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Au vu du peu de fréquentation de ce blog -encore que depuis ces derniers temps nous avons eu le plaisir d’accueillir un nouveau visiteur, Alex, que je salue ici, en plus des habitués, Olivier et Maydrick , que je salue également, ainsi que Patchworkman, excusé, à qui nous souhaitons bon rétablissement informatique- j’ai décidé de tenter le tout pour le tout afin de susciter un peu plus d’attention. Vous pourrez en parler autour de vous, le répéter à votre voisin, je vais à nouveau me risquer à faire de l’humour sous vos yeux afin de susciter la moquerie la plus élémentaire, espèrant susciter le dialogue par la suite. J’y vais, je me lance, voici qui va détendre immédiatement l’atmosphère :

A l’heure ou je vous parle, je découvre seulement maintenant la filmographie de Georges Romero.

Je vous laisse quelques instants pour vous lâcher et m’en vais vous expliquer cette lacune : c’est tout simple je ne supporte pas les films de zombies. Sachant de source sûre qu’il y en a dans le film intitulé ‘La nuit des morts-vivants’, je me suis volontairement tenu à l’écart de cette franchise. Les films de zombies je peux pas les regarder sans une ou deux bassines à côté et ce n’est pas le genre de spasmes que je préfère. Nonobstant, c’est sur les conseils de Mr Patchworkman, excusé, que nous avons salué plus haut, que j’ai pu découvrir le monumental film de Bob Clark, ‘Le mort-vivant’, relecture ultime du mythe, et qui n’est pas gore du tout bien qu’il contienne un chiwawua.C’est à la suite des discussions que nous avons pu avoir par la suite que j’ai découvert un autre film, ‘Martin’, du maître – c’est comme ceci que je vais l’appeler désormais -, déconstruction, lui, du mythe du vampire. Je vous l’avoue sans ambages, c’est en cherchant des images pour cet article, que je me suis dit ‘tiens je vais jeter un coup d’œil sur la filmo, y-a-peut-être-pas-que des-zombies-‘, aussi avant de parler un peu plus de ‘Martin’ je dirais ceci : au vu des pitchs de ses deux métrages 'Knightriders' et 'The crazies', il y a déjà de quoi justifier une présentation aux électorales. C’est tout, j’ai fini, j’arrête d’être drôle.

J’ai pu découvrir le chef d’œuvre qu’est ‘Martin’ grâce à mon pote Issam que je salue également et chaleureusement surtout, dans la version éditée par Wildside, autrement dit avec des compléments plutôt crédibles, et je dois dire que les commentaires des deux spécialistes étaient absolument passionnants. N’ayant pas vu d’autres films de Romero, je ne me serais pas lancé dans une dissertation sur son approche particulière, personnelle disons , du montage. Ce n’est pas ce qui m’a marqué le plus en regardant ‘Martin’, même si après coup je ne peux que donner raison aux théoriciens. Effectivement , Romero ne cherche pas la fluidité, et sans être axé véritablement sur la rupture, il est véritablement ‘chaotique’ dans le bon sens du terme, je dirais peut-être abrupte, et par là très grind ( il y a une scène de poursuite dans ‘Martin’ avec voitures, flics et gangsters blacks qui faisait très ‘blaxploitation’- comprendre ‘découpée à la serpe’- ce n’est sûrement pas anodin, mais je ne suis pas non plus un grand connaisseur dans ce registre ) ; j’avais été pour ma part hautement plus séduit par la composition du cadre, et ce dès le début du film, alternant pour moi délicieusement sophistication et fonctionnalité plus anodine (- et de même tout le long du récit –) et définitivement assis à cause des plans en extérieur pour les scènes d’errance, enfin de 'repérages' du personnage. Formellement donc, c’est puissant du début à la fin, et l’histoire , parlons-en de l’histoire.

'Martin, un jeune homme de dix-sept ans en apparence normal est obsédé par le sang. Son oncle Cuda qui l'héberge est persuadé qu'il est un vampire, descendant de Nosferatu.' ( sources : Wikipédia, pour faire court )

Romero était parti tout d’abord dans l’idée de faire une comédie, basée paradoxalement sur une approche ‘réaliste’ du mythe du vampire ( véritablement quelque chose comme ‘Embrasse-moi vampire’ avec Nicolas Cage, réalisé lui en 1989, très chouette ) puis persuadé que le public ne ‘pigerait pas’ vraiment, il s’est tourné vers un ressort plus dramatique, lui permettant aussi de régler quelques comptes au passage d’ailleurs.

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( En haut : Nicolas Cage dans 'Embrasse-moi vampire'; ci-contre : un rôle pour Roméro dans 'Martin' )

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L’histoire de ‘Martin’ contient différents thèmes imbriqués les uns aux autres et démêlés progressivement au fur et à mesure ( une structure que l’on retrouve justement dans le film de Clark également, mais qui s’est un peu perdue de nos jours ; avec les films de cette époque j’ai souvent l’impression d’avoir affaire à ‘plusieurs films en un’ alors que avec ceux plus contemporains, hein n’est-ce pas…. enfin il me semble en tout cas…et je dis ça avec une intonation volontairement traînante dans la voix, qui pourrait passer pour une provocation mais qui en réalité est une tentative de dialogue, parce que je serais curieux d’avoir votre avis ) ou le personnage nous est montré tout d’abord en tant que prédateur, quand il s’introduit dans le wagon avec une seringue pour endormir sa victime, on peut encore comprendre, c’est le fantasme d’abuseur sexuel de base. Là ou cela devient compliqué, c’est avec la place qu’occuppe le sang, qui ouvre de nouvelles interrogations. Est-ce dû comme le laissent entendre les flash-backs à un épisode marquant d’une liaison qui s’est mal terminée ? De prédateur, il passe au statut de victime quand on se rend compte à quel point il a dû subir le conservatisme de son entourage.

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A force que l’on vous répète que vous êtes la honte de la famille, vous allez finir par peut-être le penser. Martin pourtant se distancie de la diabolisation dont il est victime, en répondant, en protestant,…il n’en continue pas moins de poursuivre son motus operandi pour autant. Et de continuer, dans ce qui est vu du dehors comme une perversion, le ramène paradoxalement vers l’humanité, dans un processus qui me rappellerait ce que Mr Patch avait évoqué à propos d’un film de Mario Bava ( ‘Une hâche pour la lune de miel’ je crois , ou le héros amnésique, épris de justice et de vérité, est obligé de commettre un crime pour retrouver ses souvenirs enfouis ), processus de ré-actualisation, de 'retour à la réalité' que l’on retrouve également dans le ‘Spider’ de David Cronenberg, comme on dirait ‘la meilleure façon de se débarasser d’une tentation, c’est d’y succomber une dernière fois, pour autant que ce soit bien la dernière’ et dès lors l’important n’est plus qu’on y succombe. En ayant enfin pour finir une relation ‘normale’, Martin perdait également son statut de prédateur, comme un séducteur pourrait tout à coup ‘souffrir’ dans une relation à partir du moment ou il tombe amoureux, il devient fragile; Martin lui est devenu 'mortel' ( - il faut penser à nouveau aux flash-backs, mais aussi à ce curieux emploi du son lors des conversations pour la radio, qui relègueraient dès lors tout ce qui à trait à l'obsession du sang au niveau du simple fantasme ) et c’est pour cela qu’il meurt.

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