Bonjour à tous, j’espère que vous allez bien mais aussi que le temps vous aura paru interminable sans moi. Rassurez-vous tout va bien car-je-suis-là-maintenant, prêt à repartir en croisade du point de vue de certains, ou bien d’une persévérance dans le domaine de la tentative humoristique qui force malgré tout le respect pour d’autres. Ne reculant donc devant aucun sacrilège, je m’en vais vous parler d’un film dont l’évocation du titre à elle seule suffit à générer pléthore de golibets et différents lancés de sous-vêtements usagés. Roulement de tambours, le film :

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Jusqu'ici tout va bien, à partir de là , les choses 'se compliquent' :

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Attendu comme le film qui devait consacrer définitivement Dario Argento ( après son retour sous les spotlights avec ‘ Le syndrome de Stendhal’ ) comme le gourou pour une certaine catégorie de personnes en manque de gargarismes conformistes, ce film s’est avéré navrant, décevant ( ‘voilà Dario, c’est exactement ça, laisse-moi te dire que sur ce coup là t’as été décevant’ ) et étiquetté ‘merde intersidérale’ de son époque, loin bien loin devant l’affaire du sang contaminé. Pour ma part, n’étant absolument pas dans le secret des dieux, je ne saurais pas vous dire exactement à qui la faute, les producteurs, c’est la première chose qui me vient à l’esprit, qui ont peut-être imposés une durée particulière, je ne sais pas, ce qui expliquerait peut-être le côté morcellé du 'Fantôme de l'opéra', à force d’être raccourci.
Tout le monde est d’accord cependant pour saluer la tentative, elle est là, on ne peut la nier : à travers cette relecture du mythe, Argento ose une incursion à travers tous les registres, du burlesque au gore, en passant par un certain romantisme assez capiteux faisant office de cadre. Bref, le fer-de-lance de tout auteur quel que soit son média ( axe directeur que l’on trouve cependant davantage chez les littérateurs de renom ), faire une œuvre ‘totale’.Jusqu’à un certain point je me retrouvais à corroborer l’opinion générale sur le fait qu’à l’intérieur du film les moment les plus sublimes côtoient les fautes de goûts les plus râgoutantes ( jeux de mots ) qui soient. Laissez-moi vous dire que j’ai été moi-même absolument subjugué par tout ce qui à trait à la scène de l’Opéra à proprement parler ( puisque on ne quitte que très rarement ce lieu finalement, il y a des scènes sous l’Opéra et aussi au-dessus, dans les coulisses et les catacombes, bref ) : la spatialisation du lieu, le chromatisme somptueux et récurrent du rouge et de l'or, ainsi que quelques plans subjectifs sur les personnages principaux que j’ai trouvés ouais, magnifiques.

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On s’attarde ensuite sur quelques personnages secondaires, une diva, un régisseur craspec, du petit personnel, qui si on y regarde mieux - ici je quitte l'opinion générale- génèrent à chaque fois une incursion dans un registre différent, et donc un langage différent : la mort de la diva par exemple, qui est un summum d’élégance et quasi le point de départ pour un autre film, ou encore le personnage du régisseur, au burlesque plus appuyé et, comme il est répugnant, plus répugnant aussi. Outre ces allers-et-retours entre différents registres, il semble que les puristes ont tout d’abord étés offusqués par le parti-pris d’Argento en ce qui concerne le personnage principal, le fantôme, même pas défiguré, recueilli et élevé par des rats, comme Tarzan pourtant, vivant parmi eux. L’outrage ultime viendrait cependant d’une courte scène se déroulant sur les toits de l’Opéra, ou le héros se reposant sous les voûtes étoilées tandis que ses pensées nous sont visualisées par des inserts vidéos, d’abord un piège à rats géants avec des humains ensanglantés dedans, puis Asia Argento en Salomé, marquant en deux coups de cuillère à pots la dualité intérieure du personnage. Eh ben c’est ça c’est la cuillère, ça l’a pas fait, à moins que ce ne soit la faute du pot.

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On a dit même que c’était la preuve explicite, flagrante et manifeste de la déchéance du maître. Ce qu’il faut pas entendre. Un peu comme ceux qui vous disent qu’ils aiment pas Tarkovsky ‘paske c’est trop long’. On se retrouve avec des gens qui non seulement érigent leurs subjectivités en cathédrales mais qui surtout ne savent même pas considérer un propos qui excèderait deux heures. Plutôt d’avouer qu’ils ont rien compris, ils préfèreront dire que c’est nul. Effectivement on aurait pu traiter le film dans une logique plus explicite de ‘La belle et la bête’, tout comme quelqu’un d’autre, un autre réalisateur aurait pu donner davantage dans le pathos. Peut-être. Argento lui, a choisi d’orienter son axe directeur du côté de la dualité entre la part instinctive, animale de l’homme, et sa partie raisonnée, civilisée. Cette civilisation, c’est cette aristocratie qui va justement à l’Opéra, à la recherche de sensations, tout comme le personnage d’Asia Argento, à la recherche du grand amour, avec tous ses avantages mais sans ses inconvénients.

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Le héros lui-même n’est pas tout propre car il cède lui aussi à son obsession pour le perfectionnisme, voulant instituer la beauté telle qu’il la voit et ne reculant devant aucun méfait pour cela, en voulant consacrer Asia et non la grosse dondon diva, il se retrouve ainsi aussi sectaire à propos de la différence que ceux qu'il condamne : ' le plus pénible chez l'humain, c'est son côté humain, voire trop humain', et lui-même n'échappe pas à cette règle. Intéressant, et bizarrement ( j’ai dit bizarre ) les critiques ne se sont pas vraiment attardés sur cette réflexion à propos de notre spectaculaire société. Les débrayages multiples à l’intérieur du récit ne sont ni plus ni moins que les points importants que l’auteur a jugé bon de souligner, c’est pourquoi le moment gore est placé à un endroit particulier et pas ailleurs. De même pour le reste des éléments qui constituent le film, à ce stade on parle de la syntaxe même du film et de celle de son auteur. Mais non, simplement, parce que quelqu’un aurait un discours en dehors de nos attentes, eh bien c’est un con. On l’empêcherait d’être lui-même et pour un peu, on ferait le film à sa place. Ainsi ils ont dû être plus que choqués par le final, giallo ou téléfilmesque en diable, qui n'est cependant rien de moins que les sources mêmes du cinéma d’Argento, et donc le point de ralliement logique de ceux qui sont censés constituer son public.

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Je vous laisse vous faire votre opinion, vous trouverez d’ailleurs le dvd dans les bacs soldés à une thune ; pour ma part je ne peux m’empêcher de penser qu’Argento a fait, ou tenté ‘Le fantôme de l’Opéra’ avec les mêmes ambitions et une démarche similaire à celle de Coppola pour son ‘Dracula’, mais sur des sentiers un peu moins balisés. Rien que pour ça,...
Vous trouverez ici une interview en quatre parties ( pas spécialement sur ce film en particulier, juste comme ça ) du réalisateur, par l'équipe du blog 'Matière focale', ou vous pourrez vérifier également si le maître n'est que l'ombre de lui-même :

http://www.matierefocale.com/article-31991152.html
http://www.matierefocale.com/article-32036558.html
http://www.matierefocale.com/article-32061457.html
http://www.matierefocale.com/archive-05-2009.html