27 février 2009
Maurice Pialat ( 4 )

' Tout a un sens, ou alors rien n'en a...'
-Roland Barthes
Adaptation du roman éponyme de Georges Bernanos, le film de Maurice Pialat m'a indubitablement fait penser au film de Pasolini, 'Théorème' ou les membres d'une famille ont tous une relation avec un ange. Je me suis effectivement demandé ce qui pouvait intéresser Pialat sur le sujet mis à part la perspective de se faire un délire en soutane avec Gérard ( :' penses-y fort , ça va ressusciter...', Maurice Pialat était athée ) ;dans les deux films nous sommes confrontés au miracle, seulement dans le film de Pialat, la sainteté n'est pas le fruit d'une Révélation mais bien d'une volonté ( ou pas ) de la part de l'homme.
Le personnage de Gérard Depardieu, Donnissant est littéralement tiraillé entre les forces du Bien et celles du Mal. L'isolement par le cadre, un coin de mur d'une chambre de bonne,avec du vieux papier peint, suffit à nous faire comprendre celui du personnage tandis qu'il se mortifie. Puis le film nous octroie une scène magnifique que l'on croyait uniquement réservée aux romans russes avec une rencontre avec le Diable sur une route de campagne ( baignant quasiment dans une lumière surnaturelle ) et bien que le jeune abbé en sorte victorieux, il fait par la suite un bien piètre usage de sa connaissance nouvelle du mal et des âmes en poussant la jeune Mouchette dans la tombe plutôt qu'autre chose, en lui arrachant la confession du meurtre accidentel de son amant.
Quelques jours après son suicide, celle-ci lui apparaîtra pourtant dans sa chambre de pénitence.

( '...et Dieu dans tout ça ?'...)
Mis-à-part les échanges entre Pialat et Depardieu, et si ce n'est la rencontre avec le Diable bien sûr, assez crédible, j'ai trouvé le reste des interactions entre les personnages plus difficiles à regarder, les comédiens se bornant à parler quasi tout seuls en faisant en sorte que ce qui devait être dit le soit; les enjeux nous passent quelques fois au-dessus de la tête tandis que certaines préçisions sont parfaitement inutiles étant donné le temps de présence dans le récit qu'il reste à ces personnages pas si secondaires que ça, qui plus est. La thématique du choix et du libre arbitre semble au centre de 'Sous le soleil de...', elle devient incontournable avec l'épisode de l'enfant malade, dans la deuxième partie.
Aussi bien on ne peut pas rester le cul entre deux chaises car 'Dieu vomit les tièdes', aussi bien il ne faut pas se déroger face à ses responsabilités, fort du tragique échec de Mouchette, Donnissant choisit d'être fidèle à ses devoirs et opère un miracle, qui de fait, apparaîtrait presque comme contre-nature.
Le film offre plusieurs interprétations possibles - la mort solitaire du jeune abbé étant peut-être une sorte de suicide symbolique, par le renoncement à sa vocation et de sa foi - y compris celle que les personnages attribuent du sens là ou il n'y en a pas, et que notre héros décèderait alors des suites d'une pneumonie qu'il aurait contractée un soir de grand froid, ayant passé trop de temps à discuter dehors avec son ami imaginaire.

26 février 2009
Qu'est-ce qu'une jeune fille comme vous fait dans un endroit pareil ?

Un autre rêve devenu réalité, l'adaptation d'un des plus fameux roman de James Ellroy et ce par non moins que Brian DePalma.
Un mot sur le roman tout d'abord, qui est le premier tome de la plus fameuse série de son auteur, 'Le quatuor de Los Angeles', qui n'en est pas non plus à son premier succès : son roman ' Un tueur sur la route' est étudié dans les écoles de police et reconnu comme référence en matière de description de la nature des serial-killers, la trilogie sur le personnage de Lloyd Hopkins aura généré le pas très réussi -paraît-il -'Lune sanglante' avec James Woods ( pour l'avoir lu, je vous assure que celui-ci mériterait directement une adaptation par John Carpenter ) et il faudra attendre l'adaption de 'L.A Confidential' ( 3e volet du même quatuor) par Curtis Hanson pour que l'on aie enfin une adaptation respectueuse de l'univers d'Ellroy sur grand écran : l'Amérique des années 50, aussi bien dépeinte depuis le trottoir le plus crasseux que depuis le plus huppé des palaces, univers apparemment séparés mais aussi pourris l'un que l'autre et n'épargnant personne, et surtout des héros à la fois chevaleresques et très complexes.

