27 janvier 2009
Futurs classiques ?
Et pourquoi pas.
Avant de céder à l'impérieuse actualité qui nous ballotte autant que le prochain film de Roland Emmerich, ou il nous faudra supporter les frisettes de Benicio ( merci Olivier ) Del Toro sous son béret en tant que symbole ultime de la révolution, juste un petit retour sur deux films dont la pertinence et le propos n'ont pas su retenir l'attention des critiques et de l'intelligensia ( enfin il m'a pas semblé ) à se demander si, parce qu'ils parlent de choses qui 'n'existent pas' ( la violence domestique, les méthodes des services secrets ), eux aussi n' auraient pas étés condamnés à ne pas exister non plus.

'Algeciras, au sud de l'Espagne. Un homme mystérieux - Eugène - est assassiné par des tueurs à gages russes. Sur son cadavre, la DGSE récupère une puce contenant des informations précieuses sur un réseau clandestin de trafic d'armes et de diamants en Afrique.
Une mission se met en place. Son objectif : démanteler la filière et neutraliser le coeur du trafic, un homme d'affaires influent installé en Suisse, Lipovsky. Le capitaine Georges Brisseau et sa coéquipière Lisa, deux agents secrets, sont envoyés au Maroc, accompagnés de deux nageurs de combat, Raymond et Loïc, pour faire sauter le "Anita Hans", le navire affrété par Lipovsky.
Le Colonel Grasset, Directeur de la DGSE, leur affecte un ange gardien assez particulier : Tony. La mission se déroule sans problèmes, mais au retour, Nadège se fait arrêter à la frontière suisse et Raymond se fait assassiner à Paris...'
( sources : allocine.fr )
Deuxième long-métrage de Frédéric Schoendoerffer, 'Agents secrets' ( 2004 ) s'avéra une agréable surprise.
L'intrigue ondule légèrement du côté de l'affaire du 'Rainbow Warrior' sans s'en approcher plus que ça, et pourtant.
Le film dresse un portrait tout à fait crédible par le biais de ses deux héros de la profession, dont on ne sait rien en réalité, si ce n'est les postulats désormais classiques: des individus prêts-à-tout, capable de tout faire, tout dire pour mener à bien une mission mais également très sacrifiables avec ce que cela comporte d'alléatoire, chose qu'ils ont paradoxalement ( mais oui pourquoi ? ça va pas la tête ? ) acceptée dès le départ ( en fait , dans les films américains quand un espion se révolte contre ses supérieurs, ce serait en vérité pas que pour faire exploser des bagnoles ... ). Par une approche tout à fait sobre, le réalisateur nous montre tour à tour un rêve, mais oui, de ses personnages principaux, le couple Vincent Cassel- Moniqua Bellucci. Rêve qui traduirait -parce que c'est à cela que ça sert- une situation qu'ils ne comprennent pas encore mais dont ils auraient seulement l'intuition, le personnage de Cassel saute avec un parachute qui ne s'ouvre pas, se réveille et on lui confie une nouvelle mission.
Voilà bien un aspect qu'on ne nous montre pas dans ce registre, pourtant taillé sur mesure : l'idée de la perception de la mort, avec son folklore de fatalité, assez administrative, et donc inexorable. Le personnage de Monica Bellucci se pose le même genre de questions, il y a quelquechose qui craint; ce à quoi Cassel lui répond ' si tu as fait ce choix c'est parce que tu ne pouvais plus vivre autrement..( silence, et là, phrase culte ou peut-être unique faute de goût de tout le film : )..si tu raccroches, c'est une toute petite vie qui t'attend ' ( merci Vincent, alors là , merci. ) La mission réussit, mais ceux qui y ont participés connaissent un sort funeste, et là le réalisateur fait preuve d'une bien belle maturité, au moment ou la bagnole de Cassel explose sur l'autoroute on comprend que le film et son sujet sont bel et bien terminés, c'est le spectacle qui peut commencer, avec tous les ingrédients du genre : Vincent Cassel en cycliste qui trouve une collègue pour lui dire merci, un des classiques du genre : l'incongruité des apparences en comparaison des motivations réelles, déclinés à merveille dans ' Chapeau melon et bottes de cuir' ou encore dans le roman de Philip-José Farmer dont j'ai pu parler il y a peu ' Chacun son tour ' ( si vous saviez ce que j'aime l'auto-référentiel...), et pour finir tout est bien qui finit bien ( le contraire absolu, ou alors disons le contre -point plus famillial -dans le bon sens du terme- d'un film fabuleux comme 'La sentinelle ' de Arnaud Despleschins, ou c'est la réalité de l'espionnage qui fait irruption dans le quotidien _1 ). Ne voyez pas une marque de cynisme ici, il n'y en a pas; pour une fois, et au vu du contexte, on est content, c'était loin d'être gagné, le tout étant de pouvoir s'arrêter à temps et comme chacun sait, c'est pas donné. Eh bien pour cela, merci à toute l'équipe.
_1 : j'ai failli dire un truc genre ' l'irruption du symbole' mais ça aurait été gratuit, juste pour recevoir un peu plus de messages, et...
bon , voilà, envoyez vos dons...
L'autre futur classique, c'est celui-là :

