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souvenez-vous, c'était les années 90, le monde adolescent était en émoi et celui des adultes toujours aussi blasé, le show-biz tenta de nous faire frissonner avec le grand retour des créatures de la nuit, où finalement les écrits d'Anne Rice n'étaient plus l'apanage d'une seule élite de précurseurs raffinés pour s'offrir à des yeux profanes, avec l'adaptation de 'Entretien avec un vampire'. Paradoxalement, c'est avec une autre adaptation de Rice, 'La reine des damnés', que se clôturera cette même parenthèse de renouveau fantastico/ horrifique ( sans laquelle nous n'aurions peut-être pas eu celle que nous connaissons actuellement) et non sans avoir mis les clés sous le paillasson avec panache, grâce à deux films en particulier : le 'I, Zombie -chronicles of pain' de Andrew Parkinson ( que je n'ai toujours pas osé voir ) et 'The addiction' d'Abel Ferrara, qui sont aux films de zombies et de vampires ce que 'Henry' est aux films de serial-killers.

Pour situer un peu plus le débat, on peut dire que Ferrara a opéré sur les vampires le même genre de révolution que Roméro sur les zombies, la photographie noir et blanc ( assez, euh, sublime ) renvoie autant à ce dernier qu'à 'Nuit et brouillard' d'Alain Resnais, auquel certaines images d'archives font explicitement référence. Autant dire aussi que des films comme 'Les prédateurs' de Tony Scott, qui jusque là était considéré comme le dessus du panier et référence en matière de film du genre ( les vampires pour adultes donc , version auteurisés/ auteurisants ) peuvent retourner sur la pointe des pieds au paradis des années 80 ... 'The addiction' reste tout simplement un des films les plus lucide qui soit et la critique de l'époque, elle-même très inspirée, supposa simplement après vision de celui-ci que Ferrara en était maintenant à s'envoyer sa coke à coups de tractopelle - exactement comme avec la mysoginie chronique de Lars Von Trier pour bien tourner autour du pot  de son 'Anti-Christ' -. Ce qui n’a pas empêché le film d’être nominé pour l’Ours d’Or du festival de Berlin, ni une pléthore de récompenses pour les interprètes, Christopher Walken notamment, mais aussi pour le rôle principal, la - euh,…SUBLIME – Lili Taylor qui incarne avec maestria, brio - tout ce qu’on veut, une étudiante en philosophie qui ne fait pas que réciter sa leçon, qui au contraire questionne et confronte les théories à la réalité des choses, jusqu’ à déchirer le dernier des voiles des apparences - lors d’une scène quasi-anthologique ( que dis-je ? MYTHIQUE ) d’orgie vampirique durant la réception qu’elle organisera pour fêter dignement son agrégation.

Au travers d' un scénario brillant co-écrit avec Nicolas St-John, et surtout au gré d'une mise en scène somptueuse, Abel Ferrara  explore  les racines du Bien et du Mal  et surtout la mécanique fondamentale des rapports dominants / dominés comme peu se sont risqués à le faire ( au travers du rituel de vampirisation notamment, de la scène cultissime du ' tell me to  go away ' - quand le bourreau laisse à sa victime sa chance - qui revient ponctuer ici et là le film et en étoffer la thématique ) . De la même façon dont Sartre entendait que  ‘à un moment donné, les relations entre les individus ne peuvent plus être QUE politiques ‘, ce n'est sans doute pas pour rien non plus qu'il fait dire à son héroïne : ' maintenant je sais de quel point de vue on regarde... ' et nous aussi avec elle, surtout depuis que nous avons pris conscience que notre but sur cette Terre est de faire marcher le commerce. Ainsi si vous avez parmi vos connaissances des personnes qui se donnent encore bonne conscience en disant que s’il ‘y avait un Dieu, IL ne laisserait pas faire tout ça’, grâce au film vous pourrez leur expliquer que s’IL’ laisse faire tout ça’ justement , c’est parce qu’il s’est fait niquer.