Aux commandes de ce qui aurait dû être une consécration, le maître du suspens limite transgressif des années 80, Brian De Palma en personne. Malheureusement nous vivons toujours dans un monde de grands studios et on se demande si le maître a réellement pu faire ce qu'il a voulu. On aurait pu espérer un traitement des années 50 plus proche de l'approche du photographe Weegee ( voir le film avec Joe Pesci qui lui est consacré, ' L'oeil public' ) auquel il est difficile de ne pas penser quand on lit un bouquin d'Ellroy, alors qu'on se retrouve dans un contexte qui rappellerait plutôt ' Les incorruptibles', qui sans être la pire des références, n'en reste pas moins 'sage'. Pourtant dès les premières minutes le ton semble donné ( la qualité de la photographie et des décors ne baissera par contre jamais d'un iota jusqu'à la fin ) et la dynamique entre les deux héros ( qui ne sont encore pas les plus charismatiques des héros 'ellroyens', pensons au Bud White transcendé par Russel Crowe, et au héros du 'White Jazz' à venir avec Georges Clooney ) fonctionne presque mieux que dans le roman. Dès les premières minutes seulement. L'attention se focalise sur Josh Harnett dans son interprétation de Tommy Lee Jones jeune, quand à Aaron Eckhart il ne pourra nuancer beaucoup plus que ce qui est écrit. Le triangle amoureux habituellement problématique apparaît comme prévisible, on attend juste que le scénario fasse son office.

( photographie de Weegee, extrait de 'Naked city' )
On entrevoit ici et là ce que pourrait être Ellroy au cinéma, avec la scène de la découverte du corps, et des inserts bienvenus de film en noir et blanc ( une des premières adaptations de ' L'homme qui rit' et les bouts d'essai de la victime, ainsi que sa tragique dernière apparition ), la référence avec 'Les incorruptibles' continue avec une nouvelle scène d'escalier, dans l'autre sens cette fois ( comparée à la scène du berceau, elle-même hommage à Eisenstein ) des plus réussie, mais laissant au final une sensation de trop peu, malgré un très bon double final. A la décharge du réalisateur, l'intrigue originale est assez dense, faite de méandres que l'on a du mal à relier. Là encore le scénario finira par ne pas nous demander notre avis. On aurait espéré davantage, pas forcément plus sulfureux, mais un peu plus vénéneux : on oublierait presque que la tragédie du Dahlia noir est l'un des crimes les plus horribles du XXe siècle et faute de solutions puisqu'il n'a jamais été résolu, Ellroy en livre une explication on ne peut plus en phase avec notre époque, à qui Laura Palmer doit certainement beaucoup. Malgré quelques morceaux de bravoure davantage pensés en terme ' d'épisodes', il manque ce sentiment global d'immersion que l'on peut trouver dans chaque roman d'Ellroy et qui était perceptible dans le film de Hanson.

( La réalité du Dahlia noir )
J'espère vivre assez longtemps pour voir un jour à quoi ressemblera le quatuor adapté dans son intégralité ( et alors, y en a c'était 'Le seigneur des Anneaux' ) et je serais pour sûr heureux d'y retrouver mon De Palma à l'entrée, c'est une sorte de parrainage.