21 janvier 2009
Mystery train

' À Memphis (Tennessee), trois histoires évoluent en parallèle autour d'un hôtel de seconde zone : un couple de jeunes rockers japonais en pèlerinage, une jeune veuve venue chercher le cercueil de son mari et un groupe de copains en bordée éméchée.' ( sources : Wikipédia )
Il y a certains auteurs, c'est un peu comme la musique classique ou le jazz, il faut les voir ou les revoir pour vraiment les apprécier, surtout au début quand on les découvre. Ce fût mon cas avec le cinéma de Jim Jarmush, car il fait partie des auteurs qui ne ' se livrent pas', et j'ai entendu souvent à leurs propos toujours le même refrain ' c'est des films ou il se passe rien.' Non pas que je compte vous faire un exposé sur le néant avec des rapports de vide et plein, mais notez bien que je serais pas hors-sujet non plus en faisant ça, mais je vais y venir.
Comme certaines oeuvres d'art moderne , dans les films de Jarmush, il n'y a finalement 'rien d'autre à voir que ce que nous voyons', que ce qui nous est montré, et comme d'autres réalisateurs ( David Lynch en tête ) on le considère comme hermétique alors que finalement on se trompe sur leur langage. Non pas qu'ils 'avancent masqués', au contraire. C'est au contraire sans déguisements qu'ils se présentent à nous et c'est ce qui désarçonne le plus.
Comme Lynch, Jarmush emprunte au burlesque, au contemplatif, au langage de l'improvisation ( je pense tout particulièrement pour ce film -ci à la scène de visite des studios ) et inclut les temps morts, le silence entre les répliques ( c'est pas pire que voir Georges Clooney lire son texte au plafond dans 'Burn after reading' ), et forcément ça peut surprendre alors qu'on nous a étiquetté le film art et essai, et très profond. Et c'est vrai qu'il est, mais peut-être pas de la façon dont on s'y attendrait.
Jarmush à ses thèmes de prédilection, le quotidien, l'errance et les 'perdants magnifiques' si mythiques à l'histoire de la littérature et du cinéma américain qu'il ne manque pas d'éprouver la légende, et encore pour la surface. Jarmush me ferait plus l'impression d'être celui qui raconte les histoires 'qui n'entrent pas dans la légende', qu'on ne retient pas. Mais ça ne veut pas dire qu'elles ne se produisent pas, qu'elles n'arrivent pas.

