Clash, Léopold, Dasola, Sycophante... ) à tous mes meilleurs voeux et merci pour leur bonne humeur,
-l'équipe de Matière Focale pour leurs critiques vivifiantes, inspiratrices, exemplaires
et aussi Mr Patchworkman pour sa bonne vibe inaltérable et définitivement passionnée; je salue également Maydrick de La lumière vient du fond, Cosmo Boy, Alex de Supercoolitude et tous ceux qui sont venus aggrémenter ce blog de leurs critiques et réfléxions,
à toutes et à tous encore une fois...
30 décembre 2008
Sorties de cartons

Ce n'est jamais vraiment une perte de temps que de lire un roman de Graham Greene ( ' Orient-express'; ' Tueur à gages' ), on est rarement déçu, en terme d'expérience littéraire. Le style et la construction restent d'une rigueur implacable d'un bout à l'autre, verrouillés, boulonnés, sans le moindre signe de relâchement, à l'image de ce qu'ils racontent d'ailleurs : quelque chose conçu au millimètre. Le moindre signe de relâchement et ça explose, qu'est-ce qu'on nous dis. C'est au détour des rouages de cette machinerie sans le moindre grincement qu'apparaît l'art du romancier - influencé par l'écriture de François Mauriac nous dit-on - dans sa façon de placer un trait de caractère, ou une toute autre information inattendue.
Alors de quoi ça parle, je vous donne un indice :
ça commence sur un bateau...

' Très loin, en ville, nous entendîmes des coups de feu.
— On tue quelqu'un, dis-je.
— Tu ne sais donc pas ?
Deux nouveaux coups claquèrent.
— Je veux parler des exécutions.
— Non. Il y a plusieurs jours que Petit Pierre n'est pas monté. Joseph a disparu. Je suis privé de nouvelles.
— En représailles pour l'attaque du poste de police, ils ont fait sortir deux hommes de prison pour les fusiller dans le cimetière.
— Dans le noir ?
— C'est plus impressionnant. Ils ont installé des lampes à arc et une caméra de télévision. Tous les enfants des écoles doivent y assister. Ordre de Papa Doc.
— Alors il faut que tu laisses la foule des assistants se dissiper, dis-je.
— Oui. C'est tout ce que cela signifie pour nous. Ce ne sont pas nos affaires.
— Non ; nous n'aurions pas fait de très bons rebelles, toi et moi.
— Je ne crois pas que Joseph y réussira non plus. Avec sa hanche estropiée.
— Ou Philippot sans son Bren. Je me demande s'il transporte Baudelaire dans sa poche à portefeuille, pour arrêter les balles.
— Ne sois pas trop sévère pour moi alors, dit-elle, parce que je suis allemande et parce que les Allemands n'ont rien fait. '
( pp. 353-354 )

Je terminerais l'année un peu moins à la ramasse, et c'est bien l'essentiel de mes pré-occupations, puisque je viens de découvrir un nouvel auteur de science-fiction, et pas des moindres encore une fois : Philippe José Farmer, un autre pionnier puisqu'il s'est attaché dès son premier roman ( 'The lovers' - traduit chez Folio sous le titre 'Les amants étrangers' ) à amener dans la science-fiction une dimension nouvelle qu'on ne lui connaissait pas, le cul ladies and gentlemen, the sexuality attention ne vous y trompez pas je ne me moque pas. Farmer fera son fer de lance tout au long de sa carrière à mettre en scène une écriture pétrie de fantasmes, débridée et sans tabous, et à 'Images qui bougent' on ne pouvait que se demander ce que ça raconte.
La bibliographie de l'auteur s'avère assez impressionnante, et apparemment à peine le quart aurait été traduite.
' Une bourrée pastorale' ( ' Flesh' -1968 ) pour commencer donc, ou après un voyage interstellaire de huit cent ans à la recherche de planètes potentiellement coloni...vierges, le vaisseau spatial ' Terra' et son équipage, commandé par Peter Stagg, découvrent que bien des choses sur Terre ont changées. La dernière apocalypse a laissée la planète un peu dévastée, et la nouvelle civilisation s'est quelque peu fondée sur un culte de la fécondité, une société plus proche de la Nature, à l'écart de la science et de la technologie, comme par rancune inconsciente...Tandis que le commandant est séparé de son équipage , on lui apprend qu'il a été choisi comme le nouvel avatar du Héros Solaire de la légende pour cette année, avoir l'honneur d'être possédé par l'esprit du Dieu-Cornu et passer par toutes les villes de l'Etat féconder les jeunes vierges choisies par l'ordre pour porter son enfant avant de finir son périple face à la Grande Prêtresse elle-même... hein c'est ça ?