25 février 2009
Non la démagogie n'est pas pour le jeune homme

' En 1977, l'interview télévisée de l'ancien Président Richard Nixon menée par David Frost a battu le record d'audience de toute l'histoire du petit écran américain pour un magazine d'actualités. Plus de 45 millions de personnes ont assisté à un fascinant affrontement verbal au fil de quatre soirées. Un duel entre deux hommes ayant tout à prouver, et dont un seul pouvait sortir vainqueur. Leur affrontement a révolutionné l'art de l'interview-confession, a changé le visage de la politique et a poussé l'ancien Président à faire un aveu qui a stupéfié le monde entier... à commencer sans doute par lui-même.' ( sources : allocine.fr )
Salut.
Tout le monde.
Bon ben moi j'ai trouvé d'abord la mise en scène tout à fait brillante, le problême c'est que l'on pourrait vous montrer l'épopée du refroidissement d'un plat de nouilles de la toute même façon, et ce serait également palpitant. Nous sommes dans un style de narration à tendance 'en temps réel' avec de légers inserts docus ponctuant le récit par les seconds couteaux de l'histoire : le staff de Frost ( son producteur ainsi que deux investigateurs, Sam Rockwell et Oliver Platt, deux valeurs sûres, et excellents d'ailleurs ) et le staff de Nixon ( Kevin Bacon en bras droit fanatique, convaincant ) et qui fonctionne très très bien. Impatient, je repense à 'Network', aux 'Hommes du Président', bref j'écarquille les yeux en attendant d'apprendre quelque chose sur les adultes, de voir comment font les grands.
Deux heures moins le quart et j'attends toujours, force est d'admettre que le film se repose assez sur la performance de Frank Langella, il n' y a que ça à voir. Depuis le biopic d'Oliver Stone, il est notoire que Nixon était atteint du syndrome Richard III, physique ingrat qui se devait d'être compensé par une émulation, un tempérament et des idées qui devaient au final forcer le respect... d'accord, ouvrez bien grand, aujourd'hui c'est purée. Mais justement c'est peut-être ça qui aurait motivé vraiment Richard Frost, au nom du peuple anglais: Shakespeare, faut pas essayer de trop leur raconter. Je dis ça c'est aussi pour me rassurer, pour éviter la leçon de flegme qui va tomber ( à faire pâlir Lord Brett Sinclair ) car les motivations de David Frost sont plus qu'évasives, on essaie de nous faire croire que c'est juste pour redorer son blason et c'est aussi assez crédible. Je ne sais plus qui disait ( mais ce n'est pas de moi : ) 'les Grecs étaient superficiels par profondeur'. C'est ce qui nous attend.
Effectivement l'idée vient de lui, et en apparence il a l'air de vivre la chose de façon assez mondaine. En fait non, c'est de la promo et il court partout chercher des sponsors. Ouf c'était moins une, quand il dit un soir 'j'ai investi tout ce que j'avais...' jusque là on avait du mal à compatir, et je ne vous apprend rien, c'était dans la bande-annonce. Tiens la bande-annonce, parlons-en.
Au moins c'est franc, les interviews sont légendaires et on sait que Frost va réussir ce que personne n'attendait : le faux-pas, la bavûre et la schkarogne sur la tête Nini.
En terme de révolution du journalisme, il serait grand temps que je me mette à lire du Hunter Thompson, ok j'assume c'est mon problême. Je ne dis pas du tout que le film de Ron Howard inspirée de la pièce ( ahtiens c'est donc ça... ) de Peter Morgan est une bouse, j'aurais juste tendance à lui reprocher certaines ficelles, déguisées derrière cette habituelle façade de professionnalisme comme si on allait vraiment vous raconter quelquechose : 'Frost/Nixon' c'est un peu la fable du Corbeau et du Renard, mais avec David et Goliath. Tout se résoud dans le dernier tiers et à contrario de toutes nos attentes dans la foulée : on pouvait espérer une joute oratoire de premier choix, à savoir comment Frost contournerait l'interdiction d'aborder le Watergate. Rien de tout ça, si on y arrive c'est parce que Frost a 'les patates au fond du sac' ( dixit ) et met les pieds dans le plat et que Nixon non content d'avoir des tongs shakespeariennes, possède aussi des chaussettes en laine dostoievskienne, c'est -à -dire qu'il est JOUEUR !
Et donc il pense qu'il va pouvoir s'en sortir avec une pirouette d'orateur car il a pas été élu Président pour rien. Le problême c'est que Frost a fait ses devoirs ( un peu au dernier moment ok ) et qu'une intuition capitale du début était en fait une information de premier ordre. Mais ce n'est pas tout, et la leçon de flegme arrive ici, Frost arrive à en appeler à la décence et aux excuses publiques en face d'un Nixon désorienté, empêtré dans ses parades dialectiques. Le public a eu ce qu'il voulait, Nixon peut aller finir ses jours tranquillement dans sa villa en s'octroyant le luxe de devenir gâteux. Une grande leçon dont on se demande s'il nous faudra à nous aussi toute une vie pour en goûter la substance.

24 février 2009
...y veulent du show

Tout déjà dans la bande-annonce signalaient l'hymne au travail bien fait, c'est un peu comme quand vous commencez à regarder régulièrement des films, au bout d'un moment vous arrivez à repérer un Carpenter dès les dix premières secondes : un je-ne-sais-quoi dans le début qui tout de suite vous indique que ce sera du bon et du sérieux. Hélas , mille fois hélas, vous n'êtes pas le seul à l'avoir compris et maintenant dans l'industrie ils vont jusqu'à faire semblant de bien commencer leurs films. Avec Aronofsky, Darren du nom , on est en droit d'espérer autre chose, revenant aux sources qu'il n'aurait jamais dû quitter, lui qui a pourtant déjà réalisé l'impensable dès le début de sa carrière ( : adapter Selby Jr sur grand écran ) et dont l' efficacité des choix de réalisation se sont toujours avérés pertinents. Attendu que celui-ci réussira certainement dans la sobriété et certain de la qualité du jeu de Mickey Rourke, je m'empresse malgré tout de savoir ce que 'The wrestler' recèle de plus. Les lumières sont déjà éteintes, moi et ma tribu montons les marches d'un pas svelte et élancé, en avant vers l'effervescence, avec une chose et une seule présente à l'esprit : il n'y a pas de petites victoires.
D'entrée le générique marque le ton et ne laisse rien au hasard, un tel souçis de documentation n'est-ce pas, et depuis des jours la bande-annonce : il est catcheur sur le côté après avoir connu les feux de la gloire, a un boulot merdique pour de vrai, une fille avec qui il est brouillé et une strip-teaseuse en vue. Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir nous dire de plus, tout ça sous couvert de 'presque documentaire', tout le monde fait ça en ce moment.... la tension monte et je ne vois pas mon poulain très très gagnant.

