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D'accord en ce moment Images Qui Bougent n'est pas spécialement tourné vers l'actualité en ce moment, mais l'équipe et moi-même nous vous promettons d'y revenir bientôt, en attendant nous attirons nous l'espérons de notre mieux votre attention vers des expériences cinématographiques toujours nouvelles : aujourd'hui 'Raspoutine ou l'agonie' de Elem Klimov. J'ai des raisons toutes personnelles de vous conseiller ce film, car il m'en rappelle un autre, le trop méconnu 'Luna Park' de Pavel Lounguine. Ces deux films partagent une approche similaire de la mise en scène, beaucoup trop rare hélas, mais qui concoure pourtant à instaurer un climat unique à un film - ceci dit toutes les histoires ne le permettent pas. Tous deux ont une manière bien particulière de présenter l'univers qu'ils décrivent, les coulisses du pouvoir pour 'Raspoutine', celles du marché noir pour 'Luna Park', en recourant presque à des procédés théâtraux, mais qui ne fonctionneraient qu'au cinéma, un volet se lève et s'ouvre une toute autre pièce, un tout autre univers, tout semble en même temps à proximité, l'adversité et son issue, l'envers et son contraire , les adversaires à l'abri les uns des autres simplement grâce à une cloison, un coup d'Etat se fomente dans la pièce du fond à l'intérieur même du Parlement, genre.

Ce côté labyrinthique, chaque pièce ayant de plus sa propre ambiance si vous voyez ce que je veux dire, on ne sait jamais très bien où l'on est mais jamais très loin, c'est ça qui est sûr. 'Raspoutine' est antérieur au film de Lounguine, il date de 1981, et tire sa singularité de ce bien étrange procédé de circulation interne, qui renforce absolument son propos : la survie d'une nation se jouerait côté vestiaire. Nous sommes en 1916, le tsar attend le miracle qui sauverait son empire et il pense l'avoir trouvé en la personne du stylet Grigor Raspoutine. Outre le fait que l'intrigue se déroule donc dans le secret des alcôves, et vraiment il faut les voir, quand ce n'est pas le harem personnel du stylet, c'est celui où la confrérie lui tend un piège et lui donne un premier avertissement, c'est le nid d'amour qu'il partage avec l'Impératrice, ou bien c'est encore un autre, qui sera son tombeau - et par quels moyens ! - il faut en plus saluer la performance du comédien principal, car Raspoutine est décadent, soyez-en certains mais la cerise est encore de quelle façon il habille vices et ambition d'un mysticisme fervent... à voir définitivement pour le mélange presque baroque de ses personnages et la construction vertigineuse de son intrigue, c'est cette confrontation d'ailleurs qu'ont salués tous les critiques en accord avec les historiens, plus que le tsar et Raspoutine, c'est l'époque elle-même qui était folle...