Ci-contre le premier long métrage du réalisateur 'au temps ou Jim n'était pas encore Jarmush ', car celui-ci possède également ses influences. De son propre aveu, le cinéma de Yasujiro Ozu ( la vision de 'Voyage à Tokyo ' -1953- tout particulièrement ) fût une véritable révélation car Ozu faisait partie des auteurs qui incluaient la durée dans une narration - la sensation du temps qui passe qui est le fer de lance d'un auteur contemporain comme Bela Tarr- alliée à une mise en scène sobre à grands renforts de plans fixes. Crédos dont Jarmush fera les siens avec 'Strangers than paradise' justement.
Pour ' Mystery train' on pourrait encore citer l'influence du chef-d'oeuvre d'Akira Kurosawa 'Rashomon' ou la même histoire nous est raconté de plusieurs points de vues différents, à la différence près que chez ce dernier, on est confronté à des versions différentes ( enfin il me semble, moi je l'ai pas vu ) alors que Jarmush multiplie les points de vue dans une démarche presque cubiste, pour en révéler au contraire l'entièreté.
'Mystery train' n'est pas qu'un petit tour de force narratif, le fond s'allie à la forme pour dessiner une réflexion sur la coincidence , le hasard, un peu comme le fameux battement d'ailes du papillon du même pays : comment un fait anodin peut avoir diverses repercussions ( ou pas ) et modifier le cours de certains évènements, même les plus éloignés.

20 janvier 2009
Comme des voleurs ( à l'est )

Premier volet d'un quatuor ayant pour thème les quatre points cardinaux, et deuxième long métrage ( après 'Garçon stupide ' ) du réalisateur suisse Lionel Baier ou il se met en scène dans cette fiction semi-autobiographique, décrivant son propre itinéraire à la recherche de ses origines. Le thème de l'identité semble le centre d'intérêt de l'auteur,qu'il décline de film en film, ici la quête du personnage qui se découvre des ascendances polonaises influe radicalement sur son quotidien. Homosexuel, il se propose ainsi d'épouser une jeune polonaise pour un mariage blanc, ce qui n'est pas du goût de son petit ami du moment et encore moins de sa soeur, qui excédée le kidnappe littéralement le jour de l'annonce du mariage à sa famille. Ensemble, ils vont tenter de voir ce qu'il en est vraiment de cette généalogie.
Il se trouve que quelques fois on est soit contraint de se rappeller que l'on porte un nom, soit on découvre avec bonheur ce qu'il signifie vraiment, qui étaient ceux qui nous ont précédés et qui nous ont permis d'être là. Là on se retrouve en quelque sorte un peu sur notre faim quand pour finir, le personnage principal, dans les bras de son nouveau petit ami polonais, explique à sa soeur qui est enceinte - de quelqu'un qu'elle n'aime pas forcément - qu' il ne peut pas vraiment l'aider, ' qu'il est pas très fort en ce qui concerne les bébés '. C'est donc aussi cela l'identité, et dans ce sens, on a déjà vu pire, spécialement dans les histoires de famille ou il faut parfois vraiment le voir pour y croire. ok très bien, mais c'est pas une raison non plus. Ce qui est surprenant de la part d'un réalisateur aussi talentueux c'est qu'il regarde vers le bas, comme tout le monde fait -ça rassure, il y a toujours pire que soi-, au lieu de regarder vers le haut, histoire de nous rappeler qu'il y a mieux, ce qui fait peut-être moins de bien à l'égo, mais en tous les cas, c'est un peu le rôle de l'artiste.

Sinon le film reste assez impressionnant par ses qualités plastiques : le montage est vertigineux, tandis que la photographie et les couleurs sans être ultra-composés ressortent quasiment à chaques plans et l'interaction entre les comédiens est de plus parfaite; seul point faible de son film suivant, ' Un autre homme' ( dont je me demande s'il sera jamais diffusé en France, tourné dans l'urgence, contrairement aux apparences ) cette différence de niveau empêche parfois l'immersion dans le récit sans quoi celui-ci serait un film incontournable, ce qu'il est déjà par les qualités de son écriture et de sa mise en scène. Vous pourrez trouver la chronique dans ces pages sur 'Un autre homme' ici :
http://imagesquibougent.canalblog.com/archives/2008/11/07/11269343.html
18 janvier 2009
Comme son nom l'indique