Dans un premier temps, Rourke , malgré qu'il se démène et repousse toujours plus loin ses propres limites, a du mal à joindre les deux bouts, il met un bon petit huitième à pouvoir rentrer de nouveau chez lui et quand il le fait il y a comme quelque chose de suspect dans son premier roupillon 'at home' sous son drapeau américain. Why ? y fait rien de mal le mec...Bon y prend des produits, un max de produits en fait, pour rester au top, enfin continuer de faire ce qu'il fait; ça en devient tellement problématique que la chronologie commence d'ailleurs à déconner puisque nous sont montrés en alternance les coulisses et le match qui l'a précédé : c'est mal barré et pour cause, le personnage de Rourke est en train de clamser. Nous, enfin moi et ma tribu car c'est tout ce qu'il me reste à présent, formalistes invétérés que nous sommes, on se sentirait presque encore dans 'Pi' alors du coup on est déjà un peu contents : une boucle dans une autre boucle. 'The wrestler' se présente un peu de cette façon, la spirale se déroulant à l'envers depuis son milieu, qui se répète mais en se préçisant, prenant surtout de plus en plus d'amplitude de déploiements en déploiements: la prochaine vague sera beaucoup plus forte et menace de tout emporter.
Mickey, lui, faut qu'il arrête la 3D.

On est au catch donc c'est du chiqué de A à Z, et en même temps pas tant que ça. Notre héros commence à en sentir le prix. Tout ça pour quoi ? pour une catharsis de groupe ? pour les restes d'une gloire passée ? pour le show et la thune ? ou pour la sensation d'exister vraiment ?
Que ce soit le personnage de Rourke ou celui de Marisa Tomei la strip-teaseuse, il y a dans leurs actes un espèce de fantasme sous-jacent de l'éternel recommencement, de la recherche de la première fois, et qu' en même temps ce créneau de réalisation exige un sacrifice toujours de plus en plus grand au niveau du don de soi, éloignant les personnages toujours un peu plus de leur nature profonde. Ce qui nous vaut d'ailleurs une scène absolument hilarante si elle n'était pas tragique ( -' tiens y a un côté agneau sacrificiel chez toi...!' -'ah ouais ? a tiens...' ). Entre autres choses ils vieillissent, et sans être chacun des loosers complètement dépassés et pathétiques, ils ont du mal à renoncer à 'leurs propres mythes'.
A ce titre nos deux personnages principaux en sont bel et bien là : elle la déesse Ishtar qui conduisait les hommes à l'extase mortelle avec sa dance du plaisir ( sauf que les clients voient en elle plutôt l'ancien modèle ), et lui ce serait l'archétype du Dieu-Guerrier ( contre tout chacal, affrontant diverses incarnations du mal : un Punk, un Père Fouettard... ) presque l'allégorie du dieu Thor ( accessoirement personnage de comics, dont c'est le foutage de gueule en règle quand il frappe son adversaire à coups de prothèse ) si ce n'est qu'on se demande si ce n'est pas le catch qui existe juste pour occuper Mickey Rourke- le final nous prouvera cependant le contraire...

-' Robin ?!...mais pourquoi y a marqué 'Robin ' sur mon badge ? C'est pas mon nom !!! '
Ce serait trop beau: Aronofsky, Rourke sur le 'Dark Knight returns ' de Frank Miller..
On continue et je vous disais : je vois...( c'est l'un de mes problêmes, des comics partout ) l'aspect mythologique un peu partout en filigranne par petites touches, avec le parallèle que l'on sait entre les catcheurs et les gladiateurs des temps modernes, dont on pensait que les super-héros étaient les dernières incarnations (eh bien non ce sont les figurines en plastique ....)
Quand à toi qui n'a pas encore vu le film je te demande ce que tu fais encore là d'un doigt inquisiteur mais encore pas si malpoli après tout....- aaaaaa...pas les dents ....Bien, la preuve étant faite que le Sigismund est fourbe, lâche, vil et pleutre, continuons, si vous voulez bien vous donner la peine mais c'est bientôt fini.
Vous ne pensez tout de même pas que parce que le monsieur est aux portes de la mort, tout va s'arranger pour autant...? De mon côté, je ne me suis pas senti lésé, 'The Wrestler' est un film maîtrisé de bout en bout et aussi très réussi, en cela j'en suis très heureux pour toute l'équipe. Il y a un truc en moi qui se débat, qui aurait tendance à aller du côté des détracteurs, à éructer comme eux que au vu de la merde ambiante, en racontant une histoire déjà correctement on a droit à un César d'entrée de jeu, que le nivellement par le bas nous confirme sur le talent de certains, chose que l'on savait déjà plus ou moins mais que en attendant rien de nouveau sous le soleil et ou sont les délices du paradis sensoriel qu'on nous avaient promis et les chefs- d'oeuvres de maintenant etc....
Evidemment ça fait jamais complètement plaisir de voir quelqu'un aussi subversif que David Fincher commencer à prendre déjà tranquillement sa retraite. Au contraire je préfère me réjouir du retour d' Aronofsky à de véritables choix de réalisateur et qui, comme son personnage, se relève assez difficilement après avoir bien morflé comme tout le monde, en me disant que juste c'est le monde qui se remet à tourner et qu'il faut être patient.Pourtant on ne peut pas dire que 'The wrestler' essaie de nous faire passer des clafoutis pour des lentilles, le personnage de Mickey Rourke n'est rien de plus qu' humain trop humain, tombant de son pied d'estale toujours pour les mêmes raisons. L'histoire est peut-être déjà bien connue, la tendance de l'homme à la dispersion, mais nous est racontée ici dans toute sa quintescence.

