ken_park

Portraits-croisés d'une bande de copains dans une petite bourgade américaine, peu de temps après le suicide de l'un d'entre eux.

On retrouve ici un peu de la structure narrative de 'Kids' en suivant moins nerveusement toutefois un groupe plus restreint de différent personnages tous plus ou moins indirectement liés les uns aux autres, prétexte à nouveau pour le réalisateur indépendant Larry Clark de brosser un portrait assez frontal de la société américaine contemporaine, à nouveau d'après un scénario de l'excellent Harmony Korine.

C'est surtout la structure familliale qui est passée ici au crible, comme lieu de toutes les oppressions, comme en réponse à la complaisance que l'on a toujours prêtée aux deux auteurs. Le fait se vérifie d'autant plus aujourd'hui quand on voit l'interdiction aux mineurs dont a fait l'objet en France la dernière retrospective du travail photographique du réalisateur. Il serait bien temps d'expliquer aux censeurs que si l'Art Contemporain montre ce qu'il montre de la façon dont il le montre, c'est bien qu'il y a une raison. Préçisément c'est l'un des ressorts thématiques principaux d'un film comme 'Ken Park', qui n'est pas sans rappeller non plus l'approche subversive et déconstructive de quelqu'un comme Todd Solondz ( 'Happiness'; ' Storytelling'; 'Life during wartime' ) ou celle de Gus Van Sant pour ' Elephant' à propos des éruptions de violence de la part de la jeunesse contemporaine.

En juxtaposant les différents univers familliaux de quatres teen-agers, Larry Clark met l'accent, avec nuances, sur l'aspect autarcique de cette structure,génératrices de tous les traumatismes, et soulignant par là la nécessité pour les protagonistes de trouver un éxutoire. Avec nuances parce que justement certains personnages arrivent à trouver des solutions et c'est ce qui fait de 'Ken Park' un film beaucoup moins sombres que les réalisations précédentes de Clark. Cependant d'autres  personnages n'auront pas tous le même recul que d'autres, ou seront littéralement dévorés par l'irrationnalité dangereuse qu'entraînent parfois des relations axées principalement sur des rapports de force. Tous ne sombrent pas dans la déchéance, drogue etc... ou même dans la mort, mais tous ne trouvent pas non plus la force nécessaire pour actualiser la rupture, ou plutôt l'échappée belle adéquate.

A travers le noyau dur de trois personnages principaux, Clark laisse entendre pourtant une alternative possible, directement issue des théories les plus utopistes, pas des plus inenvisageables compte-tenu des conditions qui les auraient générée, quand on voit à quoi elles s'opposent, à quoi elles répondent, une sorte de retour à l'innocence qui s'impose d'elle-même, comme seule réaction définitivement, autant qu'irrémédiablement, saine.