' Dans un futur post-apocalyptique (2293), la population humaine est divisée entre les Éternels , des humains ayant atteint l'immortalité grâce à la technologie, et les Brutes (Brutals). Les Brutes vivent dans une terre ravagée et fournissent de la nourriture aux Éternels. Ces derniers vivent dans des régions isolées du reste du monde par un mur invisible et appelées « Vortex » et passent une existence luxueuse mais apathique. Arthur Frayn (Niall Buggy), l'Éternel chargé de gérer les « terres extérieures », se fait passer auprès des Brutes pour un dieu nommé Zardoz, qui se manifeste sous la forme d'un énorme masque de pierre volant. Il a constitué un groupe d'exterminateurs, chargé de réduire en esclavage les autres humains, et auxquels il fournit des armes en échange de la nourriture qu'ils collectent.
Zed (Sean Connery) est un de ces exterminateurs. Il se cache à bord du masque de pierre lors d'un voyage et tue son chef Arthur Frayn. Arrivé au Vortex n°4, Zed est étudié en tant que spécimen : les Éternels n'ayant pas eu de contact depuis des siècles avec l'extérieur du vortex, ils essaient de comprendre comment les Brutes ont évolué. Il se retrouve au cœur d'une dissension entre deux Éternelles, Consuella (Charlotte Rampling) et May (Sara Kestleman), et doit effectuer des tâches pour Friend (John Alderton).
Il découvre au fur et à mesure que cette société en apparence lissée et idéale est en fait violente et désespérée. Les Éternels sont dirigés et protégés de la mort par une intelligence artificielle appelée « le Tabernacle », un gros cristal qui est relié à l'esprit de tous les Éternels et qui conserve leur mémoire dans ses réflexions lumineuses. Du fait de leur immortalité, les Éternels ont arrêté de procréer et les hommes sont devenus impuissants. Certains sont victimes d'une maladie, l'apathie, qui les plonge en catatonie. Les dissidents, ceux qui refusent le système ou bien introduisent la discorde, sont vieillis, voire sont exclus et sont délibérément rendus séniles.' ( sources : Wikipédia )
Il a été dit qu'après le succès de 'Délivrance', John Boorman aurait eu quasiment carte blanche de la part des producteurs et ça a donné
et tout interpellés qu'ils ont étés par le résultat, c'est à eux que l'on doit le prologue explicatif du début , qui plombe l'un des personnages les plus importants, ou, en tout cas, introduit un léger recul qui lèse quelque peu la portée subversive du film.
Autant 'Délivrance' est exemplaire en terme d'unité stylistique, autant
est chaotique. Pour moi, le film pêche par son milieu, assez téléfilmesque, trop panoramique ( bien que ce soit scénaristiquement justifié puisque c'est la 'découverte' de la communauté et de ses recoins ) mais non sans rappeller agréablement ' La montagne sacrée ' de Jodorowsky, sorti seulement un an plus tôt. Pour continuer avec les références, il m'a semblé percevoir dans l'après-générique ( jusqu'à l'arrivée dans la communauté ) l'influence du Terry Gilliam de ' Time Bandits ' ( or celui-ci n'est sorti qu'en 1981, c'est donc idiot ce que je dis, ce serait dès lors Boorman qui aurait montré la voie, en réalité, j'y reviendrais ); et puis ô
sans d'autres justifications que l'avancée du récit, le film se compose tout à coup sous nos yeux ( Zed dans la bibliothèque, ayant découvert la supercherie de 
ou encore la séquence de flash-back sur les origines de la communauté ) avec un emploi du montage, du cadre et des échelles
de plans qui donnent enfin au contenu la densité qui lui faisait précédemment défaut. Je ne vais pas vous énumérer les autres séquences d'anthologies qui parsèment le film, mais Boorman fait preuve d'une inventivité scènique et visuelle qui force le respect, je pense tout particulièrement à la toute dernière séquence, dont on se demande si elle n'aurait pas fortement encouragé un certain Peter Greenaway ( ça y est j'y suis revenu ) pour
.
Considéré comme culte par les uns, nanardesque par les autres,
est un bel exemple de prise de risque cinématographique, au discours plus engagé et plus complexe que les apparences peuvent laisser à penser, et de surcroît, loin d'être aussi 'mal dit'; les thèmes abordés sont entre autres la domination de l'homme par l'homme ( ce qui déjà à l'époque ne faisait déjà plus rire, je dis ça comme ça ), le fossé entretenu par les dominants sur les dominés par des moyens aussi glorieux que l'obscurantisme et la guerre ( regardez , c'est pas du tout ce qui nous arrive - excusez-moi - personne voudrait refaire un remake des 'Misérables ' ? je crois vraiment qu'il y a un sordide qu'il faut que tout le monde voie ) et de plus, les dominants ont ici atteint le but de l'existence, l'immortalité, pour ne rien en faire, sous nos applaudissements, renvoyant aux théories dores et déjà surfaites de l'homme moderne comme 'handicapé suréquipé' incapable de se rebeller.Le personnage de Sean Connery, Zed, incarne le vecteur de changement, le chaînon manquant d'avec lequel cette nouvelle caste d'individus se sont coupés de la Nature.
Retrouvailles qui ne se feront pas sans douleur, et plus encore comme le montre la toute séquence finale, sur laquelle je reviens à nouveau- en n'espérant qu'elle ne manquera pas d'influencer non plus Scott Derrickson pour son 'Paradise Lost 3D' - qui illustre de façon très imagée les cycles et schémas de répétition de l' Histoire, toujours écrite par les vainqueurs, c'est ça qui est génial.