Je me surprends à penser aussi que Darren Aronofsky pourrait très bien nous livrer un second film ( mais non, pas en gage de bonne foi ), qui se déroulerait sur la même période de temps, et raconté du point de vue de l'autre personnage principal, Pam la strippeuse. Ce serait comme l'exact complément mais aussi le contraire total de cette première partie avec Mickey Rourke, et le tout formerait un dyptique. Là ou 'The wrestler' montrait les catcheurs assez cools entre eux, on aurait un côté 'Showgirls' plus trash dans cette nouvelle partie...Là ou l'un finit par se tourner vers le rêve, l'autre s'enfoncerait dans la réalité...bon c'était juste une idée comme ça...

23 février 2009
ça fait du bien quand ça s'arrête...

Laure est en train de se faire larguer par son petit ami, ses collègues de boulot sont des cons, mine de rien elle est en train de péter les plombs, gentiment mais sûrement. Elle croise Simon, un jeune sans-abri qui revend la presse gratuite dans la rue. Après lui avoir offert à manger elle lui propose de l'héberger, celui-ci accepte. Elle ne sait pas très bien pourquoi elle fait ça, enfin si parce que elle aussi elle a bourlinguée, elle sait ce que c'est.
Donc elle va l'aider à s'en sortir, peut-être même contre son gré, et ce faisant elle va peut-être s'en sortir elle aussi par la même occasion. Alors qu'ils revenaient des comissions, un homme reconnaît Simon et les interpelle...
Comme l'indique le générique, le scénario a été écrit à plusieurs mains et en collaboration avec les comédiens. Les prises de vues en témoignent également, on lorgne très préçisément dans la lignée du cinéma de John Cassavetes ou des films Dogme: caméra sur l'épaule, par ailleurs assez virtuose, très lisible, filmant les visages et les corps avec une certaine empathie pour bien nous faire part des différents enjeux ( intérieurs, situationnels,... ) et , last but not least, soutenue par un montage très très efficace, au service d'un récit centré sur les interactions entre les personnages. Le film embraye très très fort sur ces échanges difficiles avec d'entrée une idée narrative intéressante: alterner au milieu des discussions les pensées réelles des personnages, ce qu'ils ont vraiment envie de vraiment dire ou bien de vraiment faire, sous formes de courtes séquences qui disparaissent aussi vite qu'elles sont arrivées tandis que les évènements continuent leur cours...
Une façon assez efficace de nous faire partager l'état du personnage principal, hésitant sans arrêt entre le pulsionnel et la raison, et procédé narratif que j'ai pour ma part trouvé pour la première fois dans le premier roman de Alberto Moravia ' Les indifférents'.
Rien autour d'elle pour la retenir donc, ni son ex, ni son nouvel 'ami'. Très très bon point de départ, si ce n'est qu'on se doute bien qu'il faut pas trop abuser du procédé, sinon ce sera fromage ou dessert toutes les deux minutes et c'est nous qu'on va disjoncter.

Au premier degré j'ai eu une espèce de réaction instinctive, épidermique. Je me dis c'est quand même terrible, avec autant de qualités, comment on peut se planter de cette façon ?
La narration s'avère très indicielle et repose fortement sur le non-dit. En fait il y a tout dans ce film sauf une histoire, mais par contre il y en a tous les temps forts, y compris certaines situations décalées qui vont bientôt devenir définitivement des clichés officiels ( ça y est c'est malin, maintenant je le sais, je me fais vieux, mais sachez bien que ça n'a pas toujours été le cas ), je prends pour exemple Simon qui observe Laura en train de dormir, ou le pétage de plomb du médecin de nuit; pire j'ai envie de dire que le fou-rire de l'ex petit ami est lui aussi un cliché impardonnable, or c'est une indication de la suffisance du personnage. Oui j'allais dire que c'est à nous d'inventer une histoire qui est peut-être là, mais aussi peut-être pas : la relation entre Laura et Simon fleure l'anecdotique en partie à cause du mutisme presque insoutenable de celui-ci, et c'est à se demander si elle ne sert pas juste à légitimer un nouveau personnage, ou des situations nouvelles qui peu à peu vont aider ou obliger l'héroine à faire définitivement sa place.

