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Dans un hôtel, un homme essaie de retrouver une femme qu'il aurait aimée, avec qui il aurait eu une liaison un an auparavant, qui ne le reconnaît pas...

Aux dires d'Alain Resnais, le film aurait simplement dû s'appeler 'L'année dernière', le lieu donné dans le titre n'aurait été rajouté qu'au dernier moment, ce qui aurait contribué paraît-il à fiche la pagaille chez les amateurs de geographie autant que chez les critiques, quand on sait que l'hôtel où se déroule l'action est le résultat cinématographique de trois lieux différents et que l'histoire elle-même ne s' y est peut-être pas déroulée, pas étonant que l'on se retrouve en plus perdu dans des méandres d'interprétations. Chef-d'oeuvre ou pas, au bout de quelques minutes de visionnement, je me demandais déjà si j'allais me sentir concerné par le film, c'est comme ça, avec l'aristocratie je n'arrive jamais à m'identifier, et je ne me sentais pas non plus aidé par cet emploi étrange de la temporalité, des personnages en arrêt, qui n'existent pas tant que l'on ne s'adresse pas à eux, encore que là, tout d'un coup ça m'intéresse: en fait je n'ai retrouvé nulle part un tel onirisme patenté,sinon peut-être dans la dernière trilogie schizophrénique de David Lynch, et surtout dans 'Inland Empire', qui comme son nom l'indique, et à l'intérieur duquel on circule aussi beaucoup. Il semblerait que la rechercherche formelle autour du déroulement temporel soit l'un des axes de travail principaux de Resnais, ne connaissant jusqu'à maintenant que des films comme ' Je t'aime je t'aime '  ( dont Michel Gondry s'inspirera pour son déjanté et sublime 'Eternal sunshine of a spotless mind ' ) ou encore ' Mon oncle d'Amérique' -qui lui pose la question du libre-arbitre et de l'alternative,.., tout ça pour vous dire que j'aurais dû me méfier: avec ' L' année dernière à Marienbad ' c'est les débuts, on est juste en plein maelstrom...on danse ?

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Pour certains c'est tout simplement le plus grand film de l'histoire du Cinéma, et on serait effectivement tenté de leur donner raison tant le film d'Alain Resnais est exemplaire de modernité, à la limite de l'expérimental puisque tentative d'adapter à l'écran les théories du Nouveau Roman – le scénario est signé Alain Robbe-Grillet – dont l'unes des composantes principale était 'd'en finir' avec la conception balzacienne du roman ( et tout particulièrement avec la notion de 'héros' et de personnage ); de fait ' L'année dernière à Marienbad ' fait littéralement voler en éclat la conception de narration même, déjà bien malmenée ne serait-ce qu' un an auparavant par Jean-Luc Godard avec 'A bout de souffle', puisque l'histoire est faite de multiples flash-backs et de reprises qui en font davantage un récit subjectif que chronologique. 

A cet égard il peut également représenter pour d'autres ce que le cinéma d'auteur français a de plus pédant, aux répliques et dialogues sur-écrits, sur-joués et qui sont encore parodiés de nos jours à chaques fois qu'il est question d' Art Contemporain. Le groupe Blur -je ne sais pas si c'est une référence- l'a d'ailleurs tourné en dérision dans leur clip 'To the end' mais on retrouve paradoxalement résumé dans celui-ci un peu de la modernité de ce que le film a apporté au cinéma, alors que l'on sait qu'une telle entièreté de nos jours,  à quelques exceptions près ( Grandrieux, Dumont ), serait difficilement envisageable. Car il faudrait toutefois ne pas oublier de parler de la mise en scène impeccable, ponctuée de mouvements de caméra subtils qui viennent charger cette narration d'une insoutenable gravité, dictant presque à eux seuls le récit; il faudrait également parler de la photographie juste éblouissante, qui joue sur les oppositions constantes entre le noir et le blanc, à en frôler -est-ce possible- l'expressionnisme ( je pense à la chambre de Delphine Seyrig, dont les reliefs sont éclairés à l'extrême pour devenir motifs, et le lieu, quasiment une version en négatif de lui-même ) véritable poésie formelle qui n'est pas sans rappeller non plus les films de Jean Cocteau, je m'arrête là car de toutes façons le film est un manifeste à lui tout seul.

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