17 janvier 2009

14 janvier 2009
Un petit retour

...sur Richard Kern duquel j'ai pu enfin voir les courts qui me manquaient.
Pas à l'instant non, mais je m'étais promis de pallier tôt ou tard à cet oubli, afin de clâmer à quel point le monsieur est un précurseur. Outre la charge que l'on peut recevoir en pleine face à un premier visionnage de cette compilation des courts-métrages de la période la plus prolifique de l'auteur ( dont il ne cachera pas le contexte plutôt dissolu qui l'aura généré ) on notera à un visionnage plus attentif à quel point ses films auront eus des répercussions sur des figures capitales de l'underground contemporain, telles que Shinya Tsukamoto ou Abel Ferrara,et je pense notamment à la série des 'Manhattan Love Suicides' ( ' Stray Dogs', 'Women at the wheel ',' Thrust in me ', ' I hate you now ' ) et celle des ' Submit to me' ou Kern mêle à l'audace des thèmes abordés une mise en scène sans tabous. De fait, mis à part quelques fulgurances de ci de là, on en viendrait à dire qu'on a rarement été aussi loin depuis, à part peut-être

L'intégrale des films de Richard Kern est maintenant disponible aux éditions ' Le Chat Qui Fume' dont vous trouverez le lien ci-à-côté.

Les critiques s'accordent à constater que le travail de Kern est devenu 'moins intéressant' depuis qu'il aurait décroché, zigzaguant dans une esthétique érotique chic presque lambda qu'il aura pourtant contribué à imposer, et donc ne présentant aucun intérêt. C'est pourquoi nous ne nous y attarderons pas.