La réussite du film tient pourtant dans ces interstices,de par la gradation au long du récit des irruptions de subjectivité, utilisées somme toute sans éxagérer et repris une fois par un personnage autre que l'heroine principale, montrant le trop plein des âmes. Ce sera la dernière fois car ensuite on aura un autre personnage, lui aussi ballotté par les évènements mais qui lui pètera les plombs extérieurement. Ce va-et-vient de subjectivité qui préfigure le pire, l'éventualité redoutable du point de rupture définit aussi le degré de perception que les personnages ont sur ce qui leur arrive, dans quelle mesure ces 'bruits dans la tête ' les empêchent vraiment de vivre, ou bien est-ce seulement ( ne sont-ce que ) des bruits du dehors ?
J'ose emettre le regret que, peut-être le récit aurait gagné en nuances si on avait eu une petite indication des humeurs des deux autres personnages secondaires, Simon et le médecin, en faisant intervenir également leur subjectivité à eux et de montrer ainsi l'histoire depuis leur point de vue. Bon ce n'est peut-être pas le propos mais ça fait rien je l'ai dit quand même.
Moralité : vaut mieux extérioriser.
Mais peut-être pas.
Mais des fois si.
Mais des fois non...

17 février 2009
Attachez vos ceintures...

'Une colline, un cercle de privilégiés paumés. Derrière les belles grilles des demeures et les baies vitrées géantes, travers, vices et toutes autres extrémités coexistent dans un entrechoquement étrangement ouaté. Evy, quatorze ans, en pleines pulsions pubères. Son père, Richard, écrivain junky sur le déclin. Sa mère, Laure, actrice prête à coucher pour gagner son grand retour. Sa sœur, Lisa. Décédée. Noyée dans le lac sous les yeux d'Evy, résolument mutique sur l'accident. En laissant derrière elle cette petite communauté sérieusement chamboulée, où les choses ne semblent pas près de s'arranger...' ( sources : fluctua.net )
Vous pouvez vous faire une idée vous-mêmes avec un extrait ici :
http://www.gallimard.fr/catalog/bon-feuilles/01042394.htm
J'ai pas peur de dire que Djian est un écrivain qui a beaucoup compté pour moi à un certain moment de ma vie, comme la plupart des autres, Fante, Brautigan dont il reconnaît volontiers l'influence. Le dernier de ses livres à m'avoir fait une forte impression était le recueil de nouvelles ' Crocodiles'. Mais avec 'Impuretés', c'est encore du plus grand, on retrouve un auteur bien campé dans ses thêmes de prédilection, un regard sur le monde capable des plus grands élans de sensibilité, de poésie et avide de sublime à vrai dire mais qui n'est jamais dupe des apparences et de la nature humaine en dehors des heures d'ouverture, un regard aigu qui vous aide à passer la marche comme on dit.
Le style est en pleine croisière, alternant les études de caractère recherchées et bien senties qui se téléscopent avec un double-sens nous faisant remettre en question l'intégralité de ce que l'on croyait avoir compris, à savoir les motivations réelles des personnages, en dépit des apparences. A déduire, comme tout un tas d'autres choses qu'on ne soupçonnaient pas : Djian nous souhaite bienvenue dans le monde, et c'est pas fini.
On peut peut-être déduire les prémices de l'approche qui génèrera 'Doggy bag', que je n'ai pas terminé, je ne sais pas si l'on peut aussi qualifier ce livre de 'renouveau pour son auteur', en attendant c'est un véritable joyau.
16 février 2009
Frozen river- Dance me outside