29 décembre 2008
Tepepa

C'est bientôt la fin de l'année alors vite.
Oui j'ai vu ce film, comment dès lors le passer sous silence ?

'Tepepa' est un zapata-western, un terme que je ne connaissais pas, que l'on pourrait traduire par western révolutionnaire. Quoi ? Un film de révolution ? Je serais tenté de dire au premier abord picaresque, mais c'était juste pour caser ce mot, le western avec ses bandits de grands chemins l'est toujours un peu forcément, néanmoins c'est un terme qui convient bien car il y a de temps à autres des petites touches d'humour qui pour mon goût nuisent un peu au propos général. Pour dire que même l'édition dvd est piégée et peut vous exploser à la figure: le film a été apparamment édité en version longue ( et d'ailleurs dans le menu on a pas le choix, c'est ' lancer le film' ) ce qui veut dire que certaines scènes ne sont pas doublées et complètement silencieuses; c'est un bon concept, intéractif et tout ça, de fait à ne pas regarder trop nombreux car la fougue mexicaine est déjà en soi assez contagieuse.
Beaucoup d'indices pourraient en effet laisser penser que 'Tepepa' est une bonne blague qu'il ne faut pas prendre trop au sérieux, un film que l'on regarde en mangeant des spaghettis et c'est bien dommage car ce serait passer à côté des qualités de celui-ci : de très très bonne caractérisations des personnages et du contexte, mais comme je suis pressé je vous laisse avec ce lien que j'ai trouvé qui en parlera beaucoup mieux que moi sur ce coup-là.
http://tepepa.blogspot.com/2008/12/quel-spagh-avons-nous-vu-ce-jour.html

26 décembre 2008
A vos souhaits

23 décembre 2008
Bonus

En surfant un petit peu :
le site consacré au monde du comics Newsarama propose quelques fois des histoires complètes, c'est le cas ici avec le dernier numéro de l'excellente série de Mike Allred ' Madman' :
http://www.newsarama.com/php/multimedia/album.php?aid=24938

Le Noel de Sigismund ( part one )
On ne remercie jamais assez ses collègues, aussi c'est pourquoi je fais le serment solennel ici dans ces pages à toi cher Claude, si tu m'entends, de ne plus jeter de l'eau de vaisselle dans la tasse de café sempiternelle que tu laisses toujours à proximité, sachant pourtant que c'est mon tour. C'est promis, j'arrête, en remerciement des perles de livres de poche de ton grenier dont tu ne manques pas de me faire part et surlequel j'ai dorénavant le droit de premier regard, sous peine de.
Vous me direz il y a 'Star Trek: the next generation', 'Babylon 5' ou 'Galactica', d'accord, mais il me manque quand-même une bonne vieille série genre 'Twilight Zone' axée sur la science-fiction comme 'Masters of Horror' l'est sur le fantastique ou 'Alfred Hitchcok présente...' pour le policier. Le registre est tout aussi vaste et quand je vois le nombre d'anthologies et les pépites qu'elles contiennent, vous voyez ce que je veux dire. En voici une datant de 1982, la revue 'Fiction', consacrée à l'Amérique, avec des auteurs dont je n'avais pour ainsi dire jamais entendu parler; en y regardant de plus près, les anthologies originales dont ils ont étés extraits se sont faites sous l'égide de gens comme Robert Silverberg, un grand nom ça je sais , ou Damon Knight, un des membres fondateurs du plus importants collectif littéraire de science-fiction, 'les Futuriens'.

