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Bonjour à tous,

il sera aujourd’hui question de miracle. Cinématographique bien sûr. Comme quoi tout arrive. J’en parle en ces temps d’émulation qui sont les nôtres avec l’édition en dvd du film de Frank Henenlotter ‘ Bad biology’ grâce à l’équipe intrépide de Mad Movies, mais aussi en ayant à l’esprit le fabuleux article du Dr Devo ( dont j’idolâtre le travail vous l’aurez sûrement remarqué, ainsi que celui de toute l’équipe du blog ‘Matière Focale’ d’ailleurs ) qui parlait avec la fougue et l’emphase qui le caractérise, à propos de son propre miracle personnel, le film ‘ A night to dismember’ de Doris Wishman ( que vous pourrez trouver ici : http://www.matierefocale.com/article-4199046.html ).

 

Sur le coup je vous avouerais avoir été jaloux comme à chaques fois que le bon Docteur nous sort une perle venue de nulle part. Tout dépend bien sûr à quel moment de la vie cela nous arrive, notre quotidien étant jonché de bonnes surprises similaires qu’il ne tient qu’à nous de considérer. Je me rappelle tout à fait quelles bombes furent à mes yeux des films comme ‘Blow-up’ d’Antonioni, ‘ZOO’ de Peter Greenaway, ‘Naked lunch’ de David Cronenberg, ‘Wild at heart’de David Lynch, ‘Les idiots’ de Lars Von Trier, ‘Kids’ de Larry Clark, ‘ Careful’ de Guy Maddin, ‘Julian donkey-boy’ de Harmony Korin…Véritablement quelquechose qui vous chuchote à l’oreille ‘eh bien non vous n’êtes pas seul’…Un des exemples les plus constituants fût également le mythique épisode du sac plastique dans ‘American beauty’ de Sam Mendès. Un exemple ou un cinéaste tape tout à coup très juste en terme d’universel ou peut-être d’inconscient collectif. Cinéphage je l’étais peut-être, mais avec ceci, je décidais d’en faire une vocation c’était certain. A travers ce sac plastique en train de virevolter et dont la poésie nous était soulignée par le regard de l’artiste, je décelais tout un autre univers possible remplis de films du même genre, encore à découvrir, peut-être même encore à faire. Et c'est sans aucun doute un de ceux-là que Andy Wholley a réalisé, avec ‘Left ear’ ( 2007 ) découvert en ouverture de l’édition 2008 du LUFF. Bien sûr j’en ai déjà parlé à cette occasion , mais peut-être pas comme j’aurais dû. J’ai sûrement dit que c’était un film magnifique mais bien entendu ce n’est pas suffisant.

 

‘Left ear’ est donc l’histoire de Boré, qui vient d’emmigrer en Australie avec sa maman depuis leur Pologne natale. C’est ce qu’il nous explique depuis des enregistrements d’après lui-même, ça et d’autres choses, en particulier que tout arrive. Et plus préçisément encore, l’histoire d’un amour qui a changé sa vie pour toujours, l’histoire d’une passion entière, totale et ultime avec Lorna..euh non .. Loretta ? Bon bref. Sincèrement il n’y a pas besoin d’en savoir davantage. Au fur et à mesure que nous est dépeint le quotidien de Boré, on ne cesse de naviguer sur des trésors de finesse, d’humour et d’intelligence, tous alliés à des adéquations de mise en scène à chaque fois toujours très humbles, en adéquation parfaite avec le propos. La caméra est la première révélation dans la vie de Boré, grâce à elle, nous percevons le monde comme lui le ressent, et le film décline ce dispositif sous toutes les coutures afin de nous accompagner dans la découverte de cette subjectivité, allant jusqu’à inclure toutes les qualités du support numérique : pixellisation, rembobinages, raccords abrupts ainsi que l’éventail complet de la gamme des effets, à tel point que je peux vous certifier que nombre de spectateurs ont crus à un problême de projection et de pellicule ! Si ce n’est que ces altérations collent au propos avec une justesse véritablement à pleurer... De plus le réalisateur utilise d’autres points de vue dérivés ( caméras autres que celles de Boré : surveillance, etc… ) ce qui produit encore un décalage des plus savoureux entre le point de vue intérieur de Boré et son actualisation dans la réalité extèrieure -la voix-off faisant office de passerelle, on est jamais définitivement perdu. Pire, si l’on souscrit au propos et qu’on s’y accroche véritablement jusqu’au bout, car le fond du récit contient une base eminament transgressive, pas trash comme les films de Richard Kern mais suffisamment pour en décourager plus d’un, on se retrouve au final avec un récit d’une puissance et d’une profondeur absolument inouie. C'est comme après avoir lu un paragraphe de n'importe quel essai de Georges Bataille, après le dernier point vous réalisez que vous êtes plus âgé de cent ans. Le cliché des petites productions qui vont plus loin que les grandes n'est pas usurpé; le film d'Andy Wholley est un film dense et généreux, ou la volonté de dire surpasse manifestement tous les impondérables, et ose nombre de choses que j'ai personnellement toujours rêvé de voir sur un écran. Je vous laisse ici le lien du site officiel encore actif, ou vous pourrez apercevoir quelques photos, un court extrait ainsi que l’occasion de découvrir sa fabuleuse bande-son :

http://www.leftearmystery.com