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13 janvier 2009
Che ( 1ère partie : L'argentin )

pour plusieurs raisons, la première un film sur Che Guevara avec Benicio Del Toro est-ce bien vital , même réalisé par Soderbergh, même si ça paraît plus sain qu'un dyptique sur Jacques Mesrine produit par Thomas Langmann. Ayant entendu parler d'un film intitulé 'Carnets de voyage', pourquoi n'avoir pas continué dans la même veine, sans tête d'affiches.
C'est tout, j'ai rien contre Del Toro, y joue le Che dans le film 'Che', non sans une certaine crédibilité, et peut-être est-ce l'aboutissement de toute une carrière, le côté 'Che' effectivement de Del Toro dans ses autres films.
J'aime bien Soderbergh aussi et il ne m'a pas déçu sur ce coup-là.
On peut apprécier un film simplement pour les travers dans lesquels il ne tombe pas et ici je dirais que ce serait celui du spectacularisme. Cette première partie mêle images d'archives en noir et blanc d'une conférence du Che aux Nations-Unies avec le début de son engagement dans le mouvement du 26 Juillet jusqu'à la veille du renversement de pouvoir à Cuba. Sans tomber dans l'apologie de la guerilla ni en montrer les aspects les plus rudes, le film insiste plutôt sur le discours révolutionnaire dont il dénombre bien les aspects, un idéal que recherche Guevara et qui le guide dans toutes ses actions. Le guerillero modèle qui finira par s'imposer sur le terrain puise là ses motivations, perceptibles en réalité dès sa première rencontre avec Fidel Castro.
Le spectacularisme en question est justement contourné tout du long par des épisodes plutôt minimalistes au niveau de la mise en scène, non sans exclure l'humour, évoquant l'avancée des rebelles, les recrutements, ainsi que les dérapages pour qu'il n' y aie pas d'équivoques sur le propos, et ce n'est vraiment à la fin que l'on a affaire à une séquence de prise de siège dans des conditions plus réalistes.
C'est cette distanciation qui surplombe pour moi tout le reste et laisse entendre qu'au moins le réal ne s'est pas perdu en route, mais qui au vue de cette première partie manque encore malgré tout d'un peu d'ampleur. Néanmoins l'approche de Soderbergh n'est pas dans la galvanisation mais plutôt dans le positivisme, des gens qui à un moment donné avaient un objectif révolutionnaire et qui ont mené ce combat jusqu'au bout. Castro avait-il en tête d'autres objectifs, non sans avoir prévu un rôle de martyr pour Guevara, cela non plus le film ne l'exclue pas.
Pour ceux que ça intéresse, les éditions FREMOK ont ré-édité il y a quelques années la biographie en bande-dessinée du Che par le maître Alberto Breccia et son fils Enrique, resté longtemps quasiment introuvable et non ré-imprimé de surcroît. Je vous laisse jeter un oeil au catalogue FREMOK grâce au lien ci -à- c'oté.

10 janvier 2009
Sortie de cartons

Aldous Huxley n'est pas seulement l'auteur des chef-d'oeuvre que sont 'Le meilleur des mondes' ou 'Les portes de la perception ' ( sous vos applaudissements ), enfin s'il figure dans les dictionnaires ,il doit bien y avoir une raison. Mais le mieux c'est de s'en rendre compte par soi-même. Avec 'Le génie et la déesse', l'une de ses dernières oeuvre romanesque, nous avons affaire à un écrivain tout simplement lumineux de bout en bout, qui avec ce texte relativement court sonne en quelque sorte le glas du roman naturaliste.
Sur le fond d'un récit d'éducation sentimentale - un jeune homme élevé par sa mère , très religieuse voire trop, est promu assistant de laboratoire auprès d'un scientifique reconnu, qu'il admire. En attendant qu'il se trouve un logis, le professeur accueille celui-ci en son foyer et le jeune homme fait ainsi la connaissance de sa radieuse épouse et de leurs deux enfants.
Le jeune homme ayant pour la première fois l'expérience d'un véritable foyer finira par continuer d'habiter chez eux à la demande unanime de toute la famille. Le professeur est lunaire, sa femme est belle comme une déesse, le petit garçon est intrépide et la jeune fille commence à afficher des sentiments pour notre jeune assistant, ainsi que de se maquiller. Ce bonheur qui semblait inaltérable subira sa première véritable mise à l'épreuve lorsque Kathy, l'épouse, devra se rendre au chevet de sa mère mourante. Le professeur, très démuni sans sa moitié, rongé par la jalousie, tombera lui aussi gravement malade obligeant celle-ci à revenir.
L'histoire est en fait racontée par ce jeune assistant très longtemps à postériri à notre 'auteur' qui ne fait ici figure que de témoin, et la discussion a en fait démarré d'une interrogation sur les limites de la fiction. Huxley faisait partie de ces quelques écrivains à posséder un bagage scientifique, et cette mentalité, ce savoir rejaillit immanquablement dans ses écrits. A une très fine et très accrue observation des choses, des gens, de leurs natures et de leurs comportements s'ajoute une conception très physiologique du monde ( action / réaction ) ou la destinée humaine finit par apparaître comme une échelle de graduations pas si compliquée, confirmant en un sens une théorie que j'avais d'abord trouvée chez Philip José Farmer justement dans le roman 'Chacun son tour ', à savoir que ' l'imprévu n'existe pas '.
Quelques soirs après son retour, notre narrateur est réveillé dans sa chambre par l'épouse de son mentor, effondrée, ayant appris le décès de sa mère. L'inévitable se produit alors, car bien qu'idéalisés, le jeune homme ne nourrissait pas quelques sentiments envers elle. Tandis que le professeur se remet finalement, les amants n'en continuent pas moins leur liaison jusqu'à un dénouement tragique au possible; quand au lien entre le narrateur à l'auteur, le récit se termine sur cette glaçante conclusion.
08 janvier 2009