Chacune de ces nouvelles feraient à coup sûr un épisode télé absolument fantastique, aussi je ne résiste pas à vous faire l'inventaire de celles-ci. Après je pense que je vais déblatérer un peu sur le fait que de telles revues manquent cruellement de nos jours, ou quelque chose comme ça.
-' Première personne du pluriel' de F.M Busby, ou l'histoire d'un commercial, Ed Carlain qui se réveille à l'hopital dans le corps d'une handicapée congénitale. Ouf, ce n'était qu'un rêve, mais non , le lendemain ça recommence. Ou plutôt non, à chaques fois qu'il s'endort. Bon gré, mal gré, il décide de mettre à profit le temps qu'il passe dans cet autre corps pour l'aider à se ré-adapter, à la grande surprise des médecins de la jeune Mélanie Blake. Ré-apprendre les mouvements usuels, communiquer donc et se cultiver.
Ses efforts portent autant que faire se peut leurs fruits, à la grande surprise des médecins de la jeune Mélanie Blake. Jusqu'au jour ou, lors de l'un de ses exercices -aller jusqu'au balcon- il se voit lui-même, Ed Carlain ,en bas, qui se fait des signes à lui-même Mélanie Blake. Cela voudrait-il dire que pendant qu'il occupe le corps de Mélanie, elle pendant ce temps, occupe le sien, celui de Ed ?.. F.M Busby offre une très belle variation et très nuancée sur l'exercice littéraire des points de vue homme-femme alternés, et une allégorie sobre du thème de l'âme-soeur.
-' Une journée dans le Secteur Sud' de Félix C.Gotschalk regorge d'idées visuelles toutes plus succulentes les unes que les autres.
Cal commence sa journée de travail par un réveil sexuel de la part de sa femme Eva, un petit-déjeuner à la carte ionique et un câlin à son adorable et surdoué de fils Rob avant de partir pour sa journée de travail habituel dans l'une des plantations de cigares de sa boîte pour en contrôler et en améliorer si possible le rendement. Sur le chemin il manque de se faire sortir de la route par un camion de livraison de lait. Cal essaie d'aplatir mais ça l'a quand-même enervé des synapses et fait demi-tour aller dire deux mots au chauffeur, qui se révèle être un gladiateur cyborg echappé des arènes ayant pris la camionnette et son occupant en otage, mais qu'il réussit à mettre malgré tout hors d'état de nuire grâce à son triple phaseur etc...La journée se déroule sans encombres si ce n'est la triste routine d'un rechargement national imposé, qui va l'obliger à se mettre en veille deux minutes avant de retrouver sa petite famille. Le rechargement n'est que la moindre des contingences dans ce meilleur des mondes...
-' Les mains pâles ' de Doris Piserchia raconte l'histoire impossible de Véga et Lydon, une fille un gars, tous deux nettoyeurs de cabine de masturbation, le seul moyen de réguler le taux de surpopulation mondiale tandis que ' Un royaume en bord de mer' de Gardner R.Dozois nous conte celle de Mason, qui tue les vaches à coups de marteau dans un abattoir, et qui va se révéler touché par la grâce. 'Connexions' de Karl Hansen s'avère le croisement surprenant entre le 'Je t'aime, je t'aime...' d'Alain Resnais et la trilogie 'Matrix' des frères Wachowsky et ' Les pleureuses et les tueurs' de Pat Cadigan dépeint le quotidien d'une vraie femme dans un parc d'attractions ou se succédent des duels de gladiateurs et ou l'on a pas le choix d'être autrechose qu'un archétype.
Les nouvelles qui constituent ce recueil sont toutes de près ou de loin aussi excellentes les unes que les autres, tant au niveau narration que traitement du sujet, de vrais perles , pourtant ma palme personnelle revient à celle qui clôt ce recueil, ' Saint Janis Blues' de Michael Swanwick qui m'aura infligé vraiment le coup de grâce pour de bon j'ai pas peur de le dire.
Il faudrait des adaptations je ne sais pas, car je vous assure qu'avec l'éventail dont je viens de vous faire part on tient là une bonne demi saison, et pas des moindres. Les passionnés de lecture, eux, savent maintenant ou chercher sans trop de risques d'être déçus.

