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...l'histoire d'un tueur en série spécialisé dans les jeunes mariées.

Tout d'abord sachez que je ne vous spoile rien avec cet intitulé, vous le vérifierez par vous-mêmes dès les premières minutes. Deuxièmement il faut croire que vraisemblablement tout arrive, encore un film que je ne pensais jamais pouvoir visionner un jour, à part peut-être au festival de Triestes qui n'est quand-même pas la porte à côté – envoyez vos dons. De partout je n'entends que du bien sur ce film, ainsi que sur son réalisateur Mario Bava, et le statut hors-norme qu'il semble occuper dans le cinéma de genre - influence prépondérante pour Quentin Tarantino, maître à penser pour Dario Argento qui fût son assistant, tout un tas de bonnes raisons pour s'intéresser au monsieur. Pour ma part ce n'est que le deuxième que je vois de lui, après le sublime ( absolument ) 'Planète des vampires', et 'Une hâche pour la lune de miel' jouit d'une notoriété unanime dans la construction du mythe du tueur en série, quasi aussi important que le Norman Bates d'Hitchcock, et dont l'on retrouve l'influence jusque dans le sublime ( lui aussi ) premier long-métrage de Lars Von Trier, 'The element of crime '.

L'intrigue ne se focalise pas uniquement sur l'enquête policière, comme c'est souvent le cas dans les giallos, mais aussi et surtout sur la personnalité du tueur. Très rapidement, le personnage est campé dans toute sa dramaturgie : tuer est une nécessité pour lui, car c'est au cours de cet instant pulsionnel qu'il peut entrevoir certains souvenirs enfouis, inexplicables, à l'origine de sa pathologie, et dans un premier temps donc on pense avoir à faire à une sorte d'anti-héros presque martyre, curieux. Le fait qu'il ne tue exclusivement que des jeunes mariées finit d'ajouter du trouble au mystère, mais le film bascule un peu plus quand on découvre que celui-ci semble avoir assimilé sa pathologie à une façade sociale tout à fait acceptable, mariée lui-même à une riche héritière avec qui il entretient des rapports plutôt houleux, mais qui lui permet de faire tourner sa maison de haute-couture spécialisée...dans la garde-robe des noces ! Au moment où l'on se demande dans quelle mesure le personnage entretient son fantasme morbide de recommencement, le personnage commet justement le meurtre de trop, et va entraîner le spectateur de très près dans sa folie.

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Ce n'est que dix ans plus tard que Ricardo Fredda réalisera son ' Murder obsession', avec quand-même notre Henri Garcin NATIONAL – qui à mon sens clôturera superbement la thématique ( à laquelle un film comme ' Mémoires suspectes' avec Ray Liotta continue de faire écho ) non sans avoir recours à quelques trucages-fausses pistes assez désagréables dont Mario Bava avait su lui se passer au profit d'une narration résolument autarcique et fichtrement efficace, et...plus intéressante également. Mais ne fustigeons pas ce cher monsieur Fredda , car la clotûre de son 'Murder...' vaut bien elle aussi tous les discours psychanalytiques du monde. Au risque de me répéter donc, Mario Bava lui ne tombe pas dans certaines maladresses en restant tout entier dévoué à son récit , d'où la maîtrise transparaît à chaques plans, dans des cadres soigneusement composés, d'une efficacité imparable sans chercher l'effet à tout prix, dont les redites elles-mêmes viennent toujours se justifier par la suite, et des éclairages magnifiques et toujours appropriés , pas plus que le bord ...tout ce que le cinéma contemporain - de genre- se refuse de faire, sans comprendre d'où vient le problème, et c'est pour ça que Bava est Grand et c'est tant mieux.

Je vous avouerais que j'ai été bien content d'avoir pu vous glisser un mot sur ce monsieur Fredda également, dont je ne suis pas non plus un éminent spécialiste ( pour n'avoir vu que 'L'iguane à la langue de feu' en plus du film précedemment cité, mais que ma Cinémathèque préférée qualifie ni plus ni moins ' d'alternative au néo-réalisme italien de l'époque'...) et sur ce que à vrai dire j'apprécie vraiment dans les giallos : les qualités de leurs défauts. Même si on trouve quelques fois des éléments surjoués qui ont le don de faire bondir du fauteuil davantage que les moments prévus à cet effet, je pense par exemple à l'héroïne de 'Suspiria' ( MAIS SURTOUT, surtout à un flash-back artisanal dans ' L'iguane...' que je n'ai retrouvé nulle part ailleurs, c'est le cas de le dire, sinon dans ' La cité de la peur' ) ils ont au moins le mérite d'expérimenter : je pense à l'introduction pas très conventionnelle du héros de ' L'iguane... ' ( pensons aussi à l'excellent ' La maison aux fenêtres qui rient' ) autant qu'à la mise en scène nerveuse de Fredda dans les scènes de combats, ainsi qu'à une tendance générale de ces auteurs à raconter leur histoires en dehors des sentiers rebattus. Fin de la parenthèse. Des giallos ( giallis ), j'en regarde pas assez, voilà ce que je me dis.

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