cosmos_705114' S'il est venu ici, c'est pour tuer un homme' nous dit le dos de couverture, et nous mêmes n'en dirons pas plus sur le nouvel opus de l'auteur  du quasi cultissime 'Les racines du mal' son deuxième roman mais aussi le plus célébré, avec lequel Maurice G. Dantec fît une entrée fracassante sur la scène littéraire en redonnant 'ses lettres de noblesse' au polar et du même coup à la science-fiction - à moins que ce ne soit au polar et à la science-fiction FRANCAISE.

Ce roman racontait en effet la course-poursuite entre un sérial-killer et un groupe d'enquêteurs un peu hors-normes, équipé d'une intelligence artificielle expérimentale, ce qui en soi n'est pas si nouveau ( pensons tout de même à 'Révolte sur la Lune' de Heinlein, avec quelques effets spéciaux en plus ) si ce n'était l'approche assez fascinante de l'écrivain - ce qui donnera même lieu à un style quasi-unique, presque une marque de fabrique : une sorte de déroulement du récit 'ultra-théorisé'  ( où la 'science' prendrait presque le pas sur 'la fiction' si vous me passez l'expression ) tant celui-ci est constamment nourri de théories scientifiques et méta-physiques qui viennent nourrir son action -pas toujours pour le mieux. Si tout le monde est d'accord sur le principe, la production contemporaine de l'écrivain, qui continue de pousser ce procédé dans ces extrêmes limites, est considérée par certains comme une vaste fumisterie ( le cap de la 100e page étant réputé comme le plus difficile et certains de ses lecteurs se seraient auto-détruits par après, c'est assez difficile de se faire un avis ) que l'on se surprend à penser non sans amertume à la célèbre phrase de Damon Knight à propos de la super-star de la science-fiction américaine A.E Van Vogt, 'qu'il 'était un pygmée écrivant avec une machine à écrire trop grande pour lui' ( je ne fais que citer, je n'ai rien contre les pygmées ) et pour vous donner une vision plus précise en ce qui concerne Maurice Dantec, imaginez encore le carnage une carte de bibliothèque en plus.

Pourquoi ? Parce que on en 'revient' de ce truchemement littéraire qui fait passer toute la gamme des sentiments humains pour une expérience mystique, car chez Dantec les personnages ne volent pas, ils 'tombent vers le haut', et l'auteur de prendre des pages à bricoler ses propres effets spéciaux à grands renforts de théories ( assez sympathiques au demeurant, un peu de la Kabbale, un peu de la TAZ d' Hakim Bey , ...) alors qu'en fait il raconte quelque chose d'assez simple, ou qui pourrait être dit très simplement ( après nous avoir fait voir la Vierge dans 'Babylon babies'  voici venu avec ' Cosmos Incorporated' une certaine vision de l'Annonciation ) et qui ressemblerait ainsi peut-être véritablement à ce qu'il est  : un block-buster . J'ai été sidéré après avoir vu 'La sirène rouge' d'Olivier Mégaton ( je n'ai pas lu le roman ) de retrouver justement la même vacuité de structure et en réalité de contenu que dans les romans, très souvent un évènement central autour du quel tout converge et puis duquel tout se re-déploie, c'est pas grave en soi mais selon un procédé qui tout de même fait qu'à la toute fin on aurait vraiment envie de coller l'auteur devant les assises pour pratique illégale de la sublimation.

Avec 'Cosmos Incorporated' l'écrivain introduit un nouveau personnage, et on se surprend à se demander si les futurs transports de son héroïne ( à particule, et née d'un feu issu lui-même....de, euh...quelque part ) dans un quelconque StudioWorld ou MédiaComplex et autres camps de simulation  ne seront finalement pas autre chose qu'un nouvel avatar des infortunes de la vertu...à moins que ce ne soit le contraire.

Mais paradoxalement ce qui lui fait frôler la pédanterie la plus boursoufflée reste en même temps ce qui le rend inattaquable, c'est même en cela qu'il fait véritablement 'oeuvre d'écrivain' en devenant lui-même la figure totalitaire qu'il dépeint, celle qui noie l'esprit dans la surabondance et qui modifie telle ou telle situation géo-politique par une pirouette sémantique, par un discours impénétrable ou la tyrannie se noierait ...dans le mystère poétique ? C'est en cela que l'oeuvre de Dantec est hautement exigeante , eminamment participative, car elle laisse le lecteur voir là ou il s'est arrêté ( et le citoyen  -pardon , ' l'entité lecteur/ citoyen ' - voir là ou il se soumet - en renonçant - face à l'arrivée inopinée, en forme de coucou la voilà, d'un machin proto-sémantique X3+ servi par un espèce de maître de jeu de rôle sur plateau, ravi d'avoir amené ses joueurs dans une impasse pour pouvoir faire un tour avec son chapeau, et qui par-dessus le marché se mettrait à zozoter ) faisant ainsi , par 'la force des choses', de Dantec  'résolument  un ecrivain de son temps'  ( dixit la presse en générale ) .

Car malgré toutes les plus déglinguées des élucubrations, nous, vous, moi, lui, savons qu'il est encore en dessous de la réalité, et ainsi le célèbre adage pascalien réservé à Dieu se retrouve valable pour lui aussi :

' si vous ne croyez pas en Dantec, essayez quand-même...'