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A New-York, le detective privé Harry D'Amour se remet difficilement d'un mauvais coup de pub suite à un exorcisme raté, accepte une petite récréation -un cas de fraude à l'assurance- du côté de Los Angeles.

oyez, oyez. Les expériences cinématographiques de l'écrivain horrifique Clive Barker avaient toujours été jusque là sources de déception, de l'echec commercial de 'Nightbreed' ( Cabal') honteusement charcuté au montage par les studios, quand ce n'est pas un autre de ses projets qui est transformé en comédie musicale en cours de route (…) ou encore les séquelles assez discutables infligées à ' Hellraiser' ; ' Lord of illusions' n'échappera qu'à moitié à cette règle, bien que la passion de l'auteur pour son film transpire de l'écran à chaques minutes.Le film se rembourse à peine aux States, bien que ouvertement plebiscité par des gens comme Wes Craven et Quentin Tarantino, en France il ne bénéficiera même pas d'une sortie en salles .Clive Barker  finira tout de même par obtenir le director' cut pour l'édition en vidéo. Retour sur un des meilleurs films de genre des années 90, hélas trop méconnu.

C'est très simple, on perçoit effectivement à l'écran tout ce qui différencie un yes-man de quelqu'un qui à une vision : Barker campe d'abord son intrigue et ses personnages avec une efficacité visuelle impeccable et d'une façon toute littéraire, le film s'ouvre sur ce qui est déjà la fin d'une autre aventure ( et qui ferait déjà en lui-même un sujet de film INCROYABLE ) à l'intérieur duquel le spectateur est jeté sans explications, il prend le train en route et doit plus ou moins déduire ce qui se passe. L'auteur expliquera que 'si la science-fiction justifie tout', l'horreur elle peut , et même doit, ne pas se sentir obligée de le faire - attention quand-même Clive, y a des gens qui lisent aussi des comics ( et ceux-là sont toujours ravis quand on pense à eux au cinéma ); n'empêche que, comme qui dirait, 'ça se tient' … Toujours sur cette ouverture, le réalisateur nous gâte également , à tel point qu'il ne manquera sûrement pas d'inspirer autant John Carpenter pour son ' Vampires' autant que Quentin Tarantino pour 'From dusk till dawn' : on se retrouve dans le desert avec un côté pourri genre Mad Max 2 ( d'autres y verront carrément une référence à ' L'Au-delà' de Lucio Fulci, surtout dans la scène toute finale ) tandis qu'un groupe, pas forcément des gros killers par ailleurs, émergent de leur bagnoles en préparant leurs flingues, tout venus qu'ils sont pour en finir avec un certain Nix, le chef de leur sympathique petite communauté recluse, genre ' Manson' Family ' un peu, lui-même en réalité un occultiste de ... tout premier ordre.Comment toute cette histoire va se relier avec l'histoire de notre Scott Bakula ( très crédible ) de détective privé ( un personnage récurrent de l'oeuvre de Barker il paraît ), je préfère vous en laisser la découverte.

Clive Barker opère avec 'Lord of illusions' un croisement entre le film noir et le registre horrifique, qui n'est pas sans rappeller 'Angel heart' de Alan Parker, si ce n'est qu'il ne parvient pas à être aussi claustrophobique et prégnant que ce dernier. De mon point de vue, l'enquête du détective pêche quelque peu à tenir le spectateur en haleine, bien qu'elle réserve quelques bonnes petites surprises, et malgré une mise en scène des plus efficaces. On a droit de fait également à un emploi des plus maîtrisés et parcimonieux de toutes la gamme des effets spéciaux, du stop-motion aux premiers inserts 3D ( ces derniers seraient presque de trop mais on ne peut reprocher à l'auteur sa fibre visionnaire ) et surtout magnifiquement intégrés à la narration. Car il est bien expliqué à notre héros la différence entre un illusionniste ( quelqu'un qui utilise des 'trucs' ) et un magicien, véritable faiseur de miracles de par sa connection avec l'occulte, thématique qui nous vaudra d'assez beaux moments de bravoure, notamment quand ' l'illusionniste' Swann explique au detective la vision qu'il a eue de la 'Vérité' lors de son dernier affrontement avec Nix. Les liens entre les différents personnages, laissés en suspens au début du film, viennent ainsi se préçiser, gagner en épaisseur, tandis que notre héros tout en pectoraux ( bien sublimés par le réal, ...c'est domage y a quand même Famke Jansen à côté ) entre contre son gré dans cette ronde macabre et ajoute tout en creux au sous-texte implicite sur l'identité sexuelle qui ne cesse de parcourir le récit - sous-texte qu'on ne peut evidemment que guetter dans ce registre mais opéré ici tout en décalage et en nuances, entre les archétypes du film noir et la quête supernaturelle de pouvoir...

C'est en toute bonne foi que je vous encourage à découvrir ce film, il y a plein de choses à voir, comme au meilleur temps des vidéo-clubs.