th_parfaitamour

Inspiré d'un fait-divers, ou peut-être de tous les faits-divers, le film de Catherine Breillat est -excusez-moi d'employer à nouveau des gros mots- une réussite absolue, un monument intégral en ce qui concerne les films avec des histoires d'amour qui finissent mal en général aussi bien qu'un témoignage édifiant de ce que fût la société française avant le passage au nouveau siècle. 'Parfait amour !' relate la relation entre une jeune madame de 37 ans, divorcée et mère de deux enfants avec un jeune homme de dix ans son cadet, qu'elle a plus ou moins vu grandir par ailleurs, qui commence comme comme un conte de fées, qui pourrait, enfin tout ce que la modernité des Trentes Glorieuses a essayé de nous faire avaler à grands coups de François Truffaut -avec tout le respect- et de Claude Lelouch -pareillement, mais oui- se décompose, se désagrège littéralement ici sous nos yeux pour révéler le gouffre béant qui sépare encore les individus d'hier et d'aujourd'hui.

Et sans forcer, sans martelage, par accumulation des faits tout au long d'un récit magnifiquement écrit, superbement interprété et mis en scène avec emphase et efficacité, simplement l'ennui finit par transparaître progressivement de l'intimité ( on pense ici très fort au 'Twenty-nine palms' de Brunot Dumont qui lui a carrément exclu le dialogue à l'intérieur de celle-ci, c'est dire si les choses se sont arrangées ) et finit par se vérifier peu à peu dans le quotidien, le pathos qui aurait dû disparaître au contact de l' autre finit par s'imposer, car des deux côtés la Bête se réveille, en proie aux morsures continuelles de l'insatisfaction.

Les rôles principaux sont sublimes, Isabelle Renault que je n'avais jamais vue avant, c'est Romy Schneider et Simone Signoret ré-incarnées en une seule personne, ça fait un drôle d'effet, est donc incroyable de nuances, tout comme Francis Renaut, dans un tout autre registre, pas des plus aisés non plus. Les seconds rôles ne sont pas en reste non plus, avec Alain Soral imparable dans le rôle du c'est tellement vrai -visible sur Daily Motion je crois-, ainsi que Laura Saglio, effroyable de candeur et de crédibilité. Une sommité qui nous rappelle à quel point Catherine Breillat est un auteur important pour nous, pour le cinéma, et qui nous fait nous demander pourquoi elle n'est pas diffusée davantage, sachant que l'on pourrait se poser la question en ce qui concerne les films de quelqu'un comme Arnaud Despleschin, desquels la critique se gargarise au moment des sorties en salles mais qui ne sont plus jamais visibles nulle part par après. ' Parfait amour !' devrait être montré dans toutes les écoles.