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... car comme le dit si bien Samuel Beckett dans ' L'inommable' :

' continuer, il faut continuer.'

Réalisé par un type dont on sait, par les thématiques de ses deux précédents films, qui, emmenés à chaques fois avec une force et une puissance d'évocation dont on ne se bornera même pas à faire la démonstration, DONT ON SAIT qu'il pourrait nous assassiner la tête purement et simplement, on se dit au sortir de 'Enter the void' qu'on s'en sort encore bien. Le postulat narratif pouvait pourtant laisser présager le contraire : les derniers instants d'une conscience au moment de rendre l'âme, en employant un procédé plutôt littéraire à la base, peu répandu au cinéma et encore moins en période de Coupe du Monde, la narration subjective, que Faulkner avait poussé à l'extrême dans son livre 'Le bruit et la fureur' , dont l'un des chapitres est raconté du point de vue d'un idiot,  qui possède à peine le langage, et dont le déroulement est davantage lié à l'affect que produisent les différents stimulis venus de l'extérieur -un mot, une phrase entendue fait resurgir un souvenir qui prend le pas sur le temps de l'action. Au cinéma la première solution qui vient pour justifier l'emploi d'une telle narration reste le plus souvent le recours à un certain onirisme, quand on a pas recours quasiment à la science-fiction ( à moins bien sûr de lorgner du côté du cinéma expérimental ) la séquence finale de '2001 l'odyssée de l'espace' en est un assez bon exemple mais je pense tout autant au 'Je t'aime je t'aime' d'Alain Resnais ou à ' Eternal sunshine of a spotless mind' de Michel Gondry.

Gaspar Noé emploiera moins de détours, c'est un esprit qui quitte le monde des vivants, ou plutôt, n'arrive pas, refuse de le quitter, suivant un procédé qui n'est autrement que spirituel et visuel à la fois ( que nous ne révèlerons pas ici, mais on ne peut pas dire que le réalisateur nous prenne en traître car il donne quasiment le mode de lecture du film par le biais d'un de ses personnages, ce qui fait qu'on n'est pas complètement largué ) en passant progressivement du point de vue subjectif à un point de vue omniscient qui fait se recomposer le récit passé sous nos yeux, tout en continuant d'avancer dans le temps ( ....), enfin on est pas du tout dans quelque chose d'ultra stroboscopique comme aurait pu le laisser à penser le générique.

Mais malgré ça on tombe encore sur des critiques qui arrivent à dire qu'il a fait le film pour lui tout seul, ou encore qu'il est celui qui trouve des concepts géniaux mais le mauvais film pour les appliquer ( sous vos applaudissements ) et c'est là que toute la deuxième partie - car il y a un entracte - prend tout son sens, pour ceux qui l'ont regardée bien entendu. A ' Images qui bougent' nous nous gardons bien en général de nous faire ' réal à la place du réal' ou de tomber dans le syndrome dit de ' l'inspecteur des travaux finis' ( ' aurait du un peu plus appuyer ici', 'plus de rythme là-bas', 'mmh non pas comme ça'... ) car il semble au contraire que c'est bien ce film-ci que Noé a voulu faire et pas un autre. Après je ne sais pas s'il l'a fait vraiment comme il a voulu mais il me semble dégager une idée générale toute pleine de cohérence ...euh, éthique, du début jusqu'à la fin.

Qu'on en vienne d'ailleurs à mettre l'accent uniquement sur des soit-disant 'obsessions' du réalisateur ( et pas seulement lui, on nous a fait le même coup avec Lars Von Trier il n'y a pas si longtemps ) plutôt que sur ce qu'ils veulent nous montrer témoigne assez bien d'une forme de quasi-négationnisme ambiant des plus inquiétants, on risque pas de se flancher un neurone. Est-ce cohérent de voir qu'on reproche à un artiste d'avoir voulu faire autre chose de la 3D ? ' Enter the void' est un tour de grand-huit métaphysique, le chaînon manquant entre le karma et l'interactivité, et si les ressorts , les déclencheurs de l'histoire sont extrêmes, c'est parce que le sujet l'est on ne peut plus; ce n'est pas seulement une histoire de vie et de mort et azur nos bêtes sont bondées d'un cri, c'est une histoire de vie OU de mort.

Qui plus est ,traitée avec les moyens en conséquence.

Pour sûr qu'il y en a que ça énerve.

Nous vous souhaitons un agréable retour sur les pages de 'Images qui bougent', merci encore à tous ceux qui m'ont témoigné de loin en loin leurs bons voeux au cours de cette longue parenthèse qui vient maintenant de s'achever; nous vous rappelons également que les têtes de Christophe Maé ainsi que celles de l'intégralité du groupe PZK sont toujours mises à prix et qu'il est encore temps d'envoyer vos différents devis et honoraires à l'adresse que vous connaissez, ils seront étudiés avec le plus grand soin.