06 janvier 2009
Chacun son tour

C'est toujours Noel pour moi avec la découverte d'un autre roman de Philip José Farmer 'The other log of Phileas Fogg' ( 1975 ) - 'Chacun son tour' pour la publication française. Non content de donner une dimension nouvelle à la science-fiction en y incluant l'érotisme, l'auteur s'est attaqué au cours de sa carrière à la relecture de certains héros populaires ( Tarzan, Doc Savage ), et avec ce roman c'est au tour du héros du 'Tour du monde en 80 jours' de Jules Verne.
Que sait-on exactement au juste de Phileas Fogg en dehors de l'attention qu'il a attiré sur lui par le biais de son pari invraisemblable, si ce n'est coller à son étiquette de gentleman qui a du temps et de l'argent à perdre. C'est le postulat que choisit Farmer, qui , sous couvert du style narratif de la restitution, nous explique que ce fameux tour du monde n'est en réalité qu'une façade qui dissimule bien d'autres enjeux.

Ce qui me fait penser à attirer l'attention sur un autre auteur, un peu plus contemporain, culte mais qui mériterait de l'être encore plus, le scénariste-dessinateur Andréas; créateur de séries absolument incroyables telles que 'Rork' et 'Capricorne' ( éditions du Lombard ) 'Arq' et 'Cromwell Stone' ( éditions Delcourt ) ainsi que d'autres chef-d'oeuvres tels que ' Coutoo', 'Raffington Event, detective ' ou encore le dyptique 'Cyrrus-Mill'.

Il y aurait énormément à dire sur Andréas, en particulier sur son degré d'exigence qui a fait de lui la figure particulière qui est la sienne dans le panorama de la b.d contemporaine, car non content d'être devenu d'albums en albums un véritable virtuose du dessin il a su synthétiser avant tout le monde - à un moment ou c'était plutôt mal vu en fait- le meilleur des différentes approches de la b.d à travers le monde ( comics, manga ) pour aborder de façon résolument moderne l'approche de la mise en page et de la narration, cela au service de récits assez décalés ( ou l'on peut déceler l'influence du roman de Farmer justement ) car assez énigmatiques. Contrairement à l'essentiel des publications de l'époque et du moment, les histoires d'Andréas ne se livrent pas forcément, le lecteur est éminamment sollicité et c'est à lui de faire le lien entre les différents évènements dont il vient d'être le témoin.Là non plus je ne voudrais pas vous gâcher une découverte formidable, car si vous ne connaissez pas, c'est un autre monde qui va s'ouvrir à vous.

