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Quelque part, trois personnages dont apparemment une médium. Quelque chose d'horrible se prépare et les deux autres cherchent à savoir, mais tout ce que la médium arrive à voir c'est une cour intérieure. Pourtant c'est bien à travers les yeux de quelqu'un. Générique. Le film commence, un jeune homme reçoit un étrange colis. Son ami, enfin son co-locataire, enfin un type dans son apparte est au plus mal, lui il regarde par la fenêtre. Tiens, elle ressemble beaucoup à la description du médium cette vue panoramique.

Je vous le dis tout net, à la vision de la séquence pré-générique, j'étais déjà en train de me lécher les babines : tout ce que j'aime, un surnaturel qui n'est pas dupe de lui-même, et ce démontré aussi impitoyablement qu'avec subtilité,les répliques se chevauchent toutes les cinqs secondes ( c'est un pré-générique, il faut avancer, on comprend ) pour couper court aux bons vieux stéréotypes, on sent la bonne distanciation; on passe alors au noir et blanc pour le restant du métrage et l'action se déroule déjà un poil plus lentement, j'ai même eu le temps de réfléchir à la présente : si par exemple vous avez vu 'J'ai toujours rêvé d'être un gangster ', littéralement exsudé du cinéma de Jarmush, pensez ici à David Lynch. Mais alors n'hésitez pas, de toutes façons vous n'aurez pas le choix, vous retrouverez tout le vocabulaire visuel de 'Fire walks with me ' : ralentis, séquences sybillines quand au statut des personnages, défilement de certains dialogues à l'envers jusqu'au traitement de la bande-son  ( qui, le noir et blanc aidant, ferait plutôt penser à 'Eraserhead'  ) avec quelques pointes ici et là qui frôleraitent la parodie. Ce qui restera une interrogation d'ailleurs, je me demande encore si c'est par admiration viscérale que le réalisateur, très bien intentionné semble-t-il, a choisi de raconter son histoire de cette façon, ou bien serait-ce animé par le mépris le plus absolu et révolté qui soit, sinon c'est vraiment grave et là faudrait amputer docteur.

Même si certaines scènes sont plus composées, plus cadrées, on garde tout au long du récit une échelle de plans assez neutre, en plan américain qui donne une lecture assez globale de ce qui se passe à l'image, ce qui fait que le formalisme référentiel est quasiment immanquable, et on ne décèlera vraiment sa place que dans le dernier tiers, quand il aura complètement disparu,car l'auteur, qui a bien compris le fonctionnement et les mécanismes du cinéma du Maître le démontre ostensiblement par le rappel progressif de quelques éléments ( en reprenant un emploi très 'lynchéen' du montage alterné, des éléments tout à fait visuels, graphiques, et parfois même abstraits intercalés dans la narration qui ne prennent pas sens tout de suite mais sont en soi des articulations importantes du récit: pensons à la circulation interne, aux 'corridors' de 'Inland Empire'  ) pour ramener le spectateur à la réalité du trip insensé auquel il vient d'assister. En évacuant ce formalisme, tout en l'ayant discrètement ou non poussé jusqu'à ses limites en frôlant la parodie, on se demande si du même coup l'auteur n'interroge-t-il pas  les moyens qu'il s'est donné.

On dit souvent qu'un artiste ( cinéaste, écrivain, peintre ) recommence toujours plus ou moins la même oeuvre, et je me demande si ce sera le cas pour Vincent Ostria, en réaction au cinéma de Lynch ou en tant que vulgarisateur - et surtout, surtout, qu'en pensent les élites ? quoi qu'il en soit, le réalisateur, lui, a capté toute notre attention : si the medium is the message, et bien le message en valait carrément la peine....