images qui bougent

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17 juin 2009

Les racines du mal

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A Dublin, en 1975, un groupuscule sème la terreur à travers la ville, perpétuant des meurtres sauvages un peu à l’aveuglette dans les rues, conduit par Victor, leader charismatique mais pas seulement. Ryan, un journaliste , semble percevoir les motivations derrière ces crimes gratuits, et tente de remonter jusqu’à ces ‘hommes de la Resurrection’…

Qui a vu le film ‘My little eye’ ( 2001 ) du même Marc Evans comprendra aisément ma réaction à la vue de cet autre dvd soldé .Sans retrouver la même densité compacte, ainsi que la virtuosité sobre de ce dernier, Evans fait ici durablement ses preuves avec cette réalisation, l’une de ses premières, datant de 1998. La photographie est véritablement somptueuse, livrant des atmosphères nocturnes capiteuses -et servies par une fluidité sobre encore une fois, qui au final rappellerait sans coups férir Huston ou Scorcese ; les séquences extérieures ,plus rares et aussi un peu plus sèches, permettent en même temps de se faire une idée moins esthétique du genre de climat qui régnait dans les rues à cette époque. La scène d’ouverture, elle, est assez mythique et prouve assez incontestablement qu’Evans est un raconteur d’histoires en images, avec des images.
Le script quand à lui, est signé par l'auteur du roman original.

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Mon seul reproche serait qu’une certaine alternance entre des scènes sur-esthétisées et d’autres plus neutres ou moyennes laisserait entrevoir une sorte de faiblesse de débutant, ou l’auteur privilégierait un moment de bravoure visuel au dépit du récit, de l’assise de celui-ci. Mais pourtant - et j'insiste sur le mot- même s'il y a un peu de ‘Scarface’ et un peu de Mesrine dans la trajectoire du héros de ‘Resurrection Man’ ( rappellons-nous que c’était un peu de cette façon que malheureusement on esthètisâ un peu trop la violence dans les films de l’époque : ‘bonjour, je suis un allumé ET un poseur’. Avec tout ce que cela implique des deux côtés. ) et si on peut soupçonner quelques grosses ficelles dans le déroulement et l’enchaînement des situations, les enjeux, eux, sont plus difficiles à dégager et je comprends tout à fait que

a/ on reste sur sa faim
b/ que l’on trouve le film insipide ( c’est ce que j’ai pu lire à droite à gauche, mais je suis sûr que le type a dit ça parce qu’il était énervé ).
C’est pour ma part en laissant décanter ( decantation, man ) que je me suis rendu compte que le film d’Evans délivrait au contraire un gentil petit brulôt sur l’endoctrinement, de fait assez proche d’un autre film, pas assez culte, plus littéral aussi, qu’il précède d’un an à peine, comme j'ai l'honneur :

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Ce manque de saveur que l'on a pu reprocher est peut-être dû à la multiplicité des thèmes et des trames abordés, dont on ne décèle pas forcément tous les enjeux au premier abord.
La première fois que l'on voit le journaliste par exemple sera aussi le seul moment ou il y aura un flash-back dans le film. C'est efficace et ponctuel, Evans trouve ainsi des solutions rapides pour passer son message vite en fonction de ce qu'il a à dire, mais ça destabilise un peu au niveau de l'unité : le réalisateur préfèrant garder un certain aplomb factuel, une construction plus progressive sur le personnage principal, Victor, ou l'on découvre qu'il projette inconsciemment ses propres problèmes à travers sa ‘quête’ ( et pour la comprendre il faut admettre qu'il y aie des gens qui disent 'catho' comme d'autres disent encore 'négro' ou 'pédé' ), ou l'on se rend compte qu'à travers ses expéditions punitives et aveugles sur des quidams dans la rue il effectue plutôt une sorte de transfert ( catharsis ) perpètuant une sorte d’assassinat rituel de la figure du père, faible dans son ménage que le héros ne cesse de prendre sur lui et ne ‘se pardonne véritablement pas’. Pire, c'est un peu pourquoi il se bat, pourquoi il est devenu ce qu'il est : pour réparer les erreurs de son père, ou des 'faibles' comme lui qui ont laissés le pays devenir ce qu'il est. Toute ressemblance avec le couple royal d’Angleterre et les parents du héros ( dont la mère irascible en apprenant les activités de son ‘bon fils’ interprètera celles-ci comme une volonté d’ être un ‘bon citoyen’ ) serait complètement, mais alors fortuite.

A tout ceci s'ajoute encore un autre aspect au film, nappé comme qui dirait, quasi -schizophrénique celui-là, dans la relation indirecte et trouble entre le journaliste ( alcoolique et frustré comme le définit la critique et en cela nous pouvons dire qu'elle a plutôt raison puisque son histoire s'ouvre pour nous un lendemain de cuite ou il aurait levé la main sur sa femme pour la première fois ) et le tueur sur lequel il enquête, comme quoi, et comme le rappelle notre petit flash-back, c'est pas celui qui a le flingue qui est le plus chargé; quand aux proportions de violence tolérable entre un coup sur la gueule de votre épouse ou une quasi-eviscération du type qui ressemble à votre papa, je ne saurais quoi vous recommander.
Le journaliste ressemble à Victor en un peu plus vieux, et symboliserait quelque peu celui-ci à l'âge adulte, leur trajectoire se répondant étrangement en échos : le vécu problématique de l'un répondant à celui de l'autre - surtout en ce qui concerne les frustrations donc -( dans une sorte de dynamique chère à Borges, sur le héros en réalité criminel, que l'on retrouve par exemple dans 'The Element of crime ' de Lars Von Trier ou dans 'The mystery play' de Morrison et Muth, encore une variation sur le mythe d'Oedipe surtout...) ils se tapent la même nana et se rencontrent, enfin ( ? ) l'un et l'autre, au moment ou ils doivent plus ou moins se faire chacun, 'justice'. Cette réciprocité thématique vient encore renforcer le propos : après la fougue et la révolte de la jeunesse qui se trouvent récupérées, ce sera peut-être au tour du pragmatisme de l'âge mûr ( et à travers lui, à l'ancienne génération qui s'est battue pour le droit à l'expression et qui est censée en user ) de la même façon :...ils semblent partager les mêmes faiblesses. L'enjeu se situant véritablement ici, à travers la figure de Victor,en fait véritable victime,bouc émissaire même, puisque nous verrons comment ses pulsions destructrices sont récupérées et tolérées un temps -utiles aux affaires-puis retournées contre lui.

Aussi je pense sincèrement qu’une certaine sur-esthetisation de la violence aura quelque peu joué en la défaveur du film au dépit de son sujet, difficile et admirablement traité. En tout cas, pour une découverte, ce fût une découverte, et 'Resurrection Man' vient de se retrouver directement en tête de ma cinémathèque idéale, voilà qui est dit. Je ne saurais que trop vous recommander de ne pas enterrer ce film trop rapidement, il gagnerait véritablement à être (re ) connu davantage.

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Posté par sigismund à 20:08 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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