'Une petite ville américaine à la frontière du Canada.Ray peut enfin offrir à sa famille la maison de ses rêves et bientôt quitter leur préfabriqué. Mais quand son mari, joueur invétéré, disparaît avec leurs économies, elle se retrouve seule avec ses deux fils, sans plus aucune ressource. Alors qu'elle essaie de retrouver la trace de son mari, elle rencontre Lila, jeune mère célibataire d'origine Mohawk, qui lui propose un moyen de gagner rapidement de l'argent : faire passer illégalement aux Etats-Unis des immigrés clandestins, à travers la rivière gelée de Saint Lawrence, située dans la Réserve indienne. Ayant cruellement besoin d'argent à la veille des fêtes de Noël, Ray accepte de faire équipe avec Lila.Pourtant, les risques sont élevés, car la police surveille les allers et venues, et la glace peut céder à tout instant...' ( sources : Allocine.fr )
Courtney Hunt réalise ici l'archétype du film indépendant,comme on aimerait en voir plus souvent, c-a-d des films qui racontent une histoire, et de façon honnête j'insiste là-dessus. Les passeurs sont dans une situation à peine plus enviable que ceux qu'ils 'aident' et chaque personnage a ses faiblesses ainsi que bien des raisons de toucher vraiment le fond. Le personnage principal lui-même commet bien des erreurs, poussée elle aussi par son rêve d'avenir un peu meilleur,le plus effroyable est bien de constater à quelle vitesse tout devient marchandise une fois qu'on a 'plus le choix'. Voici un film que j'aurais dû aller voir sans connaître le synopsis, au radar, l'effet n'en aurait été que plus grand. Tout vraiment tout fonctionne à merveille, que ce soit les comédiens ou la mise en scène, et l'approche de la réalisatrice est vraiment exemplaire, il y a bien un moment ou l'on pense à 'Thelma et Louise' mais en plus crédible, ça dérange pas.

Cela ne m'a pas empêché pour ma part de percevoir un côté presque trop écrit, trop minuté à l'ensemble, et toujours selon moi l'artiste ne s'est pas assez autorisé d'alterner les moments de détresse et de vide avec les moments d'action, décisionnels et la spirale de situations qu'ils génèrent - ce qui est surprennant quand on voit à quel point celle-ci maîtrise définitivement sa mise en scène, qui semble privilégier le narratif par dessus le reste. Et il m'a semblé percevoir une faille de scénario sur la traversée de la frontière ( dans un sens et puis dans l'autre ? ) qui rend toutes les scènes avec la police absolument inutiles et dont on se passerait volontiers car elles n'apportent que peu. Ce serait le seul bémol qui m'empêche de trouver ' Frozen river' définitivement grandiose. Arrivé à ce point, j'ose une partenthèse :

Film réalisé par Bruce Mc Donald, sorti en 1995 et qui n'a pas à ma connaissance traversé nos frontières, adapté des écrits de W.P Kinsella, écrivain canadien contemporain, et dont le succès génèrera une série tv d'après ses autres nouvelles ( ' The rez' ); encore une fois sous vos applaudissements je n'ai rien vu de tout ça si ce n'est qu'à l'époque je suis tombé sur les conseils d'un ami sur l'adaptation en b.d du film par Nick Crane, publié sous le label indépendant Black Eye.
Depuis, et bien qu'il n'aie pas beaucoup produit, Nick Crane compte un nouvel admirateur et des plus virulents. J'hésite même à voir le film tellement je n'arrive pas à voir l'histoire autrement que par le graphisme et la narration de Crane. Si jamais vous tombez là-dessus au cours de l'un de vos périples, avancez sans craintes.
I pity the fool

'Fiction expérimentale qui se déroule autour de la ville de Détroit. Tourné en super-8, ce film interroge les soubassements de la mémoire et du souvenir, tout en auscultant les relations entre un groupe de jeunes gens. Recourant à une narration lacunaire et elliptique, I PITY THE FOOL de Brent Coughenour s’inscrit dans l’esthétique du plan séquence longuement tenu, en multipliant les passages au noir et les images solarisées, grâce à la texture du format super-8 qui évoque aussi bien la ruine qu’une plasticité surchargée.'
( sources : cinéma Spoutnik )
Si vous avez aimé la scène du sac plastique dans 'American beauty' ou que vous êtes tout simplement fan de cinéma expérimental, alors ruez-vous sur ce film dès que vous le voyez apparaître quelque part, Brent Coughenour se risque au cinéma dit 'contemplatif' avec une virtuosité indéniable et offre un récit en dehors des sentiers narratifs habituels, dont les tenants et les aboutissants sont évoqués et à déduire, n'en prenant par ce biais que davantage d'ampleur. Très sincèrement, ce jeune réalisateur de 35 ans serait l'artiste idéal pour adapter ce genre de sommités, qu'il regarde déjà droit dans les yeux :

' Il y a héros et héros' OU ' l'éternel oublié'
OU
' Will Smith sent de dessous les bras'
OU
' en fait non c'est son bonnet qui pue'
0U
' et pis ses pieds aussi y puent'
OU
' ... je pourrais continuer comme ça toute la nuit et tu peux pas me taper paske t'es un héros...'

Critique 50 /50, c'est un avis mitigé. Non pas que j'ai passé un mauvais moment au visionnage du film, c'est bien sûr un bon divertissement de très bonne qualité, je suis tout respect devant la bagarre finale, nonobstant il y a deux ou trois choses qui me dérangent. ' Hancock' a un peu les qualités de ses défauts : c'est tout d'abord un pari risqué que de s'intercaler entre tous les comic-books movies qui commencaient à déferler à cette période-ci l'année dernière, avec un personnage venu de nulle-part, hors-franchise mais rivaliser avec les grosses boîtes c'est un truc que Will Smith peut faire vu que c'est une grosse boîte à lui tout seul. Mais quitte à être hors-franchise, autant l'être complètement et s'épargner toute ressemblance fortuite.


A gauche Will Smith en ' Hancock' donc, à droite un personnage de DC Comics, ' Black Lightning'. Quand on sait qu'il y a un projet d'adaptation de ' Justice League' l'équipe de super-héros qui réunit Superman, Batman, Wonder Woman, Aquaman et quelques autres dont celui-ci, c'est autant une façon de poser sa candidature que de se couper l'herbe sous le pied. On ne sait pas et , oui, il y a des choses plus graves.Ce qui m'a le plus dérangé sont certaines grosses ficelles qui m'ont assommées en milieu de film, et prouvant manifestement que scénaristiquement le film bouffe un peu à tous les râteliers.


' Hancock' se situe dans la lignée des 'nouveaux' super-héros parallèles et offre son lot de divertissements, ça n'en reste pas moins une franchise en devenir car il reste la possibilité d'ajouter une ou deux suites, qui préçiséraient les zones d'ombre et les situations potentielles de cet univers pas si inintéressant, si on n'avait pas peur que ça marche bancalement sur les plates-bandes de ' Watchmen' ( bien sûr ) comme ça le fait déjà vaguement avec ' Highlander'.
Pourtant ( ...la vie m'a tout donné, m'a-a tout repris......bon fatigué ) de là à dire que ' Hancock' est ( je n'aime pas cette expression ) le super-héros ' du pauvre', que c'est le film de super-héros ' pour les nuls' ( : pour le p'tit gars qui peut pas s'acheter de comics et qui reste aux portes de cet univers de merveilles mais aussi élitiste car il faut avoir de l'argent pour lire tous ces épisodes si passionnants et si intrinsèquement liés les uns aux autres, Will Smith est là pour dire ' attends coco c'est pas si difficile, si obtus que tu crois, t'es pas obligé de tout lire pour comprendre et il y a des trucs dedans que tu sais déjà ' ) il n'y a qu'un pas et on pourrait presque quand même saluer la démarche.

A part ça ' Hancock' s'en sort assez haut la main autant avec les libertés qu'il prend avec le genre que en souscrivant à ses ingrédients, les effets spéciaux sont très chouettes, le personnage est suffisamment écrit pour être campé en deux -trois répliques coolitudisées, comme tous les personnages du genre il possède sa propre tragédie que le film va remettre en lumière, va lui faire re-confronter (-désolé Jason Baterman, on a cassé ta maison, ça c'est pour ceux qui sont pas complètement nés dans un pot de fleurs non plus ) tout ça pour en venir à un propos général qui serait l'illustration de la fameuse phrase de Cendrars : ' Quand on aime il faut partir.' C'est pas la pire des références faut bien avouer, et on a pas beaucoup dit mieux depuis.
Merci l'équipe, tout cela était très original.
Merci Herbie.
( oh pardon )
14 février 2009
Méfiez-vous des imitations

Quelqu'un se rappele-t-il le début de ' Petits meurtres entre amis ' de Danny Boyle ?
C'est en quelques sorte là d'ou je vous écris, les yeux décidés et la nuque sur le carrelage froid après 20 minutes seulement de visionnage du film ' La société du spectacle' de Guy Debord.
Je répète : ' 20 minutes SEULEMENT '.
Il arrive parfois douloureusement qu'un homme soit confronté à ses propres limites et c'est ce qui m'arrive aujourd'hui, bien que je préfèrerais vous faire croire que c'est à cause d'un emploi du temps surchargé et d'un état de burn-out hors-normes syndicalo-messianiques dépassé afin que vous puissiez envoyez vos dons -mais vous seriez encore capables de me dire ' alors sigismund quand t'es fatigué tu regardes pas Guy Debord à la télé hein ?..' et vous n'auriez certes pas tort bien que d'autant plus raison.

Alors soit ( et-puis-merde-à-la-fin- ), je joue la carte de l'humilité puisque je ne peux faire appel à celle de la pitié ( suis plus à ça près non plus ), et je vends la mèche ( je sais c'est nul ), il y aura peut-être un moment ou je serais prêt, ou je pourrais dégager une réflexion et formuler quelques propos mais là ce n'est pas le cas ( ' la société du spectacle' m'a tuer, ' la société du spectacle c'est plus fort que moi ' mais pas parce que plus nombreux attention hein ), vous m'en voyez déçu car j'aurais aimé vous parler de mes nouvelles chaussures.
Envoyez vos dons ( c'est la misère ).