( un autre numéro de la revue 'Fiction Spécial' - illustration de couverture par Moebius )
22 décembre 2008

( Fletcher Hanks, extrait de ' I Shall Destroy All the Civilized Planets ')
21 décembre 2008
Histoires de fantômes noirs-américains

J'espère n'avoir choqué personne avec ce titre, c'était juste une façon d'annoncer la couleur.
Bien, assez ri, ce film de Jonathan Demme datant de 1998 a été vu par moi pour vous, mais surtout par moi au détour d'un raccourci que je ne trouvâ jamais, et sans apriori surtout - et j'espère qu'il en ira de même pour vous - sur qui pouvaient bien être Ophrah Winfrey - je ne l'ai pas reconnue - ni Toni Morrison, que je pensais cantonnée dans les romans à l'eau de rose je ne sais pas pourquoi, en tout cas je reprendrais bien volontiers de l'eau de là.
Moi qui égrène mon beau Faulkner en Folio poche tout neuf avec une certaine crainte mélangée de respect, me voici plongé avec 'Beloved' dans la période de la littérature américaine que j'affectionne, celle de Caldwell, de Steinbeck, notre panthéon, mais moins reluisante en ce qui concerne les droits de l'homme, puisqu'ils n'existaient pas.

L'action se déroule à la fin de la Guerre Civile aux Etats-Unis, le film s'ouvre sur un flash-back, dans la maison d'une ancienne esclave, Sethe, apparemment hantée par un fantôme, d'ou les jeunes fils réussiront à s'enfuir pour ne jamais revenir tandis que la plus jeune soeur n'y survivra pas. Dix ans plus tard, Sethe vit seule avec sa seule enfant restante Denver et voit l'arrivée de Paul D, lui aussi ancien esclave à la plantation de Sweet Home dont Sethe s'était elle échappée, dans des circonstances assez difficiles.
Tandis qu'ils se prennent à échaffauder des projets d'avenir, le fantôme lui, semble en avoir décidé autrement...
Oui c'est laconique et c'est fait exprès, le film dure à peu près 3h, il s'en passe un peu plus que cela.
Jonathan Demme fait don d'une mise en scène tout à fait agréable qui fait que l'on reste accroché au récit sans flancher, la photographie est très très belle et les acteurs tous excellents; l'aspect surnaturel du récit est très bien abordé et sans surenchères, parachevant cette fable ou nous est monté ce qui arrive lorsque le désir de liberté vire à l'obsession.

18 décembre 2008
Samaria

'Jae-yeong est une jeune fille encore insouciante : désireuse de s'envoler pour l'Europe, elle n'a pas trouvé de moyen plus simple et plus rapide que la prostitution pour parvenir sans mal à ses fins. Elle prend le tout avec calme et naïveté, bientôt convaincue d'être capable, à l'image de prostituées légendaires, d'apporter bonheur et félicité à ses nombreux clients. Yeo-jin, sa meilleure amie mais aussi sa plus proche collaboratrice, voit bientôt d'un très mauvais œil les esquisses de relations que Jae-yeong tente de tisser avec ces hommes traversant épisodiquement sa vie.' ( sources: Wikipédia )
Première incursion pour moi avec l'univers de Kim Ki-Duk, de quoi bien me mordre les doigts d'être passé à côté de 'L'île' ou de 'Souffle', je sais déjà pourquoi. Apparemment ce monsieur dérange par ses prises de positions, mais qu'on va se dépêcher d'encenser quand il n'y a plus rien à palmer. Ki-Duk en est depuis à son 14e film, et on est en face de quelqu'un de la trempe de Tsukamoto, Chan-Wok et de Kitano.
D'un point de vue formel, nous sommes apparemment dans une narration neutre, indicielle et par là-même allant directement à l'essentiel , et permettant d'autant mieux aux moments de grande subjectivité d'apparaître, il y a par exemple une récurrence de scènes de douche pour les personnages, c'est à ça que je pense, ainsi qu'au picturalisme plus marqué du dernier tiers.
En terme d'articulation, c'est la prouesse : on quitte le personnage que l'on pensait principal pour en suivre un autre qui lui voit les choses d'un autre point de vue. On est parti d'un regard intérieur depuis le point de vues des deux lycéennes qui font déjà tout comme des grandes, dans une certaine autarcie, pour passer sur le regard du père, qui lui voie les choses du dehors, et qui finit par s'en prendre à tous les clients avec une violence explosive - qui rappelle le Takeshi Kitano de 'Violent cop'- et presque compulsive, sans pour autant réussir à parler vraiment à sa fille.
A ce stade on est encore dans un cadre thèse/ anti-thèse assez frontal mais qui nous laisse véritablement broyés à l'orée de sa conclusion:
un regard en forme de constat sur le sujet de la prostitution des mineures, mais pas suffasamment moralisateur ni assez désespéré pour s'embarasser des discours depuis longtemps rabâchés, qui prônerait au contraire un peu de décence si c'est encore possible- et si vous me passez l'expression.
Je n'aime pas cette formule, mais je le pense vraiment : un réalisateur à découvrir absolument.
16 décembre 2008
L'art et la manière

- SIGISMUND, dans le cadre de tes recherches sur l'absolu et la vérité, tu iras à ta Cinémathèque voir ce film de Jacques Rivette adapté de la nouvelle de Balzac, ou tu verras Emmanuelle Béart toute nute pendant 4 heures...
- eoui maîître
- tu peux invoquer des contingences familliales que tu n'as pas...
- non non ça va
-...ou encore l'enfance difficile que tu n'as jamais eue
- nonon j'y vais j'y vais...
- alors va en paix
- c'est ce que je voulais faire...

La nouvelle originale de Balzac, 'Le chef-d'oeuvre inconnu' est une des pierres angulaires de l'histoire de la peinture car l'auteur y expose une vision prophétique de ce que sera la peinture moderne, le thême de 'La belle noiseuse' est encore repris par les peintres au même titre que les allégories mythologiques des classiques, c'est le pas vers la modernité et tous ses enjeux : la recherche de l'harmonie, l'équilibre entre les forces de la Nature - la dualité entre le versant appollinien et dyonisien, le rationnel et le sauvage, de l'humain - à travers la quête de l'essence, du Sacré. Le choix de Bernard Dufour pour remplacer la main de peintre de Michel Piccoli n'est pas des plus impertinents - l'illustration choisie pour une retrospective est un des quelques tableaux de Dufour que l'on peut apercevoir dans le film - et traduit fort bien les energies qui sont à l'oeuvre et que l'on recherche dans ce récit. Non content de nous présenter un récit des plus intéressants, le film nous dispense une assez grande leçon de dessin.
La nouvelle de Balzac :
'Le jeune Nicolas Poussin, encore inconnu, rend visite au peintre Porbus dans son atelier. Il est accompagné du vieux maître Frenhofer qui émet de savants commentaires sur le grand tableau que Porbus vient de terminer. Il s’agit de Marie l'Égyptienne dont Frenhofer fait l’éloge, mais qui lui paraît incomplet. En quelques coups de pinceau, le vieux maître métamorphose le tableau de Porbus au point que Marie l’Égyptienne semble renaître à la vie après son intervention. Toutefois, si Frenhofer maîtrise parfaitement la technique, il lui manque, pour son propre chef-d’œuvre La Belle noiseuse à laquelle il travaille depuis dix ans, le modèle en art idéal, une femme qui lui inspirerait la perfection vers laquelle il tend sans jamais l’atteindre. Ce futur chef-d’œuvre, que personne n’a encore jamais vu, serait le portrait de Catherine Lescault. Nicolas Poussin offre au vieux maître de faire poser la femme qu’il aime : la belle Gillette, ce que Frenhofer accepte. La beauté de Gillette l’inspire à tel point qu’il termine la Belle Noiseuse très rapidement. Mais lorsque Poussin et Porbus sont conviés à l’admirer, ils n’aperçoivent sur la toile qu’une petite partie d’un pied magnifique perdu dans une débauche de couleurs. La déception qui se lit sur leur visage pousse le maître au désespoir. Frenhofer détruit son tableau et se suicide.( sources : Wikipédia )

Le synopsis du film de Rivette :
'Nicolas, peintre débutant, rêve de rencontrer son aîné, le célèbre Édouard Frenhofer. Par l'intermédiaire de Porbus , un marchand de tableaux, il est introduit avec Marianne, sa compagne, dans la demeure de Frenhofer.
Celui-ci les emmène dans l'atelier qu'il a déserté et leur parle de La Belle Noiseuse, un tableau abandonné depuis 10 ans, et pour lequel sa femme Liz avait servi de modèle. D'un commun accord, ils décident que Marianne sera la nouvelle belle Noiseuse.
Celle-ci se rebelle contre une décision prise sans elle, mais le lendemain elle se présente à la porte de la maison. Pendant les cinq journées de pose, la tension va monter entre les différents protagonistes.' ( sources : Wikipédia )
Le film commence et s'installe tout paisiblement, et bientôt tous les éléments de l'histoire originale sont là, y compris le savon arsenical que la femme de Piccoli interprétée par Jane Birkin emploie pour ses taxidermies et qui renvoie à l'issue fatale de la nouvelle. Les enjeux de la peinture sont là, une quête absolue et destructrice -on pense à Géricault qui peignit d'après des morceaux de cadavre son célèbre 'Radeau de la Méduse' - qui ne laisse personne indemne sur son passage. C'est aussi ça l'Art et on s'y salit les mains, comme dans la vie ou les enjeux entre les personnages se préçisent ou changent radicalement, et autant pour les idées recues. Déjà on ne pouvait rêver mieux avec le couple Piccoli et Birkin, mais s'ajoutent à la distribution Emmanuelle Béart et aussi surtout Marianne Denicourt, jouant la soeur de Nicolas, qui à elle seule remet tout le monde ,et le spectateur avec, dans la réalité alors que l'atmosphère et les tensions étaient à leurs paroxysmes. Il n'y a définitivement que Porbus, le marchand de tableaux, qui s'y retrouve toujours - mais on sait que lui aussi il a morflé.
L'enjeu de l'oeuvre va se dérouler dans le cadre de la relation entre le peintre et son nouveau modèle ( un autre sujet d'inspiration devenu classique ) devenu le territoire de terrible rapports de force.Comme dirait quelqu'un , 'on est toujours beau quand on ne s'en rend pas compte, quand ça nous échappe'; comme en philosophie, le Beau est très intimement lié au Vrai. Outre la recherche de la finalité de l'Art, fruit de la relation poétique entre le mot et la chose , c'est la question des moyens qui est ici soulevée, et avec elle celle de l'engagement. De ce que l'on va, veut, peut ou non sacrifier à la cause.

( Roy Lichtenstein -'Image Duplicator